‹ Vie de Rossini par De StendhalChapitre 32 sur 84 · VIE DE ROSSI M · texte numérisé non relu

VIE DE ROSSI M

Voulez-vous uu exemple plus récent, examinez les précautions prises pour l’évasion de Louis XVI à Varennes, et la manière dont on s'y comporta. Il est impossible de douter du zèle, il faut admirer la légèreté du siècle.

Ce siècle élégant et frivole donnait des éloges à l'énergie des Bossuet et des Montesquieu ; mais les admirateurs les plus exclusifs de ces grands écrivains auraient reculé devant la familiarité de leurs expressions, et n’eussent jamais osé s'en servir*. La société n’accordait, en apparence, que le second rang dans son estime aux Delille, aux lia Harpe, aux Dorât , aux Thomas, aux abbé Barthélemy; mais, dans le fait, c’étaient là les hommes dont les ouvrages lui donnaient le plus de ce plaisir piquant, le seul dont son goiU dédaigneux et froid fiU encore susceptible. Le monstre qui eût paru le plus ridicule au milieu de cette société brillante et singulière, dont nous n’avons plus d’idée, c'eiU été un cœur simple, susceptible d’une passion sincère et forte. M. Turgot, qui se trouva pour le bien public une passion de ce genre, eut besoin d’avoir l’intérêt d’une des femmes les plus spirituelles de France et du plus haut rang, pour échapper au ridicule ; et encore est-ce uu problème , dans le faubourg Saint- Germain , de savoir s’il put y échapper.

Les cœurs passionnés et sincères étant poursuivis dès l’enfance par les sarcasmes et l’ironie, je laisse à penser ce que devint chez les Français la faculté nommée imagination.

On se moqua d’elle dès qu’elle fiit hardie. Elle dut se réduire à s’exercer sur de petits détails jolis, et surtout , . avant de se passionner, elle dut toujours regarder autour d’elle dans le salon, pour voir si son enthousiasme ferait un spectacle piquant pour les voisins. .

L’imagination étant tombée à ce point de marasme dans la France de 1770, on voit aisément ce que pouvait être la musique. Son office principal était de faire danser au bal et d’étonner à l’Opéra, par de grands cris et la propreté * du chant français. Pour la musique , il y eut uu petit événement de délail ;

I. • Syila, en prenant celle mesnre, en connaissait lien le fori et le faible, > dit .Montesquieu, Graiideur des Romaitis. Jamais Mannonicl n’aurait eu le conrage d'écrire on tel mut; les littérateurs de la vieille école ne l’oseraient pas même aujoord’liui. Voyez les querelles que l’on a faites b M. Courier pour son admirable Hérodote. Les savants craignent pour Hérodote.

3. Méntoires de madame d’Epinay : detail de la matinée de N. d’É|iiuay.

ŒUVRES DE STENDHAL

une reine Jeune et séduisante nous arriva de Vienne. Les Allemands sont un peuple de bonne foi; comme tels , ils ont de l’iinagination, et par conséquent une musique. Marie-Antoinette nous valut Gluck et Piccini , et les excellentes disputes du coin du Roi et du coin de la Reine. Ces disputes donnèrent de r/mporlance à la musique sans la faire sentir davantage ; car encore une fois, il aurait fallu créer une imagination à ce peuple.

Je reprends la suite de mon raisonnement. Le public de 1780 était une réunion d’oisifs ; aujourd’hui , non-seulement il n’y a pas vingt oisifs au milieu de toute la société de Paris, mais encore, grâce aux partis qui se fortifient depuis quatre ans, nous sommes peut être à la veille de devenir passionnés : ce cliangement extrême décide toute la question.

Mon ambition est de détourner un bien petit filet d’eau de cette cascade immense, que je viens de dérouler sous les yeux du lecteur ; Je ne vous prie de Jeter un regard que sur l. s variations qu’un si prodigieux changement dans la manière d’être du public doit amener dans les arts , et encore, pas daus tous les arts, dans la musique seulement

La musique va se relever en France, par les petites filles de douze ans, élèves de Mademoiselle Weitz et de M. Massimiuo, et qui vont passer huit mois chaque année dans la solitude de la campagne. Il n*y a pas de vanité à avoir avec ses frères et sœurs, ils connaissent également et la Jolie robe écossaise, et votre grande fantaisie sur le piano. Si le ciel nous donne un peu de guerre civile, nous redeviendrons les français énergiques du siècle de Henri IV et de d’Aubigné; nous prendrons les mœurs passionnées des romans de Walter Scott. Au milieu du fléau de la guerre, la légèreté française se renfermera dans de Justes bornes, Y imagination renaîtra, et bientôt sera suivie par la musique. Toutes les fois que l’on trouve solitude et imaginafioii dans un coin du monde, l’on ne tarde guère à y voir paraître le goût pour la musique tout comme il serait contradictoire de demander une passion bien vive pour cet art à un peuple qui passe sa vie eu public, et qui se croit ennuyé et presque ridicule dès qu’il se trouve seul un instant “. Ce n’est donc pas la faute de nos amateurs à ailes de pigeon s’ils n’aiment dans les grands morceaux

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