CHAPITRE IV. îgi
laquelle le monarque endurait ces violences persuada les Parisiens qu’ils n’avaient fait que prévenir les mesures de rigueur projetées contre l’Assemblée , et l’occupation militaire de la capitale. La révolte trouva des défenseurs jusque dans l’Assemblée elle -même. On y jugea fondés les soupçons et les craintes qu’on lui donnait pour motifs; on entra dans les sentimens des citoyens , et l’on imagina des excuses pour leurs excès les plus condamnables. Lorsque Lally-Tollendal fit le tableau des horreurs qui avaient accompagné le meurtre de Foulon et de Berthier, on l’écouta, et on lui répondit comme s’il se fût livré à des exagérations ridicules * . Mirabeau dit que cc c’était le temps de penser et non de sentir. »
« Le sang qui a coulé était-il donc si pur ? » demanda Barnave avec dérision. Robespierre, s’animant au récit de cruautés bien faites pour exciter l’intérêt d’une âme comme la sienne , déclara que ce le peuple, opprimé depuis des siècles, avait bien droit à un jour de vengeance. »
Mais combien dura long-temps ce jour; et
1 Le texte dit : as if he hcid made moun tains of moles’hilles ; comme s’il eût pris des taupinières pour des montagnes ; cette expression rappelle le vers de La Fontaine :
La moindre taupinière était mont à ses yeux.
(Note de l’Editeur.)
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quel lut le sort des apologistes de ces forfaits ! De ce moment la populace de Paris , ou plutôt les agitateurs mercenaires qui dirigeaient cette multitude aveugle , devinrent maîtres des destinées de la France. Une insurrection fut organisée toutes les fois qu’il s’agit de faire passer une délibération; et l’on peut dire que l’Assemblée recevait l’impulsion du torrent populaire , comme la roue d’une machine hydraulique est mise en jeu par une chute d’eau.
Les conséquences de la prise de la Bastille se firent également sentir, et dans le cabinet du prince , et dans l’Assemblée Nationale. Ces ministres qui avaient conseillé au roi de se tenir sur la défensive , ou plutôt de prendre une attitude menaçante à l’égard des représcntans , perdirent aussitôt courage en apprenant le sort de Foulon et de Berthier. Le baron de Breteuil, successeur impopulaire de Necker, reçut sa démission et fut envoyé en exil ; et pour que rien ne manquât au triomphe du peuple, Necker fut rappelé d’une voix unanime.
Le roi se rendit ou se laissa conduire à l’Hôtelde -Ville de Paris. Son entrée, au triomphe du ministre , était une espèce d’ovation où le roi ne paraissait guère que comme un captif. Il entra dans l’Hôtel sous une voûte de fer, formée par les sabres et les piques croisées de ceux qui ve-