CHAPITRE XXXI
PULGHiftlE.
Si Mélite i^t trouvée une bonne farce par Hardy, et si, sur la foi de l'avenir du jeune écri* vain, une nouvelle troupe de comédiens s'orga-: QÎsa à la fin de sa carrière, Pierre Corneille se vit refuser de ces mêmes comédiens qu'il avait tirés des tréteaux de la foire. Pulchérie n eut pas leur suffrage, et Fauteur fut obligé de donner sa pièce à une troupe plus que médiocre, qui jouait alors au Marais (i). Molière se mourait et Baron aimait
(i)C'e8tla Tcrsion de Vidtaire ; mais qa'ii noiMtoit pennisde penwr qne les comédieiu da Marais n'étaient point si maoTais que l'on vent bien le dire» lit avaient déjà joné la Toiion-d'Or chex le marqnis de
mieum probablement avoir pour der&ier rôle TA* mour de la Psyché, que de s'exposer à représenter un nouveau Domitian, qui rappellerait la chute du premier, déjà oublié et effacé par le succès. Il feut avouer que , malgré la faiblesse des interprètes, la pièce de Corneille eut un certain succès , puisque dans son examen le vieillard trouve qu'il n'a qu'à se louer de l'accueil du public.
C'est une opinion assez généralement adoptée que Corneille ^'$$( (J^ppint lifi-n^^i^ç dans le personnage de Martian, vieillard amoureux, rôle plein de force, si l'on en croit le neveu du grand homme, ridicule paxodie si V&n veut s'en tenir à Topinion de Voltaire. Selon lui , Martian n'est qu'un vieux berger roucoulant tendrement des amours surannés et poussant à faux des soupirs sexagénaires. Voici quelques exemples du bon goût du commentateur et du respect profçnd qu^tt professe peur le grand Gorneifle.
« Le henliomme répond (il parle de Martian):
qm*)! s^est tu après s'être rendu; qu'en effet, il languit , il soupire ; mais qu'enfin la langueur qu'on Toit sur son visage est encore plus l'effet dé l'aliieur qua de l^à^e.
c J'aime encore mieux je ne sais qiieUe force, dans laquelle un vieillard est saisi d^une toux vio-
Sonrdéac et chts enz. Nous avons tu qnel saccèt ik firent au Timo- CMlAcIf ThMBMGiifiMilUt ttcctt0i9éna année» 167a, oà Au if- IBétenfcte ftridirfria, Ariane, dip— é — ManaU^cotribâi m a le itcèt
DE P. CORHEILLE. 405
1&III0 4#Taiit sa mattreMe , et lui dit ; c Mademoi-
selle, c'est d'amour que je tousse. »
€ J'avoue, sans balancer, que les Pradon , les Bonnecorsç, les Çoraç, les p^achet p'pnt rien fait de si plat et de si ridicule que toutes ces der- 9Î^«s piècaf de Corneille. »
▲vanl cela , Voltaire s'était moqué à plaisir du §iijet ékam par Tauteur ; Thistorien même n'avail point trouvé (pràce devant lui, ce malbeureux a^nt eu Taudafie de faire l'éloge de Pulckérie ec d Martiian. Martiana soixanterdixans, Pulchérie en a cinquante, et vpus If ur reprochez de ne pas lure l'araoïH* à la Racine ; vous lui reprochez d'aïvoif de ia raison malgré ce feu qui couve sous leurs cheveux blancs. Il est ridicule , dites^ous , qa'op parle d'amour à 1^ Pulchérie, qui a cinquante ans. Mais, du même coup, vous condamnez Homère, et vous trouvez sans doute que c'est dans un moment de sommeil qu'il a fiiit battre les Çrecs pendant dix ans pour une Hélène déjà surannée, lors de son enlèvement par le blond Péris? Du même coup, vous niez, pour ne pas aller pi«^ loin , la Kinon de l'Endos , «elle beHe philpsophe, dont ia sagesse et les mosurs pratiques devaient cependant cadver si bien avec vos principes. Hélène et Kinon oqt été des exceptions, je le veux bien : mais pourquoi Pulchérie n'en serait-elle pas une ? et quant à Martian , le caf^ctère ^e ' pe yigill^d fougueux est dans ces trois vers , que je persiste-
rai à ne pas trouver faibles, malgré Voltaire:
Mais , hélas ! j'étais jeune et ce temps est passé » Le souvenir en tue , et l'on ne l'envisage Qu'avec , s'il faut le dire , une espèce de rage.
Pourquoi Voltaire , au lieu de dénigrer le sujet de Pulchérie, et de prendre de là occasion de louer outre mesure Racine etQuinauIt, qu'il accole, selon son ordinaire, à l'admirable auteur d' A thalie, ne s'est-il pas contente dé marquer, comme on Tavait fait avant lui, le côté faible de la pièce du grand Corneille?! Cette pièce, disait-on, sans plus de déclamation, ne répondit pas à la grandeur ni aux traits magnifiques de l'bistoire de cette impé* ratrice, fille de l'empereur Arcadius, sœur de Théodose-le-Jeune et épouse de Martian : cependant, ajoutait-on, le Caractère de Pulchérie est de ceux que le seul Corneille savait faire. >»
Eussiez-vous aimé en un mot que Pierre Corneille eât fait de Pulchérie une jenne fille pour rendre Martian encore plus ridicule ?
Est-il donc si ridicule et si hors de nature, ce vieux Martian dont on cite quelques v^rs aa second acte, et qui cependant exprime si bien ses tourmens dans le reste.de la scène; cet infortuné qui répond à Justine :
Eh ! l'ai-je regardé comme tu le regardes.
Moi qui me figurais que ma caducité
Près dt la beauté même était en sûreté ;
H m'attacbaif sans crainte ^ servir la prinoeMe,
Fier de mes cheveux blancs et fort de ma faiblesse; * Et quand je ne pensais qu'à remplir mon devoir. Je devenais amant sans m'en apercevoir.
Mon âme de ce feu nonchalamment saisie , Ne Ta point reconnu que par ma jalousie.
Tout ce qui rapprochait voulait me l'enlever, Tout ce qui lui parlait cherchait à m'en priver ( Je tremblais qu'à leurs yeux elle ne fût trop ba|le ; Je les haïssais tous comme plus dignes d'elle , Et ne pouvais souffrir qu'on s'enrichit d'un bien Que j'enviais à tons sans y prétendre rien.
Il nous semble impossible de mieux dépeindre la jalousie d'un vieillard que Coroeille ne Fa fait dans ces vers. Au troisième acte, nous trouvons encore une réponse qui nous rappelle tout-à-fait le bon temps du grand Corneille.
Martian dit :
Mais vous avez promis t et la foi qui nous lie...
Pulchérie répond :
Je suis impératrice , et j'étais Pulchérie.
Si nous voulions citer tous les beaux vers de cette pièce nous n*en finirions pas ; car, à notre sens , Pulcbérie est une œuvre infiniment supérieure à TAgésilaSy et le style même est ici plus fort que • dans Attila; mais, parmi d'autres beautés, celleci nous a semblé du premier ordre ; c'est une réponse de Pulchérie au cinquième acte. Pulchérie exige de Léon le sacrifice de son amour, et lui donne Justine en mariage.
i06 HMTOIJiS
tioN.
Ce n'e«t donc pat atse^ de vous avoir perdue, De voir en d'autres m^in; la maio qui m'dtait duc, 11 faut aimer aiUeurs ?
St y Myirc à la mafai jMtiScr «Ml OKiUPt Moniirar k ïmàfm dâo» U kirm ^pi« i'«MM* Toai Ai 1^ nMi4 ub friwi ilifM 4« diadlmf • Vous mcUm à HKHi Mtfosplt MuiciMS d« l-MBAvr, Et par moo ordre enfin régner à votre tour.
Le principal dé^ut d^ h piè|:^, çesc 4'étre 4wi Ip iewiç de Nicpmède : \e dévelqpp^p^ept 4e# C9i«u:tèr^ en fai( Iç seul fond ; point d'i^ction, point de cet échdfaudft^e moderne que Ton appelle intrigue, et pas métne ce qui plaie aux aviateurs de spectacles, depuis que TAnglomanie a tout empoiaonné , qa«Iquç$ boi^o^ Mupt«s d'assassinats ou d*empoisonnemens pour ravigoter la fin.
Revenons maintenant à l'opinion avancée par Fontenelle, et dont nous avons parlé au commenç^mfint da pbapitr^» k ^fivpir que (^neiUe ^ fç» ra^ dép^ot lMi*>^êii^e d^ns JAaniw- Msilgr^é tout l§ respect dû w^ <)pinioa^ d^ Font^npl^ , qui , .QOi»m« nfiY#p du gr^i^d konm^i devaiii être à
lu source 4êê tr^tigm 4# hmi\k # now w po^ voBS &^Qm que le viem: CpTuieiUe sentU dwe SPO àiM ees tQq wiens iimpweu:^ qu'il exprii^e si bieiu Corneille» à ^oJwnie-sis ans, ^t^it toujours ^ même homme qui avait i^ii à P^iesoB ;
0« I». COUKÏttM, ^
BnMlttiiid'anoiirje aniirartié^, -I en écrit aweï bien, et le fai. awex nul.
^ il a feit le caractère de ifartiaii comme il avait
"« n a point pui«é les caractère» dans !«• o«-e»
^ "y^^ a les a vu. arec «m génie.
A« ftjjaaet de fiaciiie est coatempo#»ia de là
^^éne de Corneille. Comme, md^é le, Ua».
^«Je cette dernière pièce, il n'y Tmoeat» ce»
Wwdn à foire entre le. deax riTao,, «e f«t
«ir!5? Corneille qui, en bon frère , « cliarMa
«• défendre Thonneiir de k femiUe; il éompL.
crante jours, à h campagne, son Ari»>é,
S!n«?* •^''^* **• Timocrate. O» cett^
^ ^*^*prwén le càeîaitt du MantU, etrhétal
▼0*0*.'?°^'' »e jouit plu. exdawvemeat de h
«oSaein * ®" ^* ««"fe t"8^*« <*« Thoma.
La en .^"* •**'* "«t*e «» répertoire.
**>»* ©xoi^a!"^ pnWiqoe devait pourtant être m-
*• ^*en de *° *^® temps-là dune autre manière^
^**<»«' cou«* ?^ «ï>an<ionnaient Amae et Bajacet
P^^Hég^ 1"*^^^^ "ïont l'»W>* P«mn avait 1*
***''«*é^ ?*"" pluaieure années. Un an «vaM
"^'««•i'oiirf j*°® *' Bajaret, il avait feit répré>.
*^** opéiVd • '*'*"***«»• Le. représentatiom de
"'^'^ctfau . '*"' encore, puisque, ayant cob»-
*****'« con , *''*'^* ™^* '^71, elle» durèrent treize
*5*n8trm( y"''^»- ^^ «aile de l'Opéra avait été
*^''®» vis ^ • "* "" i<'" **e paume de la rue Maza- ■^-''M Va rue Gt» ^négaud , et l'abbé Perrin
^108 HISTOIRE PE P, COENEILtE.
avait pour machiniste en ch^ ce même marquis de Sourdéac , que nous ayons vu faire représen* ter dans son château de Neubourg laToison-d'Or de Pierre Corneille, et pour musicien CamberC, avec lequel il avait déjà fait représenter une pa^ torale à Issy. On sait comment Voltaire raconte la fin malheureuse de cette association; comment le pauvre marquis de Soudéac fut ruiné ; com* ment Gambert décampa en Angleterre, où il fut trouvé admirable, et comment Fabbé Perrin, dont Tindigence défiait les revers de la fortune, resta à Paris à faire des élégies. Voltaire, comme d^habitude, se moque impitoyablement de ce pau* vre abbé Perrin et le traite d'homme qui croyait fiiire des vers. Si Fabbé Perrin n'avait composé que ses élégies et Fopéra de Pomone, long pané* gyrique des pommes et des artichauts, la satire de Voltaire eût été juste en tout point, et Tabbé Perrin serait éminemment digne de Foubli pro* fond dans lequel il est tombé : ce serait encore une victime, de Boileau, dont il ne faudrait point réhabiliter la mémoire. Mais Fabbé Perrin est auteur d'une traduction de FÉnéide , traduction méprisée et ignorée, et qui, à notre sens, est de beaucoup la meilleure traduction de FÉnéide en vers qui ait été faite.