‹ Vie de Pierre CorneilleChapitre 6 sur 42 · LA VEUTE. ^ UL GALERIE BU PALAIS · texte numérisé non relu

LA VEUTE. ^ UL GALERIE BU PALAIS

LA SCITANTE.

La plupart des auteurs placent la première te* présentation de laSophonisbe de Maireten 1629. Quelques uns ne parlent de Tapparition de cette pièce qu'en i633, époque d^interrègne pour le grand Corneille, qui, cette année- là, ne fit rien représenter au théâtre. En admettant la date généralement adoptée , la critique de Clitandre enveloppe aussi Mairet et son Massinisse; puis d'ailleurs sa Sylvie et sa pièce de Ghryséis et Arimand, le rendaient digne en tout point d'être enveloppé dans la satire que voulait faire Corneille

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contre ses contemporains. On a souvent écrit quei Maire t, après avoir été l'âmi de Corneille, devint son ennemi, et leurs querelles à propos du Gid sont là pour servir de preuve à cette assertion. Scudéry, Mairet, Glaveret ne firent qu'un quand il s'agit d'épouser la querelle littéraire du cardinal. Peut-être Mairet, se sentant d'ailleurs surpassé par Corneille, et n'étant point exempt d'une certaine dose de cette jalousie dont on fait le défaut capital des poètes , n'eut-il point d'autre cause pour prendre parti contre son ancien ami. Mais peut-être aussi fut-il piqué de la pièce de Glitandre , que Corneille avait intitulée tragédie, et voulut-il se venger d'un grimaud barbouilleur de papier, comme eut parlé Molière, qui avait l'audace de faire un chef-d'œuvre quand existaient déjà , pour le plus grand bonheur de l'humanité , le Lygdamon de Scudéry , sa Sophonisbe à lui , et le Pyrame et Thisbé de son ami Théophile!... *

Si le dépit d'avoir été censuré par Corneille n'en« tre pas pour beaucoup dans la détermination qui jeta Mairet dans la ligue contraire, au moins avait-il, comme ses compagnons, sa bonne part de satire. Scudéry avait déjà fait son Lygdamon, et rien même dans Glitandre n'approche de la profusion de pointes dont cet ouvrage est hérissé. Lygdamon avait été jcuié avant i63i. Quanta Claveret, il eut le peu de bon sens de prendre son ravissement de Proserpine au sérieux , et de

jeter plus tard cette espèce de défi daofs la balance. Nous verrons ce que c'était que cet bomme et cette pièce.

Ce n est point ici le lien de parler au Idug dé la Sophonisbe de Mairet. Trente^deus ans plus ti^d. Corneille travailla sur le même sujet, ^t Ja comparaison pourra se trouver en tiemps et lieu; mais je ne puis m'empécber cJb réfuter une assiertion de Voltaire, d ailleurs si indulgent pour la Sophonisbe. < Mairet, dit*il, ouvrit la earrtère dans laquelle entra Botrou , et ce ne fut qu'en imitant le premier de ces deux écrivains que Cor- Uieille parvint à les surpasser. »

Soldat et noble comme Scudéry, précoce comme Rotrou et brave comme tous les deux, Mairet a sans nul doute formé le dernier de ces écrivains. Un parallèle entre Rotrou et Mairet est cbose très facile ; ils ont chacun leur cbefnd'œuvre, Sophonisbe et îTenceslas : Cosroès et CléopAtre renferment des beautés. Rotrou a sans doute dans les Menechmesy dans la Sœur, dans ChysanUy des passages remarquables que Ion cbercberait vainement dans le grand et dernier Soliman et daus Cillustre Corsaire. Mais tous deux ont à se reprocher les bouffonneries les plus ridicules , les obscénités les plus grossières : les galanterieB du duc d^Ossone peuvent soutenir en ce point 1^ comparaison avec la belle Mplirède , la Céliane et les Occasions perdues. En cela, Vol^ire a raison: Mairet ouvrit la carrière dans laquelle entra Ro-

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trou 9 mais Coirneille n'imita jamais aucun de ces écrivains : s'il appelait parfois Rotroa son père, c*était par admiration de ce beau caractère qui ne profana jamais la sainte amitié et qui , comme OB le sait, mourut martyr de son courage ciyil. Aussi, même par déférence, ne Tappela-t-il jamais son roahre. Corneille ne procéda de personne, et jamais il ne dit plus vrai que le jour où il fit ce TPrs :

Je ne dois qu'à moi seul tonte ma renommée.

8i Ton peut excuser, en invoquant le goût du siècle, les grossièretés de Mairet et de Rotrou, Corneille n'eut jamais à se reprocher d'être resté dans cette voie. Tout chez lui est simple et pur. Si nous nous étonnons de quelques vers boursouflés et de quelques vers de mauvais goût, ces taches passagères étaient des soleils si nous les ' comparons au fatras obscur des contemporains, et si Boileau a osé quelquefois s'en indigner, sou- Tenons-nous que c'était audace de sa part, à lui qui n'aimait pas Corneille, et qu'il n'a daigné donner que deux ou trois vers au mépris que lui inspiraient les d*Assouci et les du Souhait.

Éomeille s'en tint donc à cette étourderie de Clitandre , et Fauteur de Mélite dépensa sa sève de jeunesse et la gaité intérieure si commune aux hommes graves, en trois comédies quil donna la même année.

Voici ce qu'il dit lui-même de la Veuve , dans Texamen qu'il fit de cette comédie : c Le style n'est pas plus élevé ici que dans Mélite, mais il est plus dégagé des pointes dont l'autre est semée, qui ne sont, à en bien parler, que de fausses lumières , dont le brillant marque bien quelque vivacité d'esprit, mais sans aucune solidité de raisonnement. >

Voici encore une preuve du bon marché que faisait Corneille du style de ses contemporains.

Sans doute, ses succès tragiques lui avaient fait oublier la comédie de la Veuve, et toute cette intrigue échafaudée au moyen d'une nourrice, caractère obligé de toutes les comédies du temps , est bien misérable auprès de l'action belle et simple de Ginna et de Nicomède. Mais aussi que de grâce dans quelques uns de ces vers , où l'on pressent le Molière ! Tout le monde connaît le fameux vers du Menteur, où la montre et le pistolet s'enchevêtrent si à propos : mais ce que l'on ne connaît pas généralement , tant certaines pièces de notre auteur sont tombées en oubli , ce sont ces vers charmans de ce bon Corneille , qui avait 51 peu de monde , et que l'abbé d'Âubignac , au temps de Sertorius, ne trouvait encore bon qu'à hanter des comédiens :

C'est Alcidon qui parle à la scène première :

Suive qui le vomira ce procédé nouveau , Mon feu nie déplairait caché sous ce rideau.

Ne parler point d'amour! pour moi je me défie

Des fantasques raisons de ta philosophie ;

Ce n'est pas là mon jeu : le joli passe-temps

D'être auprès d'une dame et causer du beau temps ,

Lui jurer que Paris est toujours plein de fange.

Qu'un certain parfumeur vend de très bonne eau d'ange ,

Qu'un cavalier reg[arde un autre de travers ,

Que dans la comédie on dit d'assez bons vers,

Qn'Aglante avec PhiUis dans un mois se marie , etc.

Qu'on me pardonne encore une citation. C'est à la scène troisième du premier acte; il s'agit déjuger un jeune homme sur une contredanse dans laquelle il avait servi de cavalier.

IMRIS.

Il me mena danser deux fois sans me rien dire.

CIIRTSANTE.

Mais ensuite !

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