VIK DR ROSSINI
Le parti de Rossini (car il y avait deux partis très-prononcés) disait qu'il fallait lui savoir gré d’avoir déguisé l’atrocité du sujet par la légèreté de ses cautilènes. Si Mozart, disaient-ils, avait fait la musique de la Gazza ladra comme elle doit être écrite, c’est-à-dire dans le goût des parties sérieuses de Don Juan , cette pièce eût fait horreur, et l’on u’en pourrait supporter la représentation.
Le fait est que, dans aucun de ses opéras, Rossini n’a fait autant de failles de sens que dans la Gazza ladra. Il avait peur du public de Milan , qui lui gardait rancune depuis le Turco in Italia. 11 voulut étourdir ce public, faire un grand nombre de morceaux nouveaux , et se donna moins que jamais le temps de relire. Ricordi, le premier marchand de musique d’Italie, et qui doit une grande fortune aux succès de Rossini , racontait devant moi , à Florence, que Rossini avait composé un des plus beaux duetti de la Gazza ladra dans son arrière-boutique, au milieu des cris et du tapage affreux de douze ou quinze copistes de musique se dictant leurs copies ou les collationnant, et cela en moins d’une heure.
Le grand morceau qui commence par le chœur Tremafe, o popoli, lup^emble beaucoup trop long.
Le chœu^du peuple, quand Ninette passe devant nous , environnée de gendarmes, pour aller au supplice, est bien. £n Italie, où la tyrannie soupçonneuse et sans pitié ' ( le contraire du gouvernement de Louis XY ) n’a pas permis la naissance des sentiments délicats, le bourreau, en bonnet de police, marche à côté de Ninette, et la relève après la prière que fait cette pauvre malheureuse en passant devant l’église de son village. A la Scala., la décoration de M. Perego était sublime; cette église de village • était touchante et sombre, et cependant avait assez de grandiose pour ôter un peu de son horreur au triste spectacle dont nous sommes témoins. A Louvois, la décoration est jolie et gaie; et pour digne complément, il y a des arbres au milieu des nuages qui ne tiennent à rien sur la terre. Le goût pittoresque du public de Louvois est trop peu formé pour qu’il tienne à ces bagatelles *.