SURÉNA
Voici la dernière pièce du grand Corneille. On prétend généralement que, se voyant tous les jours vaincu par Racine, le vieillard ne voulait point quitter le théâtre, et que mourir sur la brèche était un de ses désirs de vieux triomphateur. Les commentateurs répètent à Fenvi que le vieux soldat ne s'apercevait pas de la diminution progressive de ses forces , et ils déplorent en chœur son aveuglement.
Rien de tout cela n est, selon nous, une appréciation véritable des choses. Pierre Corneille Se voyait bien vieillir; il savait bien que ses dernières
illO HISTOIEB
productions ne plaisaient point à Tëgal des premiiteê^ mais le génie qui le ponssait et le besoin de travail le faisaient encore produire. Il ne s'arrêta quà la fin de sa course , quand , chargé de lauriers et d'années , il ne put plus que se reposer dans sa gloire et vivre de la contemplation de ses glorieux souvenirs.
La conception de Suréna est étrange: Corneille la tira de Plutarque dans son histoire de Grassus. Tel qu'il est, ce caractère se développe comme tous les caractères que GomèiHe met sur la scène^ et tout le monde connaît le magnifique vers de la fin.
Non y je ne pleure point, madame , mais je menn.
Une chose assez remarquable, c'est quau mi* lieu d'une époque où Féchafaud entrait dans les probabilités quotidiennes, à cette époque où C&i€«ti rêj^i^a^ it Meû s» tie ecffliwe un drftme ûém il pfétoyàit le âëttonemem, qtte plHmtirs lur^ient ft leiét ce mot final, ce ter» de GoN lieiHe Art iQopié on à peu de diosé prèé : nous et émpnfiHloiis te récit à on auteur camettiporaî& (t) : t Diifridlè-ValanBé tùmbe ééftiiUatit. -^ AfHftdcrne pettr? hti dit un ées condtmné». «*^ M^! je iHecnrftf... y & s^étatt enfoncé tm stykfl éam le cœur. On conserva son eafdfttfe pmt là gfriHe^^ unie*
DE P. COIMCILLE. ÛH
Suréna» tel qu'il mc, mmm (mt de ir«r8Î& cadon qu Attila et Pulchérie, fut eoooni «Mes bien accueâli àes boas «sprits du tamp« , et OsA» laid, que bous avons iléjà oitë, s-expriiue aî&sî dans son âoge de Gojmeilie : $ Disons qne fiuvéna est un caractère plein de noblesse, ^pte celui d'Eurydice est grand jusqu'au suUin# , ipi'une très belle scène entve Paoorus et Eurydice parait avoir ctd le modèle d'u^e scène seoiblable entre Mithridate et Monînie; que Fart du raisonnemetil est pouss4 si loin entre Pacorus et Suvtfna, que le lecteur, qui sait pourtant que Suréna ne peut avoir toft, serait for| enibarrassé de répondre à sa place, et voit avec ëtonnement que ^rëna trouve à répondre ; remarquons enfin que la pièce finit par un mot plus que sublime d'Eurydice , e| que ce mot fut le dernier de Corneille : c'est ainsi que le grand homme (termina une catvière de soixante ans d0 travaux. >
En ce temps-là, Racine ftiisait représenter son Iph{génie« La Champmélë, si Ton en croit les vers de Boileau, faisait couler force larmes aux spectateurs dans le rôle de la fille d'Agamemnon. Racine , en ce temps-là , n'était encore qu^un jeune homme avec tous les défauts et toutes les passions de la jeunesse. Dix ans plus tard, Hacine remplaçait OomeiUe à la direction de FAcadémie, et répondant à Thomas Corneille, il disait :
« En quel état se trouvait la scène française lorsque Corneille commença è travailler 1 Qud
désordre! quelle irrégularité! Nul goût, nulle coDnaissance des véritables beautés du tbéâtre; les acteurs aussi ignorans que les spectateurs; la plupart des sujets extravagans et déaués de vraisemblance. Point de mœurs, point de caractère; la diction encore plus vicieuse que laction, et dont les pointes et de misérables jeux de mots fiiisaient le principal ornement; en un mot, toutes les règles de Fart, celles même de llion-- Aété et de la bienséance partout violées.
« Dans cette enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique parmi nous. Corneille , après avoir quelque temps cherché le bon chemin , et lutté, si j*o$e ainsi dire, contre le mauvais goût de son siècle , enfin , inspiré d'un génie extraordinaire et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison , mais la raison accompagnée de toute la pompe , de tous les ornemens dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemblance et le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tout ce qu^il avait de rivaux, dont la plupart désespérèrent de latteindre. Alors, n'osant plus entreprendre de lui disputer le prix, ils se bornèrent à combattre la voix publique déclarée pour lui et essayèrent en vain par leurs discours et par leurs frivoles critiques de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvaient égaler.
« La scène retentit encore des acclamations qu'excitèrent à leur naissance le Gid, Horace »
Cinna, Pompée, tous ces chefs-d'œuvre représentés depuis sur tant de théâtres , traduits en tant de langues 9 et qui vivront à jamais dans la bouche des hommes. A dire le vrai , où trouvera-t-on un poète qui eut possédé à la fois tant de grands talens^ tant d'excellentes parties, lart, la force, le jugement, TespritPQuelle noblesse! quelle économie dans les sujets! quelle véhémence dans les passions! quelle gravité dans les sentimensi quelle dignité et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères! Combien de rois, de princes, de héros de toute nation nous a-tril représentés toujours tels quils doivent être, toujours uniformes avec eux-mêmes, et jamais ne se ressemblant les uns aux autres! Parmi tout cela, une magnificence d'expressions proportionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent parler, capable néanmoins de s'abaisser quand il ▼eut, et de descendre jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable. Enfin, ce qui lui est surtout particulier, c'est une ctt'taine force, une certaine élévation qui stnrprend, qui enlève et qui rend jusqu'à ses défeuts, si on peut lui en reprocher quelques uns, plus, estimables que les vertus des autres. Personnage véritablement né pour la gloire de son pays, comparable, je ne dis pas à tout ce que l'ancienne Rome a eu d'excellens tragiques, puisqu'elle con** fesse elle-même qu'en ce genre elle n'a pas été
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gn^nt, s'iiimoi>taUjient par deç cbisls^d'œuvwy qu9lqii# ÎAégnUlé que durant leur vie la fertane metti e9$r§ eui^ et le« plus gmods Meos , aj^s leur mort qette diff^reuce cesse. La postérité, qui se pIPÎtt qui s'instruit deus les ouvrtiges qu'ils lui QUt laissés I 9e fait point de difficulté de les éga« 1er k tout ee qu'il y a de plus considérable parmi les tiommes, et &it n^rcher de pair rexcellent poète et le gmud cepitaine. Le siàele qui se gle* vîfie iHJouvd'hui d'eroir produit Augu|ite, né sa glorifie guère moins d'avoir produit Hovaee et Virgile* Ainsi, lorsque danf les âges suivons en pgfflerji evee étonnement des victoires prodigif uses et de toutes les grandes ebo^es qui reutr dront notre siècle Tadmlratioii^de tous les sièdes è veniTi Corneille, n'en doutons poipt, Covn^lle tiendm sa placp parmi tontes oes merreilies. La France se souviendra avec plaisir que , sous le
règne du plus grand de ses rois, a fleuri le p|i|s graïul de ses poètes, t
Le jour où Racine dit ces choses, il fut plus grand que le jour où il composa Athalie.