‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 94 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

obtenu sans traverser la courte, mais affreuse anarchie qui la plaça pendant de longues années sous le despotisme militaire; elle l’eût obtenu sans voir ses trésors engloutis et sans répandre des flots de sang. Si l’on nous objecte les périls personnels du monarque , si l’on nous demande ce que nous aurions voulu qu’il fit contre cetle multitude de furieux, nous répond rons avec le vieil Horace : qu’il mourût! Les rois , comme les sujets , ont assez vécu quand ils se trouvent placés entre la mort et un grand devoir à remplir. Le trépas de Louis à la tête de ses troupes l’eût sauvé d’une humiliation plus cruelle, en épargnant à ses sujets un forfait plus odieux.

Nous ne nierons pas que l’emploi de la force présentait un grand danger d’une autre espèce. Il était très possible, sans doute, que le roi , soumis comme il était à l’influence de ceux qui l’entouraient , cédât bientôt à la tentation de ressaisir l’autorité absolue dont il s’était, en grande partie dépouillé lui-même, et que le glaive qui aurait servi à dompter l’insurrection, devînt une arme de despotisme contre le peuple. Mais l’esprit de liberté avait poussé en France des racines trop profondes; la douceur et la modération étaient trop dans le caractère de Louis XVI ; il venait de courir de trop grands hasards ; et. l’avenir, en considérant les disposi-

l88 VIE 1)E NAPOLÉON BUON APARTE, fions général es de la nation, se présentait sous un aspect trop douteux pour que nous ne devions pas être persuadé que sa victoire eût été suivie de mesures conciliatrices. Quel usage le peuple fit-il de son propre triomphe? on le sait trop. En un mot , nous sommes dans la ferme opinion que Louis était alors suffisamment autorisé à prendre les armes pour le rétablissement de l’ordre;* mais qu’il eût été sans excuse s’il eût profité de ses avantages pour relever le pouvoir absolu.

A la vérité on peut dire que nous allons bien loin; que notre opinion n’est pas suffisamment garantie , et que Louis XVI , par la force déployée au 14 juillet, ne faisait que préluder aux mesures de rigueur réservées à l’Assemblée. A cela nous répondrons que le plus fort peut toujours rejeter sur le plus faible le blâme de la première agression , comme le loup punit l’agneau d’avoir troublé l’eau du courant , encore bien que celui-ci se désaltérât fort au-dessous du premier. Mais quand nous voyons l’un des partis tout prêt pour l’action, formant des plans audacieux , les exécutant avec habileté ; quand nous voyons l’autre incertain, sans préparatifs, montrant la stupeur qui naît de la surprise et de l’indécision , nous devons nécessairement croire que l’attaque était préméditée

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