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Mort à Rome, le 13 mai

d'hui cardinal, qui se trouva ainsi demi-frère de madame Bonaparte et oncle de Napoléon. C'est dans ses bras que madame Bonaparte est morte à Rome en 1836.

Madame Bonaparte a eu treize enfants ; cinq garçons seulement et trois filles ont vécu.

Joseph, l'aîné de tous, qu'on voulait faire entrer dans les ordres, afifa de tirer parti de la protection de M. de Marbeuf, ministre de la feuille des bénéfices, fit ses études en conséquence ; mais le moment de s'engager étant venu, il se refusa absolument à prendre le petit collet. On l'a vu successivement roi de Naples et d'Espagne, et fort supérieur, sous tous les rapports, aux rois ses contemporains. L'Espagne lui préféra le monstre nommé Ferdinand YII. J'admire le sentiment de fol honneur qui enflamma les braves Espagnols ; mais quelle différence pour leur bonheur si, depuis 1808, ils avaient été gouvernés par le sage Joseph et par sa constitution !

Louis, homme de conscience, a été colonel de dragons et roi de Hollande ; Jérôme fut roi de Westphalie ; ÉUsa grande duchesse de Toscane ; Caroline reine de Naples.

Pauline, princesse Borghèse, a été la plus belle femme de son siècle. Lucien, député, ministre de Tintérieur, ambassadeur en Portugal, n'a pas voulu être roi et a fini par être prince romain,

Lucien, disait Napoléon, eut une jeunesse ora-

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geuse ; dès l'âge de quinze ans il fut amené en France par M. de Sémonville, qui en fit de bonne heure un révolutionnaire zélé et un clubiste ardent. On dit qu'il publia quelques pamphlets jacobins, sous le nom de Brutus Bonaparte. Tout ce jacobinisme ne l'empêcha pas, au 18 Brumaire, de trahir sa patrie, au profit de son frère.

Il eût été beaucoup plus heureux pour Napoléon de n'avoir point de famille.

Le caractère de Napoléon a été fortifié à l'École militaire de Brienne, par cette grande épreuve des âmes orgueilleuses, ardentes et timides : le contact avec des étrangers ennemis.

Napoléon fut amené à Brienne en 1779, à l'âge de six ans ; à cette époque l'établissement était dirigé par des moines minimes. Voici quelques anecdotes d'un assez mince intérêt. Napoléon prononçait son nom avec l'accent corse, beaucoup plus français qu'italien ; ce nom qui, dans sa bouche, était à peu près Napoillione lui valut de la part de ses camarades le sobriquet fâcheux de La-pailleau-nez.

Un jour, le maître de quartier qui n'était pas homme à deviner la sensibilité vive et profonde de cet élève étranger, le condamna à porter l'habit de bure et à dîner à genoux à la porte du réfectoire. Ce traitement n'eût été qu'un désagrément passager pour un enfant ordinaire; mais qu'on juge de ce

qu'il dut paraître au jeune insulaire qui, à ses yeux, était forcé par la pauvreté de vivre au milieu des oppresseurs de son pays. Le moment de l'exécution fut celui d'un vomissement subit et d'une violente attaque de nerfs ; le supérieur qui passait par hasard, l'arracha à un supplice trop fort pour son organisation toute d'orgueil. Le père Patrault, son professeur de mathématiques, accourut de son côté, se plaignant que, sans nul égard, on dégradât ainsi son premier mathématicien.

Le caractère de Napoléon décidé, sombre, jamais distrait par aucun enfantillage, excita d'abord la haine de tous les petits Français, ses camarades d'école, qui considéraient sa résolution imperturbable, comme une prétention hostile à leur vanité. Napoléon, pauvre et de petite taille, croyant déplus sa patrie opprimée par les Français, fuyait toute société ; il s'était arrangé une sorte de cabane en verdure où, dans les heures de récréation, il se retirait pour lire. Un jour, ses camarades entreprirent d'envahir cette retraite, il se défendit en héros ; c'est-à-dire, en Corse.

Le caractère français, peu rancunier et qui ne cherche qu'à s'amuser, brilla de tout son éclat en cette circonstance ; on passa, pour le jeune étranger de l'envie à l'admiration et il devint un des chefs df meute du collège.

L'hiver suivant, il tomba beaucoup de neige ;

on eut l'idée de construire une place fortifiée. Napoléon fut d'abord l'ingénieur en chef, qui dirigeait l'édification des remparts et quand il fut question de les attaquer, il devint le général des assaillants; mais des graviers se mêlèrent aux boules de neige, projectiles des deux armées; plusieurs élèves furent blessés, et les professeurs firent cesser le jeu.

Nous nous garderons bien de tirer de graves conséquences de ces petits faits, d'ailleurs fort peu prou- ^ vés ; nous sommes persuadé que des choses semblai blés arrivent tous les jours à beaucoup d'écoHers, qui deviennent des hommes fort insignifiants.

Napoléon à Valence. — Imperfection de sou édtication. — Ses erreurs en politique. — Il tient garnison a Auxonne. — Son début comme auteur. — Imprime à Avignon la brochure intitulée : Le souper de Beaucaire. — Révolution française: Gomment ella est envisagée à l'étranger. — Troubles à Tintérieur. — Energie de la Convention. — Napoléon chef d'un bataillon de la garde nationale en Corse. — Il se rend à l'armée devant Toulon, pour y prendre le commandement en chef de l'artillerie.

Napoléon, à vingt-un ou vingt-deux ans, devait être fort différent de ce que à Paris on appelle un jeune homme aimable, et son bonheur fut grand d'êtm goûté par madame du Colombier. Probablement, ses succès à Paris eussent été moins rapides ; on va en juger: Il pensait avec force; il avait la logique la plus serrée. Il avait immensément lu et a, peut-être, perdu depuis, dit-il. Son esprit était vif et prompt, sa parole énergique. A Valence il fut aussitôt remarqué, il plut aux femmes par des idées neuves et fières, par des raisonnements audacieux. Les hommes redoutaient sa logique et les discussions auxquelles la connaissance de sa propre force l'entraînaient facilement.

Un officier fort distingué, mais homme de l'ancien régime et parfaitement aimable, nous disait un

jour à Berlin que franchement rien ne l'avait tant étonné que de voir M. Bonaparte gagner des batailles. D'abord, il avait cru que c'était un autre officier du môme nom, un frère de Napoléon. D'après les relations qu'il avait eues avec celui-ci, à Valence et plus tard à Auxonne, il ne lui était resté d'autre idée que celle d'un jeune bavard, s'enfournant atout propos dans des discussions interminables et voulant, sans cesse, tout réformer dans l'État. « Des hâbleurs de cette sorte, j'en ai connu vingt depuis que je suis au service, ajoutait l'officier. » Quant à sa tournure et à sa figure, la tournure était dépourvue de grâce et d'aisance, et pour la figure, sans son extrême singularité, il eût passé pour laid ; mais]il était sauvé par le suffrage des dames. « Je crois, disait l'officier de Berlin, qu'elles étaient fascinées par son regard sombre et fixe, à l'italienne; elles s'imaginaient, sans doute, que c'était là le regard de la grande passion. »

Ce fut pendant son séjour à Valence, que Napoléon remporta un prix à l'académie de Lyon, sur cette question proposée par l'abbé Raynal, alors célèbre : « Quels sont les principes et les institutions à donner aux )) hommes pour les rendre le plus heureux possible? » Le mémoire fut remarqué ; mais le jeune officier craignant les quolibets de ses camarades, avait jugé prudent de garder l'anonyme. Ce mémoire était, du reste, tout à fait dans le style et dans les principes

du temps : des idées généreuses et romanesques 3 étaient mêlées à une critique incomplète et partiale de ce qui existait. L'auteur commençait par se demander : en quoi consiste le bonheur ? C'est de jouii complètement de la vie, répondait-il; c'est d'en jouir de la manière la plus conforme à notre organisation morale et physique. Napoléon devenu empereur, jeta au feu ce mémoire, retrouvé par les soins de M. de Talleyrand.

Le jeune officier d'artillerie avait pu traiter d'une façon piquante par son originalité une question dont s'est beaucoup occupée la philosophie antique, la seule qu'il eût entrevue. Mais, par malheur pour lui comme pour la France, son éducation était restée fort incomplète. Excepté les mathématiques, l'artillerie, l'art militaire et Plutarque, Napoléon ne savait rien. Il ignorait la plupart des grandes vérités découvertes depuis cent ans, précisément sur cet art de rendre les hommes plus heureux, dont il venait de s'occuper.

Sa supériorité gisait tout entière dans la faculté de trouver des idées nouvelles, avec une promptitude incroyable, de les juger avec une raison parfaite et de les mettre à exécution avec une force de volonté qui n'eut jamais d'égale.

Par malheur, cette force de volonté pouvait être éclipsée par un mouvement de sensibilité.

C'est ainsi que sur les montagnes de Bohême le

J813, il ne voulut pas donner bataille. Quelque piessentiment intérieur, ou quelque présage arrêtèrent ce grand homme, et l'emportèrent malheureusement sur la nécessité de donner bataille, pour bien finir la campagne et sur l'apparence évidente des chances les plus heureuses.

Sans doute, Napoléon à Valence, à Auxonne et ailleurs, avait beaucoup lu. Mais dans cette âme ardente et rêvant sans cesse à l'avenir, les livres les plus graves ne produisaient d'autre effeL que celui que font les romans sur les âmes vulgaires. Ces livres réveillaient ou excitaient des sentiments passionnés ; mais laissaient-ils de grandes vérités parfaitement démontrées et servant de base, désormais, pour la conduite de la vie?

Napoléon, par exemple, n'avait pas lu Montesquieu, comme il faut le hre; c'est-à-dire, de façon à accepter ou à rejeter nettement chacun des trente et un livres de l'Esprit des lois. 11 n'avait pas lu ainsi le Dictionnaire de Bayle, ou VEsprit d'Helvétius.

Je ne voudrais pas anticiper sur des choses qui , p-lus tard, seront racontées ; mais pour présenter ma pensée avec la netteté convenable, je suis forcé d'ajouter quelques exemples.

Bien des années après, pendant les discussions du Code civil au conseil d'État, on voyait ce puissant génie deviner, en courant, toutes les conséquences des vérités que MM. Threillard ou Boulay (de la Meur-

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the), énonçaient devant lui, mais ces vérités, elles étaient nouvelles pour lui, et elles n'étaient nouvelles pour aucun des quarante conseillers d'État ou maîtres des requêtes, qui assistaient à la séance. Il est vrai aussi qu'avec une rapidité inimaginable à qui n'en a pas été témoin, il arrivait à des conséquences d'une haute justesse, et que ni Tlireillard, ni Boulay n'auraient jamais entrevues. Il est vrai aussi, qu'arrivant tard dans la science et avec tout le bon sens d'un homme fait, il ne se laissait point prendre aux petits préjugés qui gâtent encore les sciences les mieux faites. C'est ce qu'on voit bien dans la discussion sur le divorce et dans celle sur les testaments ^ A leur tour, Threillard et Boulay étaient effrayés, de ces éclairs de génie si nouveaux, et Napoléon les défendait contre euxmêmes.

On ne s'apercevait point de cette ignorance de l'Empereur dans sa conversation ordinaire. D'abord il dirigeait cette conversation et ensuite, avec une adresse tout italienne, jamais une question ou une supposition étourdie ne venait trahir celte ignorance ^.

1. Voir Locré qui délaye et aplatit sans cesse les dires de l'Empereur: voir Thibaudeau.

2. Cette adresse se retrouve admirablement dans la conversation des Sauvages, toujours attentifs à l'opinion qu'ils peuvent donner d'eux-mêmes.

On peut donc dire qu'en fait de science du çjouvernement, celle qui, par la suite, eût été la plus indispensable à Napoléon, l'éducation de ce grand homme était nulle. En fait de gouvernement, il ne comprenait que celui d'un général qui fait agir ses troupes :

Par enthousiasme pour la patrie,

Par point d'honneur,

Par crainte du châtiment,

Par amour-propre ou intérêt de vanité,

Par intérêt d'argent.

On voit que, parmi ces motifs d'adion, aucun n'a sa source dans les habitudes de croire ou d'agir de celui qui obéit, ni dans l'opinion qu'il peut avoir de la légitimité des ordres de celui qui commande.

En un mot, Napoléon sut se faire obéir comme général, mais il ne sut pas commander en roi, et j'attribue l'imperfection de son génie en ce point uniquement à l'absence totale d'éducation première.

Lorsque "'^apoléon eut besoin d'idées sages sur le gouvernement de la France, il fat obligé de les inventer. Mais, par un premier malheur, il avait une répugnance personnelle pour l'école libérale et, par un second, il eut souvent besoin d'expérience personnelle pour voir les vérités les plus fondamentales et découvertes trente ans avant lui *.

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