‹ Vie de Pierre CorneilleChapitre 39 sur 42 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

PokMES SUR. LES VICTOIRES DU ROI. — - POi^SIBS FUGITIVES. — VERS LATIRS.

Oai, je sais qa'entre cens qai t'adressent leurs reilles, Parmi les Pelletiers , on compte des Corneilles»

disait Despréaux dans son discours au roi sur la satire. Sans prendre la défense de ce pauvre Pierre du Pelletier dont le métier était de fabriquer des sonnets à la louange de tous les ouvrages nouveaux, et quun auteur moderne a fait moine et ami de ce pauvre Claude Petit ou Le Petit, victime de la violence du vent et de sa verve impie, disons de suite que, bien que Corneille senttt plus que tout autre sa valeur littéraire et drama-

HISTOIRE DE P. GOBNEILLE. AVf

tîqae , il faisait bon marché de ses autres pièces : yoici comment il s'exprime dans son remerctmént au roi , composé à Foccasion de son admission parmi les soixante savans de l'Europe , à qui Ton accorda des gratifications en 1662 :

Pour moi , qui de louer n'eut jamais la méthode » J'ignore encor le ton du sonnet et de Tode; BCon génie au théâtre a voulu m'attacher.

Il en a fait mon sort, je dois m'y retrancher; Partout ailleurs je rampe et ne suis plus moi-même.

C'était bien modeste de la part d'un homme qui faisait suivre ces vers de celui-ci :

Mais là , j'ai quelque nom, là quelquefois oo m'aime ,. Là, ce même génie ose de temps en temps Tracer de ton portrait quelques traits éclatan»«

Le second vers surtout :

J'ignore encor le ton du sonnet et de l'ode ,

reniait quelques poésies puériles, fleurs tombées de la plume du grand Corneille et dont le parfum a toute la vigueur habituelle à celui qui les créa. Je veux parler du sonnet à maître Adam Billaut , de Tépitaphe en sonnet de damoiselle Elisabeth Banquet et de quelques autres pièces; mais je dois d'abord parler des poèmes de notre héros sur les victoires du roi.

Le père Charles de La Rue, jésuite, avait fait un poème latin sur les victoires du roi , en Tan-

H^ MIStOIRE

née 16^79 intitulé : Régi Epinicion. Pierre Gor-> Baille ayant lu ces vers latins qui sont vraiment fort beaux, les traduisit, c non pas si fidèlement, eomme il le dit lui-même dans la préfece , qu'il ne soit enhardi plus d'une fois à étendre ou resserrer les pensées , donnant pour raison la diversité du çénie ^e 1^ l^gue «t pr^pam cette liberté, afin quM ce qui est eKCelIent en latin ne devînt pas insupportable en français. » La pièce de Corneille fut bientôt connue et répandue partout, tandis que Toriginal demeurait enseveli dans la poussière du collège. Aussi dans un avis au lecteur, imprimé cette même année 1667, Corneille a-t-il soin de prévenir le public- « Qt|elqi|e favorable accueil que Sa Majesté ait daigné f^re à cet ouvrage, et quelque applaudissement que la cour lui ait prodigué , je n'en dois pas fairp grande

vanité puisque je n'en suis que le traducteur

Le public m'ayr^ du moins Tobligatipii d'avoir déterré ce trésor qui, sans moi, serait demeuré enseveli dans la poussière d'un collège, et j^ai été bien aise de pouvoir donnur par là quelque marque de reconnaissance aux soins que les PP. je* suites ont pris d^instruire ma jeunesse et eelle de mes enfans, et à Tamitié particulière dent m'hb* aéra Tauteur de ce panégyrique. »

La pièee de Corneille renferme de fort beaux vers, dont un est la traduction de la femeuse devise de Louia X{V indiquée dans deux vers de

DE P. CtAMEILLE. 419

l'original du P. de Ija Bue, tmtctîs tari ftêe pluribus impar : voici le Vers dé Corneille :

Uniqae dana le monde et qui suffit à tou»«

La réputation qu'eut cette pièce de vers et la conduite aussi modeste que ^néreuse de Corneille en indicfyatlt rari(jpna) dans sa préfece, lui valut une fort belle épttre eti vers latins du P. de La Rue , intitulée : ^d clarissimum vinan Petrum C&meltum tfagicorum principem (i).

Les vers du P. de La Bue sont vraiment fort beaux, et le maître ne fut point en retour de reconnaissance avec Télève. Il pr^id Corneille pour son maftre en Fart des vers^ et \xA donne le titre de son protecteur sur le Parnasse. L^ pièce finit par une lengue éauisénitioD des titres que Corneille a acquis à lâ gloire. Comme je lai dit , la pièce entière est fort belle et les vers ont une éloqiieBce elntiepifreté toute vir^lienne. Mais je ne ptiisi résister d^en citer un passage vraiment remarquable et qui eût fait bonneur à un poète latin du temp» d'AtrgtWte.

Il s'agit de Fétat de la tragédie eii France quand apparut Corneille :

Sbîlicit eiatfsà cUvinl tragtediâ pdltft ▲motumqtte sitif et nigftdefonnii anill Squalebat tristi nocds démena barathro ,

(l) CtrotideUBac^Societatlt JeittldyUae.Paritiif, MDGLXXII, p, 3 et seq.

4â0 HISTOIRE

Aot fcieenninà tinrent tibi tempora lanà Vulgaloat stolidi sese ad ladibria valgi.

Ta seoio effœtos juvenili lumine Tultus Indoere , et doeiis redWivam in membra vtgorem Fundere carminibot : tu tpargere floribof ora , Tu caitum potuiiii ociilis afflare pudorem ; Uinc simul effrenis compresia licentia tcenae, Ingenui venere sales, et digna severis Anribus innocuo condita lepore volnptas HifiG regum aodaci penetran in limina grestu » Coepit, et augosias heroum pascere menies;

Voicî comment j'ai essayé de traduire ce passage :

La pauvre tragédie» impuissante déesse.

Sous son manteau troué cachait mal sa Tieillesse ; JSon cothurne barbare et par Tâge rouillé»

Au gouCFre de la nuit gisait seul et souillé ; Ou par un ris cynique égayant le vulgaire.

Du mètre fescenuin se faisait plagiaire.

Tu vins ; à ta jeunesse alliant ses douleurs , Son visage flétri reconquit ses couleurs.

Tes vers donnant la vie à cette agonisante , La firent deux fois jeune et deux fois séduisante. Dtttiliant son parfum, tu fis de la pudeur Au peuple policé goûter la douce odeur.

La scène reniant son antique licence.

Avec le sel attique accueillit la décence.

Nourrice des héros , elle put cette fois En reine revenir dans le palais des rois.

Comparez cette image au vers 90 du troisième chant de TArt poétique de Despréaux, qui, après avoir parlé de la décadence , finit par ce vers feible :

On vit renaître Hector, Andromaque, Uion.

Cette fois Boileau doit rendre les armes, et, qui pis est, les rendre à un jésuite.

Cette même année 1667 ' fut imprimé un autre petit poème de Corneille, intitulé : Au Roi sur son retour, de Flandre y et deux ans après ce même opuscule fut mis à la suite du poème des yictoires du roi. Cette pièce est précieuse parce qu'elle est presque tout un élan d amour paternel, un re* mercîment adroit adressé au roi qui a bien voulu protéger ses fils. Ses deux fils étaient alors à Tar* mée, et tous deux officiers de cavalerie; voici ce qu'en dit Corneille :

Mais j'ai d'autres moi-même à servir en ma place. Deux fils dans ton armée , et dont l'unique emploi Est d'y porter du -sang à répandre pour toi.

Tous deux ils tâcheront, dans l'ardeur de te plaire, D'aller plus loin^our toi que le nom de leur père ; Tous deux impatiens de le mieux signaler.

Ils brûleront d'agir quand je tremble à parler. Et ce feu qui sans cesse eux et moi nous consume , Suppléera par l'épée au défaut de ma plume.

On sait que le jeune de ces fils fut enlevé à son père dès le début de sa carrière militaire; il paratt que déjà, quelque temps avant, il avait reçu une blessure au siège de Douay. Graignakit qu^une blessure au pied ne parût point honorable , voici comment le père excuse cet endroit :

Le plus jeune a trop tôt reçu d'heureuses marques D'avoir suivi les pas du plus grand des monarques. Mais s'il a peu servi , si le feu des mousquets Arrêts dès Douai ses plus ardens souhaits ,

122 mstôiRE

Il hii gloire an lies que peffa l«Dr VÊmpèlè »

Ceux qu'elle atteint au pied ne cacbent point leur tête.

Corneille ayaiit ti^duit les vers dii P. de La Bue^ ce fut une tAge parmi les poètes latins de ce tentps-Ià^ de t&cher de se faire traduire par doi^ mille* Corneille un jour donna même quatre Uaduc^tions différentes de Tëpigramme de. M. de Montmor.

Un aut^fe j<^ur , Corneille fit lui-même une pîèoe de \0t$ latins et Une pièoe de Y^rs français sur la oonquéte delà Franche-Gomté* Cckaitôter toute chance à Timitation latine qui^ à Tégardde notre héros, avait voulu prendre la réciproque. Le P. de Là Rue ne se déconcerta pas pour si peu. Les vers latins de Corneille étaient en distiques ,il traduisit d«S vers français eti hexamètres latins. Ceci ne filt point capable de décourager San teuil, qui se mit derechef à travailler sur la matière française. On eât dit uiie classe de rhétorique composant en vers latins sur une matière donnée : tf*étaielit les noms des oomposans , et la pureté des vers latins ^ Fillusion serait complète; vingt vers fiHnçais composent la matière. La conoinim est recoâlmandée ; les copies sont a)>port,ées : Pierre Corneille a fait dix distiques ^ CfaariM de La Rue donne vingt henlaièttes^ et ee pauvre Sailteuily clâudus pede, arrive le dernier, n'ayant pu parvenir i tirer de son cerveau , malgré sa mine de diable que Dieu force à louer les saints, que dix'-'neufs vers latins. A Dieu ne plaise que j'aie

roatFQCuidwoe de vouloir corriger les copies d'aussi augustes latinisans ; mais ai mon humble jji48#n»eni éteit de quelque poids dans le inlance , YQÎçi comptent je earactériserais le mérite dq cbaçun : les vers de Charles de La Bue oqt ua^ piiireié parfaite ; la langue de Virgile n'est point déshonorée en passant par sa bouche, et je le croîs capable de converser avec Cicéron , sans que ce* lui-ci le traite comme un augure. Santeuil a une fougue d'expression, une véhémence de tons, une abondance de points d'interrogation qui dé« noteqt sa grande habitude des locutions et des fait çons de ^'échauffer, communes à tous les versificateurs du monde. Mais tout d'abord , en lisant les vers de Corneille, vos oreilles sont charmées de Tagencement harmonieux de leurs syllabeis: point de ces élisîpus qqi pe çpo}: que de3 bi^tU^ dissimulés; point de ces fins de pentamètres^ inconliil^l à la bonne latinité, où le vers s'em})ania6saat \%% pieds dans 1^ filandre des mots, jonche, trébuche et Qpit par tomber. Ce qu'on y remarqua aurtoutf p'est la science délicate et Tallune juste e| «pt^nt^née des épitbètes, Certes le raviêiui Wstor u'a point passé par là. Sous la plume de Pau* IflW semble édore eette voluptas eondita leparê et e^ik mgmiuis^leê dont parle son mattre. Il me sem« h\% §pfi& avoir Theureux don de cette phrase la» iÎPft classique et musicale, mélange d'épithètes ()l de Mibstantifs» dont seul, de tous les poètee

2 4 HISTOIHE

latins modernes, Marc-Antoine Maret semble avoir eu le secret.

, Ce jugement pourra sembler extraordinaire, pCHTté sur un bomme que don Bonaventure d'Argoue prit d abord ^ à la lourdeur de sa conversation, pour un marchand de Rouen, et qui finissait ainsi un billet à Péiisson :

Et Ton peat rarement m'écouier saos ennui , Que quand je me produis par la bouche d*autrui ,

en ajoutant : u Voilà une petite peinture que je fis de moi-même il y a près de vingt ans : je ne vaux guère mieux à présent... » Mais il s'était fort bien jugé lui-même dans les deux vers précédens :

J'ai U plume féconde et la bouche stérile , Bon galant au théâtre et fort mauvais en TÎlle.

Corneille pouvait aborder tous les genres... Il fit dans la guirlande de Julie d'Angennes les madrigaux de la tulipe, de la fleur d'orange et de Fimmortelle blanche, tous trois fort élégamment tournés; son madrigal pour une dame qui représentait la Nuit dans la comédie d'Etidymion a des airs de famille avec le fameux sonnet de la belle Matineuse de Claude de Malleville ; le madrigal à Mademoiselle Serment, que lui inspira l'aventure de la bouche d'Alain Chartier, arrivée à sa main gauche , a toute la grâce d'un billet doux du chevalier de Boufflers sans en avoir l'obscénité.

Mais je ne connais rien de plus galamment tourné, de plus prétentieusement coquet, rien de plus empreint de ce mauvais goût de bon ton qui fait la grâce de ces sortes de pièces ^ que ce madrrgal pour un masque donnant une botte de cerises conBtes à une demoiselle :

Ailes voir cejeuiie soleil.

Cerises , je vous en avoue , Montrez-lui votre teint vermeil ; Un peu moins que sa lèvre , un peu plus que sa joue. Montrez-lni votre rouçe teint ,

Où la nature a peint, Comme sur une vive image , La cruauté de son courage.

Après » en ma faveur, dans le contentement Que vous aurez > si la belle vous touche.

Dites-lui secrètement ,

Approchant de sa bouche :

C Pbilis , votre beauté Ne porte les couleurs que de la cmautë ; Mais ce qui la conserve et la fait être aimëe , Ce n'est que la douceur qu'elle tient enfermée. Ainsi doncque soyez , vous , Belle et douce comme nous.

Comparez ces gracieuses poésies avec le sonnet de Boileau à la jeune Oronte, et avec sa chanson à mademoiselle de Bretouville ; malgré la prédilection paternelle de Fauteur des satires pour la première de ces froideurs, elles ne peuvent soute« nir un seul instant la comparaison.

Et puisque nous en sommes à comparer Des* préaux à Corneille , il y a un poème de ce dernier dont nous avons aussi le latin du P. de La

489 ni^TQinE

^w » «Hr 1«« victoire» da m dao» )t# £(«U (in QoUaade, na V^nné^ 1679, q^ le prim:e dit poète» t|9giqi>0a %% reacQKitrB wr le mi«è§ uir« inia A¥eç le satirique. Tou« deux ont à déçvîre !§ pa»9ege du Qbio ; touç di^ux ont à «imnwter h

difficulté des noms propre» de YiUi» et }ft fU*^ desse hollandaise des syllabes , ce qui prête à la taillerie fine de Despréaux, et le ftût se plaindre de ce que partout :

Sur le MTbal aiafi q«c mr b Lrà t La rime est en déC^Ht et 1< pgète à i^.

Corneille au contraire ne semble pas faire attention à ces puérilité ^mmaticales, e( pourtant toute l'adresse de BoUeau peiU k peine égaler le bonheur de ces vers :

Ytsel, trop redoute, qu'ont servi tes menacetV L'ombre de not drapeai» semble charmer tes places ; Loin d*^ craindre le jong on t'en fiiit un plaisir. Et sur tes bords tremblans nons n'avons qu'à cboisir. Ces troupes qn'nn beau zèle à nos destins allie , Font dans l'Over-Tssel régner la Westphalie, Et GroUe , Swol , Eea^ken » montrant ^ neventar. Qu'il doit craindre 4 son t«^ l^f l)0ivd>es de SfoiMtff • Louis porte à Doësbourç sa majesté suprême , Et fait battre Zupbten par un autre lui-même.

Certes , la peinture 49 De^prépwi e»t oiagiiîfiqae» et cette tiradp :

Le Rhin tranquille et fier....

yeitera toujom^ àism la ipéviioirf des admîniteiiv»

DE P* CO«liItLLE. 417

df beip?ç vers : qq P9 firpuvçp^it pii$ i^osi p)m goût qui fait hésiter le fleUVi 9t fait qil9 a

Sur le point ^^ ^ fe^dj^^ il f ^ ^(^1^)11 ejt ^{Hi^lf Si du W^ 9« ^i» VVfcil i( d^^t Br§B(U'f lu jom'

^i« cfart^^ toiit Tiei^pril; de |k)il^9^ 9$ $a^^î| Ï»W PWbU^f Cit^ suppî»b§ îna^ge, ou |« poi^|9

éf^qiif M^ amb^fifi 4e$ bérQë qui c;pml>»t|iirfiiit

j^dis dm» 19$ pbif»^ #iiyal»}es pîip hom i yQm

Qu arrêtera m îadiç ces bord$ impénétfablef.

Drusus marche à leur tête et se porte au fos»é Que poqr joindre l^ssel au Rhin il a tracé ;

V^rus û f llJV^tt^ bM^ ^I seinble d|iq« ^es plviiif ^ Çj^ercher le reste affreqx des légions romaines. Son Teogeur après lui, le grand Germanicut, Veut Tpir comm^ on vaincr« ceux qu'il n'a pas vainrui.

^e £|n99# J^9P 4*A*^^ip4Ç ^\ \^ ^FH^l Tolèif^ ^ Sous oui des maux si graqds crûrent par leur remède » Ij'iwrincible Farnèse et lei brillans Nassaut , Fiert d- tvoir tant Une , laat «>atenu d^wiits • PçprfB^n^pt to}i« h^jf purl ^^ jour ^pi po|is éclaire , Pour Yoir faire à mon roi ce qu eux tous n'ont pu faire , £ttx-mémes s'en couTaiocre , e| dW regard jaloux Adnivieriw b^t «{ni )e» fffi^Mlea».

çm% imté le méine sujet. Qu «e ^ufî^pt de la tb màM d§ IloUçau dans le troisiôme diaut dû son An poiciqïiQ, pour défendj?e l'emploi de la fa}>l^

dans la poésie; elle commence au vers cent dixsept, et finit par les deuxyers si souvent appliqués et si souvent applicables :

O le plaÎMOt projet d*an poète ignorant.

Qui de tant de hérot va choisir Chlldebrand !

Cette idée était elle-même prise de Saiiteuil, dans son épttre à M. de Bellièvre. U y a quelques dou* zaines d'années, alors que le camp de la littérature était encore divisé entre deux parfis , les classiques et les romantiques , et que personne ne savait au juste à quoi s'en tenir sur ses opinions , une fraction de ces derniers croyant innover et avoir enfin mis la main sur une idée neuve et féconde, fit consister le romantisme précisément dans cette exclusion de la fiable et dans sa relégation pour jamais au dictionnaire de Chompré.

Hélas ! il est si vrai de dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil , que , deux siècles auparavaut, Desmarets avait déjà fait une longue critique du passage du Rhin, dont le fond portait sur la personnification fabuleuse de ce dieu. Ce n'est pas que la critique de Desmarets , comme les opinions dont je viens de parl^ ne reposent sur des raisons spécieuses et qu'elle ne puisse s'appuyer sur des réalités plus poétiques que les fictions de l'antiquité. Certains poêles clurélîens, comme saint Grégoire de Na^ianzi», sont là pour prouver la vérité de leur assertion* Mais s*il m*é»

tait permis de discuter un pareil sujet, je ne pourrais m'empècfaer de leur dire :

Les temps sont bien changés depuis que Synésius et saint Grégoire mettaient au service de leur imagination poétique leur sainte ferveur. Alors I^ temps du paganisme étaient à peine du passé.

Célébrer des dieux si frais détrônés » alors que le seul véritable et légitime venait à peine de chasser les ténèbres de Tignorance , était alors une profession de foi païenne, et les apôtres de la vraie religion ne pouvaient pas célébrer les dieux déchus. Mais maintenant que la mythologie n'a plus dans Tunivers un seul croyant, que c'est un terrain de convention où tant de poètes ont fait excursion, depuis Orphée et Pindare jusquà André Chénier, ce n'est certes pas là qu^est le danger pour la foi. Le véritable danger, au temps où nous vivons et à Theure qu'il est» est de mettre en rimes et en fictions poétiques la religion sainte et ses dogfnes sacrés. La vérité est une : son expression est une et simple comme elle. La raison froide des hommes et leur imagination vagabonde ont déjà fait assez de mal aux vrais croyans, et certes les exemples ne me manqueraient pas pour prouver mon assertion. Gardez-vous d'entraîner la foi sur le terrain glissant de la fiction : elle y chancellera. Le déisme saisira le poète imprudent s'il se retient trop; le panthéisme, s'il se laisse trop aller; et maintenant ne jetez pasTanathèmeà Boileau pour avoir défendu

la fable. C'^taii; 14„ certes, un bop (^brétiatt, Cfntma Pierre Corneille , dont le plaidoyer e6t beaucoup finsi éloquenii que celui du poète satirique ;

L'Église toutefois (dit-il) que l'Esprit saint gouverne ,

tkuM SM hymnes sacr^ nous chantf eacor Vk^tme,

Et p«r cf vieil abus U Tartare «venté t

N'y déshonore point uu Dieu ressuscité.

Ces rigides censeurs ont-ils plus d'esprit qu'elle,

Et fdBWils dans l^ist une églb^ noavtUc ?

Ce n'est pas que souvent la mytbologie grecque ait rien de fort attrayant. Tous ces dieu:^ batpil-' leurs et joyeux ne valent pas la peine d'une 44" fense ou dune critique. Mais, je le répète, tout cela est de convention ; tout cela est reconnu faux depuis bien des siècles, et dans toutes cesfictiQUf QP peut prendre ou laisser, choisir à soi) gré , refaire ipéme et défaire sans inconvénient ^ libert§ qui va bien à la poésiç et qu'elle a prise dans tpu$ les temps, liberté essentiellement inçpmpatible avec la célébration et la personnification exclusive des mystères de la foi. Voici, du reste, la péroraison de Corneille :

T\dui oes vieux oraemens traitei«les d'antiqii»ms ,

M^i* Vi je peins jai)iais S^int-Gf^main et Veriaito^ JéCS Nymphes malgré vous danseront tout autour ; Cent demi-dieux follets leur parleront d'amoar. Du Mtyrt cKbé les brusques éphappéts »

Pans les brj^ des Syl^^ains feront fuir lei Na^ft » HflL si je fais ballet pour l'un de ces beaux lieux, J*y ferai , malgré vous , trépigner tous les dieux.

Que diri^ maintenapt dei «izai49 qu« CçTfîf UU

DE P. C0R!9EILLE. 451

fit pour ètt^e mis aU^bas des figures éoiginatiques que Yttldor avait faites à Id louange du roi Louis XIII ? Souvent le mauvais goût y règùe ; oïl j prête MX canons des bouches pour rendre grâces âu ciel de Taccôrd et de la paix qui régnent après la descente du Pont-de-Gé ; Fëclat des yéut du roi y prend d'assaut là ville de Nancy. Tout ce fitttras , bon tout au plus pour les rondéaùst de Benserade , sembleMit bien indigne du grand Corneille , et Ton s'étonnerait qu il eât pu réduire sa muse superbe à Tenfantement d'un travail aussi ingrat ^ si la majesté toute-puissanie de ce temps- Ut , le roi Louis XIV, encore mineur, il est vrai , nais déjà disposé à entrer tout botté dans le parlement, ne lui eût demandé ces vers en lui écrivant la lettre suivante :

• Monsieur de Corneille, comme je n^ai point de vie plus illustre à imiter que celle du feu roi , mon très illustre et très honoré seigneur et père, je li'ài point aussi un plus grand désir que de voir en tin ^dwégé ses glorieuses actions dignement représentées^ ni un plus grand soin que d'y faire travailler promptement. Et comme j'ai cru que , pour rendre CBl ouvrage parfait, je devais Voué en laiàser l'éx- ]preMi0A et à Valdor lès dessins , et que j'ai vu par ce quMt a fait que son inventidil aVait répondu à mon attente , je juge p^ ce que vous ôvez accoatuiné de feire, que vous réussirez eh cette entreprise, et que pour éterniser la mémoire de Yêtre roi, vous prendrez plaisir d'éterniser le zèle

que vous avez pour sa gloire. C'est ce qui m'a oblige de vous faire cette lettre par Tavis de la reine régente , madame ma mère, et de vous assurer que vous ne sauriez me donner des preuves de votre affection plus agréables que celles que j'en attends sur ce sujet. Cependant, je prie Dieu, monsieur de Corneille , qu'il vous ait en sa sainte garde. Écrit à Fontainebleau , ce 14 octobre 1645.

« Signé LODIS.

« De Guénégaud. »

Je passerai sous silence plusieurs autres pièces de Corneille au roi » quelques unes traduites du latin de quelques PP. jésuites , d'autres mises en latin par eux, ainsi qu'une pièce de vers également latine et française que remirent au roi, vers 1667, les gardes des marchands de la ville de Paris, pour le remercier de ses libéralités, et j'en viendrai à une pièce que l'amour paternel inspira à Corneille dans sa vieillesse.

Déjà, en 1667, nous avons vu ce bon père recommander ses deux fils aux bontés du roi, et excuser le jeune d^avoirreçu une blessure au pied. En 1676, celui-ci était mort au service, et l'atné était capitaine de cavalerie ; un troisième restait à pourvoir, et, comme il avait embrassé l'état ec* clésiastique, le roi lui promit un bénéfice, pro* messe qu'il ratifia environ vers l'année 1680, en lui donnant l'abbaye d*Aiguevive, près de Tours. Dans la pièce imprimée en 1676,01 trouve moyen

de parler de ses deux pièces de théâtre ; il les défend avec chaleur, et ses derniers enfans littéraires ont Tair d'être ses enfans gâtés. C'est toujours cette même naïve outrecuidance, cette même présomption convaincue qui, appliquée à Cor-neille , comme à Malherbe , n'est que la conscience de sa propre valeur. Si Malherbe disait dans une des plus belles strophes du monde :

Les puissaoles faveurs donc Parnasse m'honor^e » etc.

blàmez-vous dans le discours au roi de Corneille les vers suivans :

Les derniers n'ont rien qui dégénère , Rien qui les fasse croire enfans d'un autre père.

On voit Sertorius, OEdipe et Rodogunc , Rétablis par ton choix dans toute leur fortune ; Et ce choix montrerait qu'Othon et Suréna Ne sont point de$ cadets indignes de Cinna.,. Je faiblis , ou du moins ils se le persuadent ; Pour bien écrire encor j'ai trop long-temps écrit ,

Et les rides du front passent jusqu'à l'esprit

Tel Sophocle à cent ans charmait encore Athènes, Tel bouillonnait encor son vieux sang dans ses veines^ Disaient-ils à l'envi lorsqu'OEdipe aux abois , De ses juges pour lui gagna toutes les voix.

Tout ceci ne dépasse point un légitime orgueil, et puis ne s'en était-il pas expliqué quarante ans auparavant dans Texcuse à Ariste :

Ce trait est un peu vain , Ariste y je l'avoue ; Mais faut*ii s'étonner d'un poète qui se loue. ,.

454 HISTOIBE

Nous nous aimons un peu , c e^t notre faiblt à tous ', Le prix que nous Yalons , qui le sait mieux que nous ? El puis la mode en eat, et la cour l'aatorise, . Nous parlons de noui^qiéaie a?cc couia êpwfuàât»...

Je sais ce que je vaux et crois ce qu'on m'en dit.

Mais Corneille composa, vers la fia de sa Tie^des stances à une marquise , qu'il serait plus difScile d accorder avec les justes bornes de la modestie. Cette boutade, qu'on pourrait appeler démonstration d'amour par Fabsurde , finit ainsi :

Cependant j'ai quelques charmes Qui sont assez ëclatans.

Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ees ravages du temps.

Vous eu avea qu'on adore , Mais ceux que vous giëprisez Pourraient bien durer encore Quand ceu^U seront vsés. .

Ils pourraient sauver U gloire Des yeux qui me seqnblant di)<if , Kt dam miUe ans faire eegu^ Ce^u'ii me plaira de vous* •

ChèE cette race nouvelle , Où j'aurai quelque crédit , Vous ne passerea pour belle Qu autanrque je l'aurai dit.

Pensex^y, bella marqnice , Quoiqu'un grisou fasse effroi, Il vaut bien qu'on le courtise/ Quand il e9t fait comme m^i.

DE P. CQBNEILLË. 435

fiapprocbes ces vers de quelques autres, et surtoul de raùecdote du soulier que Ton prête à Corneille, et tous répéterez en yfms-^même quelque vieux proverbe sur la gens vatum et son orgueil natif (i). Toutes ces choses dans la bouche d'un Goras ou d'un Bonnecorse, pouvaient, j'en conviens ) être du dernier fidieuley e( J'ou ferait justice d'un kîmeur crotté qui retournerait en tout sens cette pensée : Nec sum adeb informis ,. nuper me in littore vidL Mais chez Corneille, que sont mémo les stances que je viens de citer, sinon l'expression de la plus exacte vérité?

La guerre de ce temps-là , j'entends la petite guerre littéraire , se faisait beaucoup à coups d'é« pigrammes , arme subtile et maligne qui avait sur le feuilleton et le pamphlet l'avantage d'être aiguisée et souvent enveloppée d'une forme séduisante. Ainsi LaMonnoie, Despréaux, Furetière en taillaient malicieusement les pointes. Malherbe se l'était souvent permise ; mais un }iomme excellait surtout en ce genre, c'était Jean Racine. Soi^ ca*mctère tourmenté et aigri , son esprit toujours contenu dans de certaines bornes, s'échappait

(x) Côraeille, quoiqiie charge de lauriers, ne toulait pas croire qat rhtnre de la ftiraite fàc arrivée pour lui , et il prii en mauvaise part ce» deux vers de, TArt poétique :

Que Comeillç pour lai ranimani son audftce»

Soit encor le Corneille et dn Cid et d'Horace. Ne le stti»-je pas toDJonrs? disait-il.

AnecA, littér., Paris» chtz Durand , rue S.-Jacques , M DC CL.

alors y et la verve mordante de Boileau elle-même s'étonnait des coups acérés que portait cette muse accoutumée aux élans de la passion amoureuse et au cadre réservé dans lequel elle avait renfermé ses héros.

Certes , à en juger par les œuvres , aucun homme ne fut plus entier, plus rude d*écorce que Pierre Corneille. Se heurter à sa gloire eût semblé même de son temps amener l'inévitable (in du voyage en compagnie du pot de fer et du pot de terre, L*envie s'attaquant à lui devait être le serpent mordant la lime , et , s'il m'était possible de faire oublier la trivialité de cette comparaison, son abord devait ressembler à l'entrée de ces maisons romaines au devant desquelles la prudence avait écrit ces mots peu hospitaliers : cave canem.

Racine, au contraire, pour qui n*eût lu que ses œuvres, et ne Tanrait vu que courtisan, était le cavalier poli, d'une froideur aimable, d'une galanterie raffinée, cavalier servant-delaChamproêlé , comme de toute duchesse impressionnable. Eh bien! Racine na pas fait un madrigal qui vaille; et si nous le comparons à Corneille sur le terrain deTépigramme (sur quel terrain ne rencontre-t-on pas Corneille? — sur celui de la fable peut-être et de la satire!), oh! certes, la victoire est à l'auteur d'Athalie. Nul mieux que lui ne sait aiguiser perfidement sa pointe, nul ne sait mieux empoisonner son trait et le retourner encore dans la plaie. Quoique Boileau, pour ne pas démentir

sa réputation à Tendroit de Famour et sa satire dixième ) estimât la meilleure des épigrammes cette grossière épitaphe :

Cy git ma femme : ah ! qu'elle est bien I Pour $on repos et pour le mien !

je me permettrai de donner la palme de la méchanceté et de Tesprit aux épigrammes de Racine 6ur Boyer, Leclerc, Coras, et surtout à celle sur Pradon. Je ne parle pas de celle qu'il fit contre Fontenellcy layant toujours estimée assez grossière.

Nous n'avons de Corneille que trois ou quatre épigrammes, dont un rondeau contre Scudéry et deux sonnets sur la querelle des Uranistes et des Jobelins. Le rondeau est une œuvre de jeunesse. Corneille , qui avait quelques libertés à se reprocher dans ses premières pièces d'une chasteté prodigieuse, pour des comédies, si on les compare à ce qu'ont fait Hardy et quelques autres, n'avait pas encore cette pureté de goût et cette délicatesse d'oreille qui lui fit retrancher de toutes ses pièces jusqu'au soupçon d'une obscénité, et qui ne méritait pas encore complètement ce com« pliment du P. de la Rue :

Ta castom poluisti ocalis afflare pudorem ,

envoie gaillardement dans cette petite pièce la

inase de Scudéry où Despréaux, dans les vers cent

soixante-onze et cent soixante-douze du second

43$ HIêTOIRE

ohant de son Art poéiique , envoyait leanmses de Régnier avant Tobservation d'Arnauld (i). Dail* leurs la pièce, tout épigrammaûque ^*elle est, peut passer pour un conseil d'ami que Scudéry eût bien dû suivre. Quant aux sonnets , ce sont aussi bien des louanges que des épigrammes, et ils ientent l'honnête homme qui peut à peine se décidera faire croire qu^il a eu rintention d'une méchanceté. Je n'en veux pouf preuve qae le se* cotid j que voici :

Deus tonnett partagent la ville , Deux toooeu partagent la coar« Et semblent vouloîr à leur tonr Kaflnme^ la guerre citlle;

Lé ploi Sût et le plus habile Ea tttêtfeBt leur aVis an jodr $ Bt c9i qa'pa * pour ettx d'amour i A plus d'un ëchaulfe la bile.

Cbacun en parle savamment »

Selon son petit jugement ; Et l'H Aitit y mêler fé ii6tre t

Vnh eif saai <lome mtéut tM , MMM éMdUlt et dUéoi âdie v^ } Mais je voudrais avoir fait l'autre.

Cette façon de laisser Fesprit en Suspens et de le faire douter si c'est une louange ou une epi-

(t) Si l'exemple du chaste Boilean ne lavait Pierre Corneille du Hproebe de toute obscénité pour avoir emplo]ré.ce mot , U titre d'una «omédie satirique donnée par Corneille, de Blessebois, en 1676, prouverait qu'an moins ce mot s'employait encore dans lé temps salla «ynonymat.

gramme , me fait volontiers ajouter foi à la méprise que Ton prête à Corneille, méprise qui rappelle le voyage fait exprès par René le Pays, pour remercier Boileau d'avoir fait dire à son juge littéraire, dans la satire du Repas :

Le Pays, laiii mentir, est un boalfon plaisant.

Tout le monde connaît la fameuse épigramme en partie double trouvée par Boileau :

Après l'ÂgësilaSy

Hëlas!

Màf s après l'Attila ,

Holà!

Corneille, qui riait peu, et qui ne médisait jamais comme tous les gens de génie, n^entendit aucunement malice à cette complainte, mêlée de haussemétis d'épaules accolée à son Agésilas. Il devina encore moins cette interjection impérative et cette insolente accusation d'impuissance future que TAttila arracha au satirique. Il prit le tout pour une louange. Le hélas! n^était, selon lui, que le cri d'une âme attendrie^ar les malheurs d'Agésilas , que ta réflexioQ d'un homme sensible répondant au mouchoir mouillé de pleurs d'une grande dame : quant au liolà il l'interprétait comme un commandement d'admiration et de respect « comme l'action d'un homme qui se découvre devant qui il est forcé de respecter, ou comme celle

du soldat qui présente les armes à son supérieur.

Je ne parlerai point de quelques pièces faites pour des mascarades , ni de deux chansons, dont l'une parle de maîtresse et d'amour, avec la brutalité d'un homme qui chante ou méprise le vin , tout en ayant bu de l'eau toute sa vie : je ne m'arrêterai pas non plus sur quelques sonnets qu'il fit en divers temps de sa vie , comme celui qu il fit à la reine dans la dédicace de Polyeucte, en i653, ou de celui qui fut imprimé, en 1674 1 dans le Mercure Galant sur la prise de Maestricht. Il en écrivit un aussi dans l'approbation du Parnasse , mise en tète des Chevilles de Mattre Adam Billaut. Ce sonnet, qui se trouve confondu dans un tas d'autres de tous les poètes connus ou ignorés du temps, et qui coudoie toutes sortes de calembourgs tirés du métier de menuisier arrangés en forme de louange pour Mattre Adam Billaut, est remarquable par son allure franche , noble, belle, simple et calme. La poésie en est une et soutenue jusqu'à la fin. Mais le meilleur de tous, sans contredit, est celui quilfitpourrépitaphede damoiselle Elisabeth Banquet, femme de monsieur du Chevreul, écuyer, sieur d^Ësturnville. C'était alors la mode de ces sortes d'épitaphes, témoin le fameux sonnet de Malherbe, plm Mars que Mars de la Thrace, Au rei»te,'aucun des deux n'ont été inscrits sur la tombe de leur héros. Les religieux de Saint-Denis, au dire de Segrais, qui prétend IV

voir entendu dire à M. le duc d'Orléans , Gaston de France, refusèrent de mettre le sonnet de Malherbe sur le tombeau du duc d'Orléans, à cause de Mars , divinité païenne. Quant à t^épitaphe de Corneille , on la trouve dans la vie de la bienheureuse damoiselle Elisabeth Banquet , imprimée pour la première fois en 1 65 5, et pour la seconde fois, en i66o, chez Charles Savreux.

Nous verrons bientôt Corneille en parallèle avec Malherbe, dans la traduction des psaumes hait et cent vingt-huit; en attendant, on peut comparer le sonnet de Corneille à ceux de Malherbe, pour servir d'épitaphe à feu Mgr le duc d'Orléans, et à celui fait pour Tépitaphe de mademoiselle de Conti, Marie de Bourbon; enfin , à celui qu on lui fait faussement faire pour Fépitaphe de sa femme, et qui commence ainsi :

Celle qu'avait hymen , c(c.>

et qu'il a fait au nom de M. Puget, depuis évéque de Marseille. Nous avons vu que Corneille ne le cédait en rien à Despréaux dans le passage du Rhin, et je crois que ce sonnet peut dignement soutenir le parallèle avec ceux de Malherbe; le voici :

Ne verse point de picucs sur celte sépulture , Passant; ce lit funèbre est un lit précieux, Où gît d*un corps tout pur la cendre toute pure , Mais le zèle du cœur vit encore en ces lieux.

Avant que de payer le droit à la nature.

442 HISTOIâE DE P. GOBNEILLE.

Son âoit , M levant au-delà de ses'^eaSf

Avait au Créateur uni la créature :

En marchant sur la terre elle était dana lès eieux.

Les pauvres bien mieux qu'elle ont senti sa richesse; L'humilité , la peine étaient son allégresse , Bc son dernier sonpir fat en sotipir d'amour.

Passant, qu'à son exemple un beau feu te transporte,

Et loin de la pleurer d*âToir perdu le jour,

Croîs qu'on ne menrt jamab quand on meurt dé U lortei

Cette citation nous fera passer naturellement à Texamen des poésies sacrées de Pierre Corneille.

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