Alflari, Vita, figure de Louis XV
ŒUVüi:S DE STENDHAL.
On nous dit que c’était llossini qui avait eu l’idée de l’arrivée de Leicester entre ces deux femmes, Tune ne retenant qu’à peine les éclats de sa fureur, l’autre élevée jusqu’à la haute énergie par le désespoir de l’amour sincère dans un cœur de seize ans.
On peut dire que dans le genre du libretto d’opéra, cette idée est de génie.
Après ce terzetto magnifique, nous eûmes deux airs chantés, l’un par Norfolk (Garcia), l’autre par Leicester (Nozzari) : ils sont bien composés. On peut juger s’ils furent bien chantés par deux ténors rivaux paraissant dans une occasion solennelle, devant tout ce que Naples avait de plus grands personnages et de connaisseurs les plus difficiles. Cependant, pour la composition, ils parurent tomber un peu dans le lieu commun, et n’étre pas à la hauteur du reste de l’opéra.
Leicester est mis en prison et condamné à mort par les cours de justice du pays. Quelques moments avant l’exécution, Elisabeth ne peut résister à l’idée de ne plus revoir le seul homme qui ait pu faire pénétrer un sentiment tendre dans un cœur dévoué à l’ambition et aux sombres jouissances du pouvoir. Elle parait dans la prison de Leicester. Le traître Norfolk y était avant elle, et à son arrivée se cache derrière un pilier de la prison. Les deux amants ont une explication. Ils reconnaissent que Norfolk a voulu perdre Leicester. Norfolk, qui se voit découvert et sans espoir de pardon, se précipite sur Élisabeth, un poignard à la main. Mathilde, la jeune épouse de I.eice$ter, qui venait lui dire un dernier adieu, est assez heureuse pour sauver la reine par un cri qui l’avertit du danger.
Élisabeth, déjà à demi vaincue par sa conversation avec Leicester, pardonne aux amants, et Rossini prend sa revanche des deux airs, peut-être un peu faibles, qui précèdent, par l’un des plus magnifiques finale qu’il ait peut-être jdmais écrits.
Le cri de la reine,
Betr aime generose,
porta jusqu’à la folie l’enthousiasme du public. Nous fûmes plus • de quinze représentations avant de ''pouvoir porter un œil critique sur ce morceau superbe.
Élisabeth pardonne à I.eicester et à Mathilde; voici ses paroles :
VIE DE HOSSINI.
Bell’ aime geeerose.
A (|Ufsln se» vcniie;
Viveie, oniai gioiie
, * Siale felici ognor
Quand enfin nous eûmes assez de sang-froid pour examiner, nous trouvâmes que ce chant était doux et tranquille comme le calme après la tempête. Du reste, Rossini a réuni, je crois, tous les défauts de sou style dans ces vingt ou trente mesures. I.e citant principal est étouffé sous un déluge d'ornements déplacés et de roulades qui ont l’air d’être écrites pour des instniments à vent, et non pour une voix humaine.
iMais il faut être juste, Rossini arrivait à Naples; il voulait réussir, il dut s’attacher à plaire à la prima donna qui gouvernait entièrement le directeur Barbaja.Or, mademoiselle Colbrand n'a Jamais eu de pathétique dans son talent; il a été magnifique comme sa personne; c’était une reine, c’était Élisabeth, mais c’était Élisabeth donnant des ordres du haut d’un trône, et non pas pardonnant' avec générosité.
Quand le génie de Rossini l’eût porté au pathétique, ce que je suis loin d’accorder, il eût dû s’en abstenir à cause de la voix de la célèbre cantatrice à laquelle il confiait le rôle d’Élisabeth.
Dans le morceau beU’ aime generose, Rossini, par un artifice fort simple, rassembla tous les agréments, de quelque espèce qu’ils fussent, que mademoiselle Colbrand exécutait bien. Nous eûmes comme un inventaire en nature de tous les moyens quelconques de cette belle voix, et l’on va juger de ce 'que peut en musique la perfection de l’exécution. Ces agréments étaient faits avec une telle supériorité, que, malgré l’absurdité flagrante, il ne nous fallut pas moins de quinze ou vingt représentations pour que nous pussions nous apercevoir qu’ils étaient déplacés.
Rossini, qui ne reste jamais court, répondait à nos critiques : > Elisabeth est reine même en pardonnant. Dans un cœur si altier, le pardon le plus généreux en apparence n’est encore qu’un acte de politique. Quelle est la femme, même sans être vaine, qui puisse pardonner l’injure de se voir préférer une autre femme? »
Alors les vieux dilettanti se fâchaieut : « Toute votre musique • pèche par l’absence du pathétique, disaient-ils; elle n’est que
t. Ames nobles el généreuses, ap|irorbez-vous de moi: vivez, soyez heureuses desurmais; godiez un bonheur doiu je ser.ii la .source.
UO ŒUVRES DE STENDHAL
« magnifique, comme le talent de votre première chanteuse. Elle « devrait être si profondément tendre dans le rôle de Mathilde, et • vous n’avez que le commencement du terzetto
Pensa che sol per poco ,
« qui encore est plutôt simple comme un nocturne, que tendre O comme un air de passion; mais il repose l’âme de la magnifi- « cence de tout ce qui l’entoure, et il doit au contraste les quatre « cinquièmes du plaisir qu’il norus fait. Avouez franchement que « vous avez toujours sacrifié l’expression et la situation drama- « tique aux broderies de la Colbrand. » — J'ai sacrifié au succès, répondit Rossini avec une sorte de Qerté qui lui allait à merveille. L’aimable archevêque de T... vint à son secours. A Rome, s’écria-t-il, Scipion, accusé devant le peuple, dit pour toute réponse à ses ennemis : « Romains, il y a dix ans qu’à pareil jour je détruisis Carthage; allons au Capitole rendre grâces aux dieux immortels. »
Il est siir que l’effet d'Élisabeth fut prodigieux. Quoique fort inl'érieur à Otello, par exemple, il y a dans cet opéra bien des choses d'une fraîcheur délicieuse et entraînante.
Aujourd'hui, de sang-froid, j’y blâmerais l'emploi de deux ténors pour les rôles de Norfolk et de Leicester. Rossini aurait répondu à ce reproche ; « J’avais ces deux ténors, et je n’avais <t pas de voix de basse pour le rôle du traître Norfolk. » La vérité eèt qu’avant Rossini on ne donnait jàmaisdes rôles importants aux voix de basse dans l’opéra séria. Ce maestro est le premier qui ait écrit, pour ces sortes de voix, des parties difficiles dans les opéras de mezw caraitere, tels que ta Cenereniola, la Gazza ladra, Torvaldo e Dorliska, etc.; et l’on peut dire que c’est sa musique qui a fait naître les Lablache, les Zuchelli, les Galli, les Remorini, les Ambrosi..