I . Prison do l’iiisloricn Gianonne
3. Uaus trente ans, l'on demandera aux ]ieinlres de deroratlons de vouloir bien supi>rimer la quantité de petits détails spirilnel.s dont iis se croient obligés de charger leurs toiles. Peut-être alors aurons-nous échangé beaucoup de vanité contre on pen
224 OEL'VRKS DE STENDHAL
Jamais vaudeville ne fut mieux à sa place que celui de la lin :
Ecco cessalo il vento,
Placalo il marc infido.
Galli le chaulait avec beaucoup de verve et de bonheur ; Zuchelli y met une grâce parfaite, et, dans sa bouche, ce vaudeville est réellement un morceau de chant très-remarquable. Je voudrais voir ce grand chanteur dans un rôle de bariton, D. Juan, par exemple.
Après la Gazza ladra , on sort de Louvois abîmé de fatigue et assourdi. La fatigue nerveuse tient à l'absence d'un ballet d’une heure entre les deux actes de l'opéra. A Milan, nous avions Myrrha, ou la Vengeance de f^énus , l’un des chefsd’œuvre de Viganô. Les idées mjJhologiques étaient vraiment d’un effet délicieux , après les horreurs trop réelles du juge de Palaiseau et de ses gendarmes. Il n’a peut-être jamais existé d’orchestre plus savant , plus exact , plus impitoyable pour ce qu’il croit son devoir, que celui de Louvois, et jamais on n’a vu une telle absence de sentiment musical. Puisque sentir parait ' impossible, espérons qu’avec le temps on enseignera dans la rue Bergère, qu’un crescendo doit se commencer doucement, et qu’il existe certaines nuances nommées piano. Où s’^îtfiôs symphonistes malhabiles de Capoue ou de Foligiio ! quand ils font ' des fautes , c’est toujours par ignorance , c’est que leurs doigts n’ont pas l’habileté nécessaire pour faire telle note ; mais quel feu! quelle délicatesse ! que d’âme, quel sentiment musical ! 11 y a telle note trop forte, trop hardie, trop effrontée, qui prouve que celui qui en outrage l’oreille du spectateur, est à jamais indigne d’être admis dans un orchestre autre que celui du grand Opéra .
Pris individuellement, chacun des artistes de notre orchestre de Louvois est peut-être supérieur, les violons surtout , aux artistes du théâtre de Dresde, de Munich ou de Darmstadt. Quelle différence immense , cependant , dans l'effet ! Ces messieurs ne sont supérieurs que dans certaines symphonies de Haydn, où tout est dur; dès qu'il y a une mesure gracieuse et tendre , ils la manquent. Voir les passages de ce caractère dans l’ouverture de
d’orgneil. Nous prenons, .sans limite, du eafè, iiuoiqu’il ne vienne pas cnFranrc; pourquoi n’appcUerions-uous pas de Milan MM. Sanquinco, Traiiquillo e( leurs .successeurs?
VIE DE RÜSSIM. ' 225
la Gazza ladra , voir la manière dont on vient de traiter l’ouverture des Horaces de Cimarosa.
La première fois que j’entendis la Gazza ladra à Louvois, je fus scandalisé. Le chef d’orchestre, homme d’ailleurs d’uu grand talent, violon très-habile, et qui dirige fort bien l’orchestre, une fois le système français adopté, a changé la plupart des mouvements de Rossini. Si jamais ce maestro passe à Paris, et qu’il ne prenne pas le parti de donner des conseils à contre-sens (plaisanterie que je lui ai vu exécuter une fois avec une gri’ice iiiGnie, tout le succès possible, et une duperie parfaite de la part des chanteurs qu’il conseillait g faux), il ne peut pas se dispenser d’avoir une exph'calion avec M. le chef d’orchestre de Louvois. Pauvre Rossini ! il sera battu complètement, car il n’est pas SAVANT, lui.
Le mouvement fait tout pour l’expression. Enfant chéri des dames, cet air aimable que Deviène vola jadis à Mozart, chanté adagio , est à faire fondre eh larmes. Parmi les morceaux singulièrement altérés par le chef d’orchestre de Louvois, je remarque le duetto de Muette et de Pippo dans la prison :
£ ben per mia memo(ia.'
Tantôt les piano deviennent des allegro; mais comme il faut être juste, et qu’il y a compensation à tout, un instant après, un joli allegro vivace est changé en andanle languissant, et cela en dépit de la situation et du cri du libretto , si j’ose parler ainsi.
Guarda , gnarda ; avisa , avisa !
dans le moment où Pippo, au haut du clocher, retrouve le couvert d’argent dans la cachette de la pie , morceau allegro s’il en fut jamais, et ainsi exécuté à Milan sous les yeux de l’auteur, prend à Louvois un mouvement lent tout à fait convenable pour une parodie ’ .
Dans huit ou dix ans, lorsque la révolution de la musique sera achevée, et que nos jolies petites filles de douze ans seront des maîtresses de maison, le public de Louvois, voulant avant tout
t. Od dil que le motif de l’air de la clocbe est pris dans Otclio.
OEUVRES DE STENDHAL
de beaux chants, et uou de la symphonie, fera du chef d’orchestre d’alors l’esclave soumis des chanteurs, quant au mouvement des morceaux. Quelque médiocre que soit le chanteur, quand il est en scène, tout doit lui obéir et le suivre, uou pas assurément par déférence pour sa personne, mais par respect pour l’oreille du spectateur.