CHAPITRE IV. igô
l’honorable situation du souverain d’une monarchie limitée , en lui retirant seulement le pouvoir absolu d’un despote. Mais en politique comme en religion, plus la différence d’opinion est légère , moins les partis sont disposés à se faire dés concessions réciproques. Bien loin de vouloir se réunir à ceux qui confondaient dans leurs affections la monarchie et la liberté , les royalistes purs les jugeaient à peine dignes de partager le péril qui les menaçait également les uns et les autres.
Peut-être un sentiment de vanité personnelle fut-il une des principales causes de la première émigration. La haute noblesse était depuis longtemps, comme on dit, ee Monde pour Paris et pour elle-même; elle pensa naturellement que sa retraite d’un lieu dont elle faisait l’ornement y laisserait un vide impossible à remplir. Elle ne réflécliit pas qu’à l’heure du besoin on se contente facilement de flambeaux ordinaires à défaut de lampes odoriférantes; et qu’en emportant beaucoup de dignité, de grâce et de galanterie, elle laissait derrière elle beaucoup de talent, de valeur, et de ces qualités essentielles au gouvernement ainsi qu’à la défense des nations. Nous reprendrons plus tard ce sujet. *
■ Il ne s’agit ici que de la première émigration ; mais ce
La situation et les démarches des émigrés dans les cours où ils étaient allés chercher un asile compromirent leur réputation , et par conséquent la cause royale , à laquelle ils avaient sacrifié leur patrie. Réduits « à montrer leur misère dans les pays étrangers » , ils cherchèrent naturellement à rentrer dans le leur, au moyen de l’intervention étrangère , et encoururent l’accusation grave de pousser à la guerre civile; pendant que Louis XYI demeurait le roi résigné, sinon satisfait, du nouveau gouvernement.
La certitude que l’ancienne monarchie de
serait peut-être le cas de citer ce passage de V Essai sur les Révolutions , où M. de Châteaubriand disait en 1797 : « Un bon étranger, au coin de son feu, dans un pays bien tranquille, sùr de se lever le matin comme il s’est couché le soir, en possession de sa fortune, avec des amis au-dedans et la sûreté au-dehors , annonce , en buvant un verre de vin , que les émigrés français ont tort , et qu’on ne doit jamais quitter sa patrie. Ce bon étranger a raison, etc. » D’un autre côté, M. de Châteaubriand, non moins fidèle aux éternels principes de la liberté qu’au drapeau blanc , dit en 1826 : « En défendant les émigrés, je ne défendais ma cause que sous le rapport de la fidélité et des souffrances ; car mes opinions politiques n’étaient point représentées par celles de l’émigration. » La question de Y émigration restera indécise tant qu’on en fera une question d’honneur. ( Édit .)