VIR DR ROSSI NI
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I,e duetto
Dunque io son... la non ni’'inganDi?
nous représente une jolie femme de vingt-six ans, assez galante et fort vive, qui consulte un confident sur les moyens d’accorder un rendez-vous à un homme qui lui plaît, .le ne c-oirai jamais que l’amour chez une jeune fille, meme à Rome, soit à ce point privé de mélancolie, et j’oserai dire d’une certaine fleur de délicatesse et de timidité.
Lo sapca prima di le,
est une phrase musicale qui, au nord des Alpes, pourrait sembler hors de nature. C’est, suivant moi, bien gratuitement que Rossini s’est privé d’une grAce charmante : l’amour même le plus passionné ne vit que de pudeur; le priver de ce sentiment, c’e.st tomber dans l’erreur vulgaire des hommes grossiers de tous les pays. Je .sais que quand ou a seize opéras à se reprocher, ou cherche le nouveau. I.e bon et grand Corneille avoue un sentiment analogue dans l’examen de Nicomède ; mais ce n’est pas ainsi que j’explique le manque de délicatesse de cet air de Rossini. Il eut à Rome, précisément pendant qu’il écrivait Torvaldo et le Barbier, de drôles d’aventures, bien plutôt dans le genre de Faublas que dans celui de Pétrarque. Involontairement, et par suite de cette susceptibilité de sentiment qui fait l'homme de génie dans les arts, il peignit les femmes qui l’aimaient, et que peut-être il aimait un peu. Sans s’en douter, il prenait pour juges de l’air qu’il écrivait à trois heures du matin, les femmes avec lesquelles il venait de passer la soirée , et aux yeux desquelle.s le sentiment timide et tendre eôt passé pour le ridicule di un > colegiale.
Rossini dut des succès incroyables et flatteurs à un sang-froid et à un désintérêt singuliers. L’opéra du Barbier, et plusieurs de ceux qu’il a écrits depuis, me portent à redouter ces suc.cès ; ne les devait-il point à l’absence de toute différence entre les femmes ? Je craindrais que ses succès auprès des grandes dames romaines ne l’aient rendu insensible à la grâce féminine. Dans le Barbier, dès -qu’il faut être tendre, il devient élégant et recherché, mais ne sort pas du style tempéré; c'est presque Fontenelle parlant d'amour. Otte manière est fort bien dans l'u'.'ige
OEUVRES DE STENDHAL
de la vie, mais elle ne vaut rien pour la gloire. Je trouve bleu plus d’énergie et d’abandon dans les premiers ouvrages de Rossini : comparez la Pieira del Paragune, DeniPtrio e Polibio, l Aureliano in Palmiram Barbier. Je soupçonne qu’il est devenu un peu incrédule en amour : c’est un grand pas de fait comme philosophe pour un homme de vingt-quatre ans v tant mieux pour sa tranquillité, mais tant pis pour sou talent, (ianova et Vigauo avaient le ridicule d’aimer.
Une fois le genre du roman 'de Crébillon adopté pour la couleur générale du Barbier il est impossible de voir plus d’esprit et de cette originalité piquante oui fait le charme de la galanterie, que dans :
.Sol dae righe dl biglietto
E il mae.slro lo foccio a lei!
Donne, donne, eterni Dell
Voilà encore de la vraie musique française dans toute sa pureté
et dans tout son brillant. Les partis et les v ont beau faire
pour nous rendre sérieux, nous pourrons encore longtemps être accusés A' indifférence en beaucoup de matières. Il y a peut-être encore un siècle d’intervalle entre nos jeunes gens et le Claverhouse ou le Henri Morton d’O/d Mortality. Grfices au ciel, la France est encore pour longtemps le pays de la galanterie aimable et légère. Or, tant que cette galanterie fera le trait principal de notre société et du caractère national, le Barbier de Séville et le duetto Sol due righe di biglietto seront les modèles éternels de la musique frauçaisè. Remarquez qu’en supposant Rosine une veuve de vingt-huit ans, comme la Céliante du Philosophe marié, ou la Julie du Dissipateur, l’on ne trouve presque plus rien à reprendre dans le ton de son amour. Rappelonsnous encore que la musique ne peut pas plus rendre un ton affecté, que la peinture peindre des masques. Gn voit qu’avec une idée, quelque agréable qu’elle soit, Rossini a toujours peur d’ennuyer. Comparez ce duetto. Sol due righe di biglietto, avec celui de Farinelli, dans le Mariage secref, entre le Comte et Elisetta ( mademoiselle Cinti et Pellegrini, les piêmes acteurs qui chantent le duetto du Barbier), vous remarquerez à chaque instant, et surtout vers la fin, des phrases que Rossini eût synco- * pées dans la crainte de paraître long.
VIF, T)E ROSSfNI. 147
Il y a du bonheur véritable , mais toujours du bonheur de veuve alerte, et non pas de jeune fille de dix-luiit ans, dans
Fortanati i affetti inici !
Reprenant l’ensemble de ce morceau, il y a peu de diietti tragiques dans lesquels Rossini se soit élevé h cette hanteur de force et d'originalité.' J’en conclurais volontiers que si Rossini fût né avec cinquante mille livres de rente, comme son collègue M. Meyerbeer, son génie se fût déclaré pour l’opéra buffa. Mais il fallait vivre ; il trouva mademoiselle Colbrand qui ne chante que l’opéra séria, toute puissante à IVaples; et dans le reste de l’Italie, cette police, aussi ridicule dans les détails qu’impuissante pour les grandes choses, a établi qye le billet d’entrée au théAtre se paierait un tiers de plus pour l’opéra sevn-scria , comme VÀgnese, que pour l’opéra buffa, comme le Barbier; ce qui fait voir que les sots de tous les pays, littéraires ou non, s’imaginent que le genre comique est le plus facile. Auraient-ils la conscience du rôle qu’ils jouent dans le monde, et celle de leur nombre? Ce soüt les premières idées de cette même police, inventée il y a quarante ans par Léo|)old, graïul-duc de Toscane, qui ont privé l’Italie de ce beau genre de littérature indigène, la cnmmedia dell’ grie, celle qu'on jouait à l’impromptu, et que Goldoni crut remplacer par son plat diabTgne. I,e peu de vraie comédie qui existe encore en Italie, se trouve aux marionnettes, admirables à Gênes, à Rome, à Milan, et dont les j)ièces non écrites échappent à la censure, et sont filles de l’inspiration du moment et des Intérêts du jour. Croirait-on qu’un homme d’Ftat tel que le cardinal Consalvi, un homme qui sait gouverner son maître d’abord, et ensuite l’État pas trop mal, et qui eut jadis l’esprit d’être l’ami intime de Cimarosa, passe trois heures a éplucher les paroles d’un misérable libretto d’opera buffa (historique, 1821)! Le lecteur est bien loin d’être à même de juger de tout le ridicule de cette conduite. Le cardinal trouvait que le mot cozzar (lutter) était répété trop souvent dans le libretto. Il se donnait tant de soins par tendresse pour les mœurs romaines, et pour les conserver pures et sans taches.
Ici je ne puis m’expliquer, même à demi-mot*, j’en appelle aux voyageurs qui ont passé un hiver à Rome, ou qui savent, par exemple, les anecdotes de l’avancement de P. VI et de P***. Ce sont de telles gens que l’on craint de corrompre par les paroles
OI'UVRRS DE STENDHAF..
d’un libretlo d’opéra. Eli morbleu! levez quatre compagnies de gendarmes de plus, pendez les vingt juges les plus prévaricateurs tous les ans,' et vous aurez fait mille fois plus pour les mœurs. Mettant à part les vols , la justice vendue et autres bagatelles de ce genre, songez h ce que peuvent être les mœurs d’un pays où toute la cour, où tous les employés de l’Etat sont célibataires, et sous un tel climat, et avec de telles facilités! Depuis les plaisanteries de Voltaire, nous ne voyons plus, il est vrai, arriver au cardinalat que des vieillards prudents et discrets; mais ces vieillards ont été prêtres dès l’Age de vingt ans, et ils ont eu dans la maison paternelle l’exemple séduisant du bonheur donné par les passions fortes. Les pauvres Romains ont été tellement façonnés par quelques siècles de ce gouvernement que je n’ose décrire', qu’ils ont perdu jusqu’à la faculté de s’étonner de pareilles choses , et que leur seule vertu est leur férocité. Plusieurs des plus intrépides officiers de Napoléon sont sortis de Rome; un Jules II y trouverait encore une e.xcellente armée: mais deux siècles du despotisme de Napoléon ne réussiraient peut-être pas à y établir les. mœurs décentes et pures d’une petite ville d’Angleterre , de Nottingham ou de Norwich . Mais revenons au Barbier; c’est revenir de loin, dit-on ! Pas de si loin qu’on pense; une source d’eau limpide, et pleine de vertus singulières pour la santé, jaillit au pied d’une chaîne de hautes montagnes. Savezvous comment elle a été formée dans le sein de la montagne ? Jusqu’à ce qu’on nous démontre le comment , je prétends que chacune des circonstances de ces montagnes , la forme des vallons, le gisement des forêts, etc., tout a influé sur cette source délicieuse et limpide, auprès de laquelle le chasseur vient se rafraîchir et prendre une vigueur qui tient du miracle. Tous les gouvernements de l’Europe établissent des conservatoires; plusieurs princes aiment réellement la musique, et lui sacriflent tout leur budget; créent-ils pour cela des êtres comme Rossiui ou Davide, des compositeurs ou des chanteurs?
Il y a donc quelque circonstance inconnue et pourtant nécessaire dans l’ensemble des mœurs. de la belle Italie et de l’Allemagne. Il fait moins froid dans la rue Lepelletier qu’àDresdeou à Darmstadt. Pourquoi y est-on plus barbare ? Pourquoi l’orchestre
I. Rorckhardl, Mémoire» de la four du pape, dont il éiail majordome; de Poner, Hiiloire de rÊglite; Uoraiii.
ME DE HÜSSINI.
de Dresde ou de Keg^io exécute-t-il divinement un crescendo Rossini, chose impossible h Paris? Pourquoi surtout ees orchestres savent-ils accompagner ' ?
L’air de Bartholo
A DQ doUor di uia sorte,
est fort bien. Je voudrais l’entendre chanter par 7.uchelli ou Lablache. Je ne puis que répéter ce que j’ai dit trop souvent peut-être de ces airs dans le genre de Cimarosa; plus d’esprit, un style plus piquant, infiniment moins de verve, de passion et d’idées comiques. Je vois dans le libretto ce vers :
Ferma oUi I non mi toccale.
A qui connaît les mœurs de Rome, il y a là dedans toute la méflance de la Romagne, et des malheureux pays soumis depuis trois siècles au génie du christianisme* : je parierais bien que l’auteur du libretto n’habita jamais la douce Lombardie.
L’entrée du comte Almaviva déguisé en soldat, et le commencement du finale du premier acte, sont un modèle de légèreté et d’esprit. Il y a un joli contraste entre la lourde vanité du Bartholo qui répète trois fois, d’une manière si marquée,
üoltor Barlolol üotior Barlolol
et l’aparté du comte :
Ah! venisse il caro oggedot
Ce souhait du jeune amant est d’une galanterie délicieuse. Rien de plus léger et de plus piquant que cc finale; il y a dans ce seul morceau les idées nécessaires pour faire tout un opéra de Feydeau. Peu à peu , et à mesure qu’on avance vers la catastrophe, (X finale prend une teinte de sérieux fort marquée; il y en a déjà beaucoup dans l’avertissement de Figaro au comte :
t. l'eat-£lre amour et bonne foi d’on cdic; de l’autre , vauile et coutiimellu attention anx autres.
2. La religion est la seule loi vivante dans les Étals du pape. Comparez Velletri on Rimini an premier pays protestant que vous traverserez. Le génie froid du protestantisme tue les arts; voir Ceuévc et la Suisse. Mais les .irts ne sont que le luxe de la vie; l’honnéteté, la raison, la justice, eu sont le nécessaire.
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loO ŒUVRES DE STENDHAL.
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L’effet du chœur
La forza , ■ ■ .
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est pittoresque et frapj)ant. Ou trouve ici uu grand inomeut de silence et de repos, dont l'oreille sent vivement le besoin, après le déluge de jolies petites notes qu’elle \ient d’entendre.
Le chant à trois et ensuite à cinq, qui explique la raison du tapage au commandant de la gendarmerie de Séville, est le seul passage de cet opéra décidément mal exécuté à Paris. La coupe . de ce'morceau rappelle un peu l’explication donnée à Geronin o, à la fin du premier acte du Matrimonia tegreio. C’est là la grande critique que l’on peut faire du Barbier de Rossini; le spectateur un peu instruit n’y trouve pas le sentiment du nouveau; on croit toujours entendre une nouvelle édition corrigée et plus piquante, de quelque partition de Cimarosa, qu’on a Jadis admirée, et vous savez que rien ne coupe les ailes à l’imagination comme l’appel à la mémoire.
L’arrestation du comte, suivie de sa prompte mise en liberté , et du salut que la gendarmerie lui adresse , me rappelle la justice telle qu’elle s’exerçait à P*** il y a peu d’années. Un Français, fort joli homme, point fat, et plus connu encore par son amabilité douce, que par sa parfaite bravoure, est insulté grossièrement au spectacle par uu homme puissant; il l'en punit. On avertit le jeune Français de prendre garde à lui à la sortie du théâtre. En effet, le seigneur sicilien l’attaque. Le Français, fort adroit les armes à la main, le désarme sans le tuer, et, se croyant à Paris, appelle la garde. Cette garde avait été témoin de l’attaque, et s’empresse d’arrêter l’assassin ; il se nomme avec hauteur, la garde s’éloigne eu lui faisant mille excuses basses ; s’il eût dit un mot de plus, elle arrêtait le Français. Il n’y a donc aucune invraisemblance à ce que nous voyons se passer dans le finale du Barbier; ce qui est invraisemblable, c’est l’immobilité dans laquelle tombe le tuteur, à la vue de la justice de son pays ; il doit y être accoutumé de reste; les caractères secs et injustes, tels que Bartholo, profitent de la tyrannie de leur pays, loin de la craindre ; ces gens là mangent au budget.
J’ai toujours vu l’immobilité du tuteur, pendant que tout le monde chante
ME DE HÜSSIM. lot
Fredda e immobile Corne oiia stailia ,
produire uu mauvais effet. Dès que le spectateur a le' temps de s’apercevoir que le ridicule est outré, il ue rit plus, et partant la farce est mauvaise. Il faut étourdir le spectateur comme Molière ou Cimarosa ; c’est là une des entraves de la musique, eUe ne peut pus aller vite, et les évolutions d’une farce, pour être bonnes, doivent être rapides comme l’éclair- La musique doit vous donner directement le rire que ferait naître une bonne comédie jouée avec feu.