VIR DE ROSSINI
Vado ma il megllo mi scordavo.
Il y a là un changement de ton, dans le fond de la scène, sans entendre l’orchestre, qui est le comble de la difficulté.
Je regarde la fin de ce duetto, depuis
La bonega ? non si sbaglia ,
comme au-dessus de tout éloge. C’est ce duetto qui tuera le grand Opéra français. Il faut convenir que jamais plus lourd ennemi n’aura succombé sous un assaillant plus léger. C’est en vainque rOpéra français assommait les gens de goût dès le temps de La Bruyère, il n’y a guère que cent cinquante ans; il a résisté à une . soixantaine de ministères différents. Il fallait, pour lui porter le dernier coup, l’apparition de la vraie musique française. I.es plus grands criminels, après Rossini, sont MM. Massimino, Choron et Castil-Blaze.
Je ne serais point étonné qu’en désespoir de cause, on n’arrivât ù supprimer l’opéra buffa ; on le trahit déjà : voir la manière scandaleuse dont on vient de remettre les Horaces de Cimarosa.
La cavatine de Rosine
Una Toce poco fa ,
est piquante; elle est vive, mais elle triomphe trop. Il y a beaucoup d’assurance dans léchant de cette jeune pupille persécutée, et bien peu d’amour. Il est hors de doute qu’avec tant de courage elle attrapera son tuteur.
Le chant de victoire sur les paroles :
Lindoro mio aarb
Sarô una vipera ,
est le triomphe d’une belle voix. MadameFodory était excellente, l’on pourrait dire parfaite. Sa superbe voix a quelquefois un peu de dureté (école française), et la dureté n’est pas tout à fait hors de place dans le chant d’une fille aussi résolue. Quoique je regarde ce ton-la comme calomniant la nature, même à Rome, j’y vois une preuve nouvelle de l’immense distance qui sépare l’amour mélancolique et tendre des belles Allemandes que l’on rencontre dans les jardins anglais des bords de l’F.lbe, du sen-
Ui ŒUVRES DE STENDHAL.
liment vif et tyrannique qui enflamme les jeunes filles du midi deritalie'.
L*air célèbre de la calomnie,
La calunnia è un veiiiiccllo ,
me donne la même idée que le fameux duetto du second acte de la Cenereniola :
lîn segreto d’ iiuporianza.
J’ai eu le courage de dire que, sans Cimarosa et le duetto des deux voix de basse du Mariage secret, jamais nous n’aurions eu le duetto de ta Cenereniola : je braverai encore une fois . l’accusation de paradoxe. L’air de la Calunnia ne me semble qu’un extrait de Mozart, fait par un homme d’infiniment d’esprit, et qui lui-méme écrit fort bien. Pour l’effet dramatique, cet air est trop long ; mais il fait un contraste admirable avec la légèreté de tous les chants qui précèdent. Le Matrimonio segreto, par exemple, manque d’un tel contraste. Cet air était admirablement chanté au théâtre de la S cala , à Milan, par M. Levasseur, qui y obtenait un très-grand succès. Ce chanteur, quoique Français et la gloire du Conservatoire, n’étant pas applaudi à Louvois, il chante avec timidité; et la seule sensation qu’il donne, c’est la crainte de le voir se tromper. Voltaire disait que pour réussir dans les arts, et surtout au théâtre, il faut avoir le diable au corps.
MM. Meyerbeer, Morlachi, Paccini, Mercadante, Mosca , Mayer, Spontini et autres contemporains de Rossini, ne demandent pas mieux sans doute que de copier Mozart; mais jamais ils n’ont trouvé dans les partitions du grand homme un air comme celui de la Calunnia. Sans prétendre égaler Rossini à Raphaël, je dirai que c'est ainsi que Raphaël copiait Michel- Auge dans la belle fresque du prophète Isaïe, à l’église de Saint- Augustin, près la place Navone à Rome.
Le Matrimonio segreto n’a rien d'aussi fort dans le genre triste que :
K il mesi'hino calunuialo.
I. Voir le croqnis des amours de la Zilella norglitse, dans les lettres dit iirêsideni de Brosses sur ritalie, tome 11 , page 250 :
Kl scqoitnr levilcr Kilia mairis lier.