‹ Vie de Rossini par De StendhalChapitre 45 sur 84 · VIR DR ROSSINI · texte numérisé non relu

VIR DR ROSSINI

que Rossini a voulu tout à fait se transformer en compositeur alléinand et écrire comme AVeigI ou AVinter. Aussi est-ce eu Allemagne que la Gazza réussit le plus; ses défauts sont invisibles à Darmstadt et peut-être des qualités , tondis qu’on iné|)rise Tancrède cointne de petite musique. Il faut frapper fort ces bons Allemands. L’arrivée du soldat vient rendre à ce deuxième acte le feu sombre qui anime le premier. Galli joue toute cette fin du drame mieux que de' Marini ou Jfjlandi Nous n’avons aucun acteur en France qui approche de ce genre de talent; Talma luimême est^bien médiocre dans Falkland et dans le Meinan de Misanthropie Repentir.

L’air de Galli , ’

Oh colpo inpcnsaio !

est assez commun. Rossini, voyant Galli avoir peu de succès à Naples, se réconcilia avec cet ancien rival , et lui lit cet air tout à fait écrit dans ses cordes.

Le commenceineut du récitatif ;

Che vuol'dire qdel püUlto?

est bien. Il y a du sentiment tragique et sombre dans M' investe, ni’ assale.

Nous sommes attendris par un rayon de beah idéal sur

Per te , dolce flglia ;

mais perche- arnica .spemè? est détestable; c’est du mauvais Rossini , des agréments de concert au lieu de pathétique, et , pour comble de misère, des agréments qui ne sont que des réminiscences d’opéra buffa L’air finit par de beaux accents tragiques sur

Sco|terto, awilitn ,

Proscriito, insegolto.

Zuchelli chante cet air d’une manière admirable ; c’est bien là le désespoir d’une âme tendre. Le public n’a pas encore été averti du mérite de ce chanteur'.

1. Exemple frappant dn défaut de Russini dans sa aeeonJe manière; il écrit au air avec les agrémenta que son c'banteur exëcnte avec facilité.

Die

ŒUVUES DE STENDHAI..

A la manière dont Rossini a écrit, pour Galli, cet air de réconciliation, je croirais qu'il boudait encore. Les savants remarquent, comme une chose nouvelle, que vers la fin l’orchestre va beaucoup plus haut ' que le chant et cependant ne le couvre pas ; on sent à tous moments, en voyant célébrer comme des nouveautés des choses aussi simples , que la science de la musique est encore au berceau.

Le chœur des juges ,

Tréma te, o popoli,

est superbe. Voilà le triomphe du style magnifique, la terreur ®. Çe chœur est tellement imposant, que je n’ai jamais vu rire à Louvois, à l’aspect de tout un tribunal de première instance, la toque en tête, qui se met à chanter. On dit que ce morceau ressemble un peu à un chœur de YOrfeo de Gluck ; je le croirais ' plutôt imité de Haydn , s’il est imité.'

L’arrivée de IVinetta , la lecture de la sentence de mort , sont des moments terribles que je ne chercherai pas à rappeler au lecteur ; heureux si je pouvais terminer ici l’analyse de la Gazza tadra, mais je serais trop injuste envers Rossini.

Cia d’inlornu -•

Vlutar la morte ascolto ,

glace le sang, surtout le mot ulular ; c’est à faire trouver mal les gens nerveux. L’entrée de Galli est sublime

Ah no! fermaie.

A. l’exception de mademoiselle Mars, la scène française ne nous a rien offert de comparable depuis Afonvel. En Italie, j’ai vu à de' Marini, et surtout à la PçiUerîni, des moments au moins aussi beaux, ifland , à Berlin , en 1807 , avait une ou deux entrées comparables à celle de Galli.

Dans les situations extrêmes , il n’y a plus lieu à cantilène, le

1. Arli&ce rréqneul chez Rossini, et au moyhn daqnei i'accouipagnemebt , quoique fort surchargé, ne couvre pas la voix. Mozart n’a pas Su éviter cet inconvénient eu mille endroits, et,' par exemple, dans l'air: Batti,-balti, o bel Miuetlo, Ae Don'Jiian.

3. Les gens communs sont accessibles à cette passion. Voir les phrases de Bossuet. EirlS-20, |iOur un homme qui goûtait Raphaél, il yen avait cent h qui Michel-Ange faisait jteiir. Canova u'eiit joui d’aucun socc'és.éii fSéO. .

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récitatif sufDt. Les paroles suivantes de Galli sont une preuve de cette vérité singulière et si contraire aux théories vulgaires :

Son vostro prigioniero,

Il capo mio Ironcate

Il me semble que les spectateurs sont émus au point de sentir dislinctement quel est le véritable cri de la nature. Des spectateurs amenés à ce point d'émotion sont dangereux ; ils repoussent avec horreur toute entreprise que l’art pourrait tenter pour embellir la nature *.

La musique est à la hauteur des paroles dans ces deux vers terribles , chantés par les juges et le préteur avec l’accent imposant d’une nombreuse réunion de voix de basse ;

L' nno in carcerc ,

E r allro snl patibolo

1. • Faites tomber nia tete, je suis votre prisonnier; mais ne vous couvrez pas du sang d’une pauvre jeune fille qui ne sait pas même se défendre. •

Paroles fort belles, sans doute ; mais il fallait dire : C’est moi qui ai donué un couvert ê vendre ê ma fille; faites rechercher ce couvert, etc. On dira que j'attaque un pauvre libretto italien en vrai littérateur français. Ces messieurs attaquent les paroles d’un libretto ; voyez la grande colere du Miroir contre le cra, cra de Taddeo de VUaliana in Algeri. Pour moi, je m’attaque aux silmtioas fausses; les paroles d'on libretto sont toujours fort bien à mes yeux, je ne les écoute pas. J’ai lu celles de la Gaiza pour la première fois, en écrivant la présente notice, dans laquelle j’ai le malheur de ne pouvoir rappeler les chants de Rossini qu’à l’aide des paroles qui les accompagnent. On efit trouvé ridicule de mettre, au lieu des paroles, une ligne de musique en note au bas de la page, pour nommer un air.

Depuis le milieu du premier acte de la Gazzu, tout est tristesse et désespoir; et, pour faire variété, nous avons de l'horreur; le podesia dans la prison faisant des propositions a Muette. Dans un sujet a peu près semblable ( te Déserteur ) , Sedaine évite toutes ces sensations noires par la création du caractère de Montauciel, l’une des choses les plus dKIlciles que l’art dramatique ait osé exécuter en France. Rossini était digne de trouver un Sedaine. Si ce maçon fût né avec deux cents louis de rente, la littérature française compterait un homme de génie de plus.

La protection d’un ministre pouvaibeéparer les torts dn hasard; il fallait payer a Sedaine chacun de ses opéras six mille francs. II eut, au contraire, grand’peine a être de l’Académie Française. Rien de plus inutile pour tes arts que la protection des sots riches et l’établissement des académies ; Mariiiontel et La Harpe étaient les personnages les plus marquants de cette Académie qui eut de la peine a admettre Sedaine ; jugez des autres.

2. Voila le secret de la répugnance des romantiques pour les vers alexandrins dans la tragédie ; à chaque instant le vers de Racine altère un peu la vérité simple et une de la parole de l’Iiommc passionné. Cent cinquante années d’études philosophiques nous ont appris quelle est cette parole. Racine altère pour orner ; les mœurs de 4670 lui demandaient cette preuve de talent que repoussent celles de 1823. Nous voulons des tableaux beancoup plus près de là nature. Guillaume Tell de Schiller, traduit en prose, nous fait plus de plaisir na'lphigénie en Aulide.

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