‹ Vie de Pierre CorneilleChapitre 12 sur 42 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

HORACB.

Corneille avait alors trente-trois ans. Parvenu à la force et à la maturité de râge^Tesprit affermi et non aigri par cette grande querelle qu'il eut à soutenir à propos du Gid , il résolut , comme il nous rapprend lui-même/ de répondre à ceux qui l'accusaient de plagiat et d'imitation espagnole , en publiant un ouvrage où son imagination ne pût être mise en doute, et Horace parut, en vain, dans sa préface de cette pièce, Voltaire prétend-il qu'on doit le louer d avoir transporté sur la scène française les plus beaux morceaux de Tite-Live , cinq pages de cet bistorien latin où se

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trouve relatée Tbistoire d'où a été prÎ8 le sujet d'Horace , ne sauraient constituer autre chose qu'une matière stérile que le génie seul de Corneille pouvait féconder. Et à ce sujet, si nous comparons les deux grands hommes de cette époque, Corneille et Racine, en y ajoutant même leurs suivans dans la carrière, Rotrou, Du Ryer et les autres , avec certains auteurs en renom dont on ne peut que vanter l'érudition romaine ou grecque , une différence très grande nous apparaît au premier abord ; nous voulons parler de la couleur locale.

Qu^on ait reproché à Racine d'avoir peint sous des noms grecs et romains les seigneurs et les marquises de la cour de Louis XIV avec leurs minauderies et leurs talons rouges, rien de plus juste, et nous ne chercherons point à prouver qu'Agamemnon , Phèdre ou Britannicus agissaient et parlaient réellement comme Racine les fait agir et parler ; mais , à coup sûr, l'auteur commettait sciemment ces anacbronismes, et s'il eût voulu peindre l'habitude de la vie antique dans ses minutieux détails , nul plus que lui n'était au courant des mystères de vctemens ou de cuisine, dévoilés dans Homère, dans Cicéron oirdans Pline l'ancien; s'il eût voulu nous peindre un repas grec, il eût facilement introduit Achille et ses écuyers recouvrant les dards aigus de viandes opimes, etDIysse méconnu dans son palais se serait chez lui présenté sans difficulté savourant les délices du dos

succulent d^un des membres du troupeau d'Ëumée. Sans doute ragencement du triclinium latin ne lui était point inconnu, et s'il eût voulu nous montrer que les héros de Britannicus étaient vrai- Inent Romains, il eât pu les faire coucher sur des lits somptueux et les appuyer nonchalamment sur le coude ; il eût fait servir sur cette table princière le grand plat à la surprise des Romains, et Agrippine eût délicatement dégusté l'olive arrachée au ventre du rossignol. Que Racine ait méprisé tout cela comme il méprisa dans Bajazet les détails orientaux, rien de mieux, et les partisans de la couleur locale auraient toujours beau jeu contre le tendre ami de Despréaux. Mais 8*il fut au monde tin homme qui sut peindre les héros antiques et mettre sur la scène de vrais Romains, ce fut. Corneille, et personne n'a jamais songé à lui reprocher le manque de couleur latine. Au contraire , ses ennemis mêmes conviennent que le vrai caractère des personnages est parfaitement observé par lui ; autrement Boileau , qui cherchait toutes les occasions de le critiquer, n'eût pas manqué de dire, en retournant un vers appliqué à la Galprenède :

Tout ft l'humeur normande en un auteur normand.

Hais , comme le fit depuis celui que Ton appelle son rival , Corneille méprisa ces vains détails de costume et d'ornemens accessoires. La vraie cou-

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leur locale est chez lui Fétude du cœur de ses héros, et certes le quil n{ourût du yieil, Horace prouve mieux son droit de bourgeoisie dans la cité républicaine que la tenue savante de son glaive , ou Tharmonieux agencement des plis de sa toge. Cette négligence de la superfluité , ce dédain de l'érudition nous ont toujours semblé la marque distinctive du talent supérieur, et la ligne de démarcation qui sépare la science d'avec l'invention, le goût d'avec le génie. Aussi , les tragédies d'Horace , de Ginna, de Pompée, sont-elles des œuvres de génie et des chefs-d'œuvre parfaitement originaux. Pierre Corneille seul pouvait en être l'auteur, et nul autre que lui n'eût conçu ces grands caractères romains , eut-il été le plus érudit du monde sur l'architecture de Vitruve et Fagriculture de Columelle ou de Varron, cet homme eût-il su son Tite-Live et son Salluste par cœur.

Corneille sentait si bien sa force et avait une telle conscience de l'individualité de son génie , que quand on le menaça d'un second examen , semblable à celui qui fut fait à l'occasion du Cid, sachant bien qu'on ne trouverait point là de vers espagnols traduits ou de Chimène , qui dût blesser les canons , il fit cette fière réponse : » Horace fut condamné par les duumvirs, mais il f ut abspus par le peuple. » En effet, le succès de la pièce fut immense, et Voltaire , d'ordinaire si peu juste envers notre héros, est le premier à en convenir:

s'il dit à propos de la scène sept de Tacte deux : t J'ai ckerché dans tous les anciens et dans tous les théâtres étrangers une situation pareille , un pareil mélange d'âme, de douleur, de bienséance, et je ne Tai point trouvé, i il avait déjà dit au sujet de ces vers de la scène première du second acte :

Albe voua a nommé , je ne vous connais plus.

— Je vous counais encore, et c'est ce qui me tue,

c à ces mots : Je ne vous connais plus , — je vous connais encore , on se récria d'admiration; on n'avait jamais rien vu de si sublime. Il n y a pas dans Longin un seul exemple d'une pareille grandeur. » Nous savons d'autre part que le commencement de cette même scène avait transporté le public d'admiration, et que l'on allait répétant partout ces deux vers admirables de Curiace, devenus proverbe :

Je rends grâces aux dieux de n*étre pas Romain, Pour conserver encor quelque chose d'humuin.

Déjà dès les premiers vers de la pièce le début était si imposant, les vers se déroulaient en si beau langage, que les spectateurs avaient été saisis de respect comme s'ils eussent assisté à la revue d'une légion romaine; cet admirable cri de Sabine :

Rome , si tu te plains que c'est là te trahir, Fal»-toi des ennemis que je puisse haïr,

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leur avait arraché des cris d'enthousiasme, le qtCil mourût avait fait couler les larmes du prince de Condé , et les imprécations de Camille étaient trop dans le goût du siècle pour ne pas ravir la foule (i). Aussi Corneille , qui avait mis trois ans de réflexion et d'étude à composer ce chef-d'œuvre, était sûr de ce qu'il appelait le peuple , et pas un Scudéry ou un Saumaise du temps ne s'était aperçu de la triplicité d'action et de quelques autres défauts , malgré la connaissance profonde que tout criti-

(i) Presque toui les poètes dramatiques d'alors introduisaient dans leurs pièces des fureurs ou de^mprécations : ou connaît les fureurs d'Hérode que disait si bien Bois-Robert et dont mourut Mondpry. Voici les imprécations de la Sophonisbe de Mairet; on peut ici com« parer le grand Ck>meiUe et celui qui se disait son rival , tout en «e faisant son détracteur. C'est Massinisse qui parle :

Un poignard malgré toi, trompant ta tyrannie, M'accorde le repos que ta rigueur me nie :

Cependant , en mourant , ô peuplo ambitieux , J'appellerai sur toi la colère des cieu&.

Puisses-tu rencontrer, soit en paix, soit en guerre. Toute chose contraire et sur mer et sur terre ; Que le Tage et le Pô contre toi rebellés , Te reprennent les biens que tu leur a volés ; Que Mars faisant de Rome une seconde Troie, Donne aux Carthaginois tes richesses en proie, Et que dans peu de temps le dernier des Romains En finisse la rage avec ses propres mains.

Mais consumer le temps en des plaintes frivoles , Et flatter sa douleur avecque des paroles , C'est à ces lâches cœurs que l'espoir de guérir Persuade plutôt que l'ardeur de mourir.

Meurs, misérable prince, et d'une main hardie, Ferme l'acte sanglant de celle tragédie.

(// tUv le poitjnard caché stus sa m^e.)

que y petit ou grand, avait alors d'Aristote, et il fallut que le grand Corneille vint les dévoiler luimême à l'admiration de ses contemporains. 11 fallut qu'il leur dit que le personnage de Sabine ^ quoique heureusement inventé, ne sert pas plus à l'action que celui de lln&nte dans le Gid, pour qu'ils s'en aperçussent. Puis^ comme il avait eu le bon goût de ne point finir par les impréca"» tions de Camille une pièce dont, à tout prendre ^ le titre est Horace, héros principal dont un trait caractéristique est justement le meurtre de sa sœur, et qu'il ne fallait point laisser le specta* teur sur la fâcheuse impression que devait produire une action aussi brutale de la part d'un héros intéressant, l'auteur de la pièce nous apprend lui-même que le cinquième acte étant tout en plaidoyers, est une des causes du peu de satisfaction que laisse cette tragédie.

Cet acharnement du grand Corneille à trouver les défauts d'un chef-d*œuvre et à rappeler sans cesse les règles d'Aristote à propos d'une pièce qui s'en' écarte parfois, pourrait sembler extraocdinaire, surtout quand on songe à la persistance qu'il mit à défendre des ouvrages moins heureux, tels que Pertharite ou Attila. Mats tout étonnement cesse quand o^ réfléchit que la pièce était jugée et avait obtenu un immense succès. Corneille était sûr du public, et de pareilles observations ne pouvaient pas lui ôter un applaudissement. D'ail* leurs «n'était-ce pas dans cet<e même année 1639,

OÙ avait é.té représenté Horace, que fut imprimé FÂmour Tyrannique de Scudéry» cette pièce si admirable, si Ton en croit Sarrasin, et surtout si conforme à tous les préceptes d*Aristote ? L'Amour Tyrannique avait fait une chute digne de sa froi» deur et de Fennuyeux galimatias qui en remplissait les hémistiches. Âristote avait eu tort et Corneille tenait à démontrer qu'Horace n'était point selon les régies d'Aristote. Aussi fit-il cet eicamen rigoureux dont nous avons parlé , et pour comble de fierté, dédia-t-il sa pièce au cardinal, son persécuteur.

Voltaire s'étonne du style de cette dédicace^ et en voyant une humilité apparente avec des paroles comme celles-ci : j ai Thonneur d'être à Votre Éminence , etc. ; il cherche d'abord à l'expliquer à Faide des cinq cents écus que le cardinal lui faisait accepter tous les ans sur sa cassette, et finit en disant: « Cette page e»t assez remarquable; ou elle est une ironie, ou elle est une flatterie qui semble contredire le caractère que l'on attribue à Corneille. Il est évident qu'il ne croyait pas que l'ennemi du Gid et le protec* teur de ses ennemis eut un goût si sur. »

Les mêmes raisons que nous venons de donner tout à l'heure pour expliquer la conduite de Corneille, nous semblent encore justifier merveilleusement cette dédicace. Le cardinal était désormais un ennemi vaincu , et ses haines littéraires ne pouvaient porter atteinte à la gloirô de Corneille.

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Je ne sais qael mélange de fierté satisfaite et d'ironie de bon goût déterminèrent le vainqueur k faire hommage au vaincu de son arme victorieuse. Et puis n'était-ce pas un coup de mattre que cette courtoisie faite si à propos , et le cardinal n'était* il pas assez puissant pour étouffer la gloire de son rival autrement qu'en suscitant contre lui les critiques subalternes? Cette dédicace le désarma^ et la meute des Mairet, des Claveret et autres, prête à aboyer contre lui, se tut faute de recevoir le signal du mattre. Scudéry seul rompit le silence , encore ne fut-ce point pour blâmer Horace, mais pour faire de sa pièce de l'Amour Tyi*annique l'éloge le plus pompeux. Ne serait-ce pas une chose éminemment curieuse que de comparer les examens que Corneille fit de ses propres pièces avec les appréciations du même genre faites par quelques auteurs? Nous venons de voir l'examen que Corneille fit de la tragédie d'Horace , et nous n'avons eu qu'à louer sa trop grande modestie. Nous l'avons vu découvrant lai-méme à ses contemporains les défeuts si cachés sous les beautés, qu'on ne les apercevait pas. Scudéry eut la même prétention que Corneille. Seulement, comjme personne n'apercevait les beautés de ses œuvres, il entreprit de les mettre lui-même au jour : c'est pour cela qu'il dit sa pièce de l'Amour Tyrannique si parfaite et si achevée, que sans doute Âristote aurait réglé sa poétique sur cet excellent poème, assez riche d'ailleurs pour lui* fournir d'aussi beaux

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exemples que TOEdipe de Sophocle. Sarrasin^ homme d'un grand esprit d ailleurs , et ami de Scudéry, voulait faire valoir la pièce. Aussi adressat-il à rÀcadëmie française un discours sur l'Amour Tyrannique. Mais comme au demeurant c'étaiii une conscience droite que Sarrasin, et que si Tamt de Scudéry ne pouvait aimer Pierre Corneille, le littérateur devait Thonorer et Festimer fort , il prit un moyen terme et se déguisa sous le pseudonyme de Sillac d'Arbois, sous lequel il put tout à son aise louer Hardy sans nommer Corneille, et exalter Scudéry, Aristote à la main.

L'Amour Tyrannique, que Ton voulait opposer aux chefs-d'œuvre de Corneille, n'est pas du reste une pièce sans mérite. Sans doute la longue exposition que demande le sujet jette tout d'abord une grande confusion dans l'esprit ; mais à tout prendre il y a de fort beaux vers et la remontrance du gouverneur à Tiridate est d'un bel effet. Aussi , forts qu'ils étaient de cette parole du cardinal, qui dit après l'avoir vu représenter : Cette pièce n^a pas besoin d'apologie , elle se défend assez d'elle-même ; les courtisans et les amis de Scudéry purent répandre que la pièce avait eu du succès. Mais c'était là le dernier éclair de cet orage de galanterie héroïque dont le théâtre avait été rempli depuis si long-temps; malgré la famille Scudéry, l'afféterie et la carte de Tendre allaient être bannies du théâtre par le génie mâle de Pierre Corneille. Quelle comparaison, en effet ,

peut-OD faire entre TAmour Tyrannique et Horace? et cette dernière pièce renferme-t-elle un seul morceau comme le billet ridicule que Tigrane éjcrit à Polixène^ pour lui demander du poison : «

Préte-moi (on secours pour tcrtniner mes peines ,

Trottve-nioi cb poison qui me délivrera.

Si je tké[i\\ ckargë de chfttties , J'irais bBÏaer la nain qui me le donnera.

Horace est autant au-dessus de pareilles choses que le Cid est au-dessiis de Clitandre : mais l'admiration pour la pièce dé Corneille devra encore être bien plus grande si nous la comparons aux autres productions contemporaines de ceux qui furent quelquefois ses rivaux.

La Lucrèce et la Clarigène^ de Pierre du Ryer, sont deux pièces d'une infériorité remarquable et ne valent guère mieux que la Pantbée d'un certain d'Urval, imprimée cette même année 1639.

Rotrou et Mairet ne furent pas plus heureux que Pierre du Ryer. Les quatre pièces du premier, datées de 1 689, ne valent rien du tout, et le choix serait fort embarrassant entre les Deux PucelleSj la Belle Alphrède, Antigone et Laure perse* cutée : cette dernière peut-être est la plus passable ; et que dire d^une pièce où le roi appelle son fils, lâche sang de mon sang^ et où Ton trouve des vers comme ceux-ci que dit Octave au commencement de l'acte second :

Je reconnais , amour, ion pouvoir immortel , Mon âojc l'est un temple et mon cœur nn autel. Mais n'en exige point ce honteux sacrifice, Fais plutôt que fautel et le temple périsse.

Et ceux-ci que déclame le prince furieux au troisième acte :

Ab ! ciel ; ce u'est point toi qui régis la nature, Tes astres impuissans errent h l'aveniure ; La région du feu n*a point de pureté, La terre, i{«oî qa*on die, est sans siabilHé; L'ombre produit le corps et les corps suivent l'ombre , L'astre du jour est fixe et sa lumière est sombre ; Le visage de Laure a de doutem appas , Et HtfB n'es.t assuré puisqu'elle ne Test pas.

Quant à Mairet, il fit imprimer, en 1689, sa Mort de Mustapha ou le Grand et dentier Solyman, pièce dans laquelle se trouvent des vers comme ceux-ci :

Vous-même ayez soupçon du soupçon qui vous ronge.

(Acte II I scène vi.)

Prifice , vos cna^mk brassent vo^e trépas.

Va la Caire résoudre à quoi que je lui die.

(ActelHi scène IV.)

Quand on songe que de pareilles choses s'im«-

primaient en 1649» l'^i^n^^ ^^ ^^^^ j<>*^ Horttce etCnma!

Il est une maxime peu suivie de nos jours eC è laquelle a donné un croc-*en-jambe l'école qui prit Shakspeare et Lopez de Véga pour modèles

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dans Fagencement des scènes, la multiplicité detf événements, le nombre des personnages, les intrigues doubles ou triples renforcées de poison, d^assassinats et de poignards, non plus cette fois rentrant dans le manche comme le poignard clas* sique , mais bien droits et bien affilés comme la miséricorde du moyen âge, ou recourbés comme le cimeterre oriental. Cette maxime était que le Théâtre-Français ne veut point être ensanglanté. Un meurtre sur la scène fut long-temps regardé par nos devanciers comme une monstruosité , et les deux exemples cités à Tappui de leur raisonïiement étaient TOrosmane de Voltaire qui poi* gnarde Zaïre dans la coulisse et Horace qui ne tue point sa sœur sur la scène : même à ce sujet il courait une anecdote assez naïve pour être vraisemblable, assez populaire pour être vraie.

Le comédien Beaubourg, qui succéda à Baron, en 1692, était un fort bel homme qui débitait la tragédie à pleins poumons et se faisait bien venir du public par sa taille avantageuse et ses belles manières. Jouant un jour Horace et voyant que Camille, dans son enthousiasme et dans sa fuite [précipitée, après les imprécations, s'était laissé «choir sur le théâtre, il prit une pose gracieuse, 3ui tendit galamment la main pour la relever et la «conduisit dans la coulisse où il devait la frapper làe son épée.

Les partisans de la bonne grâce quand même, âeir^nt applaudir fort à cette urbanité. Ceux,

au contraire, qui trouvaient l'action d'Horace trop cruelle, précisément parce qu'elle est trop réfléchie , eussent voulu la voir frapper en plein théâtre et continuer la tradition quun accident eût mise à la mode.

D'autres trouvant probablement cette discus«* sion oiseuse, dissertent longuement sur la valeur de ce vers qui vient immédiatement avec le fameux quil mourût :

Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.

L'avis du prince de Condé, qui le trouvait un vers faible , prévalut si long-temps que je ne sais quel correcteur officieux proposa de le remplacer par celui-ci, aussi faux de pensée que dénué de rime :

Mais il est votre fils.

— Lui, mon fils? il le fut.

Quant à nous nous avons toujours pensé que le meurtre de Camille, après réflexion, est bien véritablement l'action d'un Romain qui , auprès des cadavres de ses frères et en présence d'ennemis ses cousins et dont un était l'amant de sa sœur, a trouvé assez de présence d'esprit pour calculer les blessures de ses adversaires, et les a ensuite égorgés avec le plus grand sang-froid, et nous nous rangeons à Tavis de ceux qui ont démontré que si le quil mourût est le cri du Romain , le vers

suivant est le cri du père : le . vieil Horace , tout Romain et tout stoïcien qu'il est, ne saurait, sans pleurer sa race , se vpir d'un seul coup privé de ses trois fils.

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