‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 95 sur 204 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

par l’un, et que l’autre ne s’y attendait, pas.

La remise de trente mille fusils , enlevés sans la moindre résistance de l’hôtel des Invalides , quoique trois régimens suisses fussent campés dans les Champs-Elysées; l’état d’abandon où se trouvait la Bastille , gardée seulement par une centaine d’hommes, suisses ou invalides , manquant de provisions nécessaires ; l’inaction absolue du baron de Bezenval, qui, sans engager ses ti'oupes dans les rues étroites de Paris, comme on l’a dit pour son excuse, aurait pu suivre les boulevards , qui présentaient tant de facilités pour la manœuvre , et faire lever ainsi le siège de la forteresse 1 ; enfin , le parti que

1 Nous tenons d’un témoin oculaire digne de confiance, que pendant l'attaque de la Bastille, une voix cria, au milieu de la foule , que le régiment de Royal-Allemand s’approchait. Les mutins se montrèrent, alors si disposés à prendre la fuite, qu’ils se fussent assurément dispersés si un corps de troupes eut paru. Quelques semaines auparavant, le baron de Bezenval , à la tête des gardes-suisses, avait réprimé une insurrection dans le faubourg Saint- Antoine. Plusieurs révoltés périrent en cette occasion ; mais le général affirme , dans ses Mémoires , qu’en même temps que les Parisiens l’appelaient leur libérateur, on le recevait très froidement à la cour. Il pouvait donc craindre de se compromettre, en agissant avec la même résolution au 14 juillet. *

* Il y a dans le texte u juillet; mais ce qui précède prouve que l’auteur a voulu dire le i^.[Édit.)

lyo VIK DE NAPOLÉON B U ON APARTE .

prit ce général d’opérer sa retraite sans coup férir; tout cela prouve que le roi, non seulement n’avait adopté aucune mesurehostile ; mais qu’il avait au contraire défendu à ses généraux de repousser la force par la force.

Nous sommes donc porté à voir, dans cette réunion de troupes autour de Paris , une de ces demi - mesures trop souvent adoptées par Louis XVI dans sa grande faiblesse politique , et peut-être le désir d’intimider par l’appareil d’une puissance qu’il n’avait pas l’intention d’exercer. S’il avait eu réellement la volonté de sévir, cinq mille hommes de troupes fidèles, et assurément il pouvait les trouver, l’eussent rendu maître de la capitale, en agissant avec énergie et rapidité , bien mieux que six fois le môme nombre rassemblé sous les murs de Paris pour s’y perdre dans la débauche, et lever le camp sans avoir tiré un coup de fusil. Disons que le courage de Louis était passif; admirable dans l’adversité , mais privé de cette énergie décisive qui , changeant le doute en succès , arrache à la fortune la victoire qu’elle semble refuser encore.

L’insurrection de Paris , approuvée en quelque sorte par le souverain , fut considérée par la nation non comme un crime d’État , mais comme un acte légitime. La faiblesse avec

Page 1