CHAPITRE IV
encore vacant; l’épée pouvait être tirée. Louis avait déjà fait beaucoup de concessions ; peutêtre , par suite des changemcns dont on était menacé , eût-il été obligé d’en faire davantage; mais il n’en était pas moins roi de France, et obligé , par le serment de son sacre , à prévenir le meurtre et à anéantir l’insurrection. Il n’eiit point été considéré comme ennemi de la liberté pour avoir rempli ses devoirs de souverain. Qu’avait de commun, en effet, la cause de la réforme paisiblement discutée par un corps de représentans non armés , avec les combats sanglans livrés aux troupes du roi par les révoltés , ou avec les massacres et les atrocités gratuites qui avaient souillé la capitale ? Avec le nombre de députés que la honte ou la crainte auraient pu détacher du parti contraire, le roi, agissant comme un prince doit agir , eût réuni une majorité assez imposante pour montrer l’accord de la couronne et de l’Assemblée , quand il s’agissait de faire respecter les lois du pays. Fort de cet appui , ou sans cet appui même , car le devoir du prince dans une crise de cette nature est de veiller sur son peuple et de sauver le pays ; avec ou sans le concours des autres pouvoirs, disonsnous , le roi , à la tête des gardes-du-corps , des régimens qui pouvaient être restés fidèles , eide
l8fi VIF. DE NAPOLÉON BUON APARTE.
la noblesse, que ses principes chevaleresques devaient rendre plus particulièrement dévouée au souverain , le roi aurait dû marcher sur Paris, soumettre les insurgés par les armes, ou mourir comme il convenait à un fils de Henri I Y : c’était là le devoir que l’autorité dont il était investi imposait à Louis XYI. Selon toute probabilité , cette conduite eût efïrayé les factieux , encouragé les timides , entraîné les incertains , mis un terme au désordre , et préparé ainsi les moyens d’opérer dans f Etat une réforme sage et durable.
Mais ce triomphe une fois remporté au nom de la loi du royaume , Louis X\ I n’aurait pu légitimer l’emploi des armes que par la modération après la victoire , en prouvant qu’il n’avait jeté son épée dans la balance que comme un contre-poids aux poignards de l’insurrection populaire. C’eût été pour lui une obligation de montrer qu’en s’opposant à la violence des novateurs , il ne voulait point arrêter le cours paisible d’une réforme constitutionnelle. Sans doute beaucoup de questions seraient restées à résoudre entre lui et son peuple ; mais les améliorations dans le système politique , moins rapides peut-être, en eussent été plus assurées et plus durables; la France eût obtenu ce degré de liberté dont elle jouit aujourd’hui ; elle l’eût