CHAPITRE WVJl
DE LA KÉVdLUTION OPEREE DA>S LE CHANT PAR HOSSINI.
Les G(fbrielli, les Todi, les de' Amîcis^ les Bantiy out passe et il ne reste de ces talents eucbanteurs que le retentissement , tous les jours plus faible, des louanges passionuées de Içqrs contemporains; ces noms illustres, cités tous les jours, mais tous les jours rappelant un moins grand nombre d’idées et des idétt§ moins nettes, finiront par faire place à des célébrités moins anciennes. Tel est le sort qui attend également les Le Kain, les CVarrick, les Viganô, les Babini, les Giaui, les Sestini, les Pac- • •
ebiarotti. Il en est de même des conquérants; que reste-t-il d’eux? |
un nom, un bruit, quelque ville brdlée, bien peu de chose de^ 4 plus que d’un acteur célèbre. Je compte pour pep, comme on voit, l’entbousiasme des dînes communes, a;Ioratriees nées des broderies et du pouvoir *, et qui vénà||ent un roi parce qu’il fut roi, même quand trois mille ans pè#è1it sur sa tombe. Ces genslà ôtent leur chapeau en entrant au tombeau égyptien du roi.- Psami. Pour eu revenir aux hommes digues de gloire, en-savonsnous beaucoup plus sur Marcellus, Yépée de .Rome, que sur IVoscius ? et dans cinquante ans, M. le maréchal Lovendhal sera-t-il aussi célèbre que Le Kaîn ? Encore dans cette gloire
1 . Je cède à la tcnlaiiqn de placer ici quelques Iralls de ces conversations, si inlcrcssaulcs pour moi, que'jc rencontrais quelquefois il Naples. Si l’on trunve quelques idées agréables ou miles dans les chapiires snivanls, elles appariienneDl en entier à M. le chevalier de Micüeroux, ancien ministre à Dresde. Je dois à cct amateur éclaire des notes pleines de bonté sur plusieurs erreurs où j’étais tombé dans les autres par-: lies de cette biographie. La musique ne laisse pas de traces en Italie ; les articles de journaux sont des hymnes ou des pbilippiques, et, du reste , présentent rarement quelque chose de positif. Cct ouvrage-ci étant compose d’un grand nombre de (iclits faits, doit contenir bien des erreurs. 11 y a telle date d’une première représeniation qui m’a coûté la peine d’écrire vingt lettres, et encore ne snjs-je pas trop sùr de l’époque que j’ai adoptée.
2. Les gens qui viennent d’applaudir durant quatre-vingts représentations de suite les insolences de Sylla envers les Romains, c’est-i-dire les mépris de Napoléon ponr le iteiiple français,'
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des grands capitaines, faut-il faire la part de l’occasion et des facilités, ce qui gâte la gloire. Si Desaix eût été premier magistrat de la France, n’eût-il pas été plus simple, plus noble, plus sublime que Napoléou? Ne peut-on pas dire : La moitié de la gloire militaire de Napoléon, le dévouement de sa garde, par exemple, et les marches rapides qu’il en exigea en 1809, il le doit à sa qualité de souverain qui lui permettait de taire en trois mois un général de division d’un colonel qui lui plaisait.
Après ce petit mot adressé aux gens solides qui, en caressant leurs croix, se donnent les airs de mépriser les artistes, je reviens à ces âmes sublimes qui surent mépriser l’antichambre, qui sentirent avec force les passions les plus nobles du cœur humain, et qui, par elles, tirent le charme de leurs contemporains.
Nous avons vu naître, sous nos yeux, plusieurs sciences et quelques arts; par exemple, le goût du pittoresque dans les pay- ‘sages et dans les jardins d’agrément, était encore inconnu du temps de Voltaire, et nos tristes chAteaux bâtis sous Louis XV; avec leurs cours pavées et leurs avenues d’arbres ébranchés , en portent un triste témoignage. 11 est assez naturel que les arts les plus délicats, ceux qui cherchent à plaire aux âmes les plus distinguées, soient les derniers à uaître.
J’ent-étre trouvera-t-on de nos jours l’art de décrire avec exactitude le talent de mademo^elle Hlars ou celui de madame Pasta, et dans cent ans d’ici ces talents sublimes auront, dans la mémoire des hommes , une physionomie distincte.
Si l’on parvenait à faire un portrait exact et ressemblant du talent des grandes cantatrices , ce u’est pas seulement leur gloire particulière qui y gagnerait, c’est l’art lui-méme qui ferait aussitôt des progrès immenses. De grands philosophes ont pensé que ce qui différencie du génie de riiomme l’instinct admirable de certains animaux , c’est la faculté dont jouit tout individu de l’espèce humaine de transmettre à ses successeurs les progrès , si peu considérables qu’ils soient, qu’il a fait faire à Tart, à l’industrie, au métier dont il s'est occupé toute sa vie. Cette transmission existe d’une manière complète pour les Euclide et les Lagrange; elle ne se retrouve déjà plus qu'à un certain point pourj’art des Raphaël , des Canova et des Morghen ; pourra-t-on l’établir un jour pour l’art des Davidc ’, des Velluti et des Fodor?
1. üavidcle |ii-rc, iiui Tut uadianlcur aussi rclcbrc ([uc son Gis, r^iroche vivement
Pour faire quelques pas, il faiHoser parler nettement et sans emphase de l’art du chant. C’est ce' que je vais essayer dans quelques pages d’ici.
Avant tout, dans les beaux-arts, pour être susceptible de plaisir il faut sentir fortement. Je ferai remarquer en passant que îes gens renommés pour leur sagesse, dans une nation comme dans une société particulière , ne sont jamais choisis parmi les êtres qui ont reçu du ciel le don de sentir avec force. Un très-petit nombre de ces êtres, favorisés , tel qu’Aristote chez les anciens , aura reçu l'étonnante faculté d’analyser aujourd’hui avec une exactitude parfaite, la sensation puissante qui, hier, leur donnait les transports du plaisir le plus vif. Quant au vulgaire des philosophes , doués d’une logique admirable, et qui sur tous les autres objets du savoir ou des recherches de l’homme, leur fait éviter l’erreur, s'ils viennent à s’occuper des beaux-arts, où d'abord il faut avant tout avoir senti avec force, ils ne peuvent éviter le ridicule. Tel a été parmi nous le sôi^ lftj|^AIcmbert et de tant d’autres qui valent moins que
Ce qui distingue les nations sous le^^Hrab de la peinture, de la musique, de l’architecture, etc., c’^^^lus ou moins grand nombre de sensations pures et spontanées que les individus même vulgaires de ces nations reçoivent de ces arts*. Des gens qui aimeraient passionnément une mauvaise musique, seraient plus près du bon goût que des hommes, sages qui aiment avec bon sens, raison et modération, la musique la plus parfaite qui fut jamais. C’est ainsi qu’un prêtre aimera mieux un sectateur fanatique, superstitieux et furieux du dieu Fo, du dieu Àpis, ou de telle autre divinité ridicule, qu’un philosophe parfaitement raisonnable, ami avant tout du bonheur des hommes, quel que soit le moyen qui le procure, et qui par les lumières de son esprit sera arrivé à la connaissance d’un dieu unique, rémunérateur et vengeur.
Canova racontait une petite anecdote qu’il tenait d’un de ses admirateurs d’Amériqi^ U s’agit d’un sauvage qui, il y a quel-
Il celai-ci rte ne pas mettre rtans son ehanl, et dd^p ^ '
l’agilité; an jonr, à ce propos, -ifâ voila le ba.itre. J’ai vu Davide’^le (|||||^^ter an théâtre de Lodi en <820; il avait, rti?ail-nn , soixante-dix ans. K lilmït^crgamc, ainsi que le lion Mayer, l’autear (le fi/nerra rf«'Sfo.:/VT. . » ■ '
t ~ Les peuples entre la Meuse et la Loire sentent fort peu la iiiusiiiue; le sciitinicut rtc cet art renaît déjà vers Toulouse comme rtans les environs rte Cologne.- '
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ques anuées , se trouva vis-à>vis d'une té|e à perruque, à Cin- dnnati. Canova moutrait un petit écrit de liuit lignes; c'était la traduction des expressions d’étonnement et d'entliousiasiue qui échappèrent au sauvage à la vue de cette tête de bois , la première imitation de la figure humaine qu’il eût jamais rencontrée. Ce que la modestie de Canova, le plus doux et le plus simple des hommes, l’empêchait d'ajouter, nous le disions pour lui. Du homme de goût, envoyant son groupe sublime de Vénus et Adottis chez M. le marquis Berio à Naples, où le grand sculpteur nous montre la déesse agitée d’un pressentiment funeste en disant le dernier adieu à son amant qui part pour la chasse où il doit périr ; un homme du goût le plus délicat , en voyant ce chefd’œuvre admirable de la grâce la plus divine et du sentiment le plus fin exprime son admiration précisément dans les mêmes termes que le sauvage. C’est que dans le fait, l'admiration ex< trême de ces deux hoiumes , l’effet produit sur leur âme estabsolument le même ;^il n’y a d'exception que dans le Cas trop commun où l'admirateur de Canova se trouve être un pédant, qui vent d’abord se faire admirer. Toute la différence est dans Vobjei extérieur qui excite le même degré d’admiration et de ravissement chez des êtres' d'ailleurs si différents. 11 est trop évident que les paroles d’admiration dans les arts ne prouvent jamais que le degré de ravissement de l'homme qui admire, et nullement le degré de mérite de la chose admirée.
Lorsqu’un homme vous dit qu’il admire une grande cantatrice, madame Belloc ou mademoiselle Marini (cette dernière est pour moi le plus beau contralto existant) , la première chose dont il faut s’enquérir, c’est si cet homme est né dans une religion où l’on chante bien à l’église. Supposons l’homme le plus susceptible d'étre ravi par les sons; s’il est né à Nevers, comment voulezvous qu’il admire Davide? H aimera mieux Dérivis ou Nourrit.
1. C’est par le mounetMnl que la ronsique élève l’imejasqu'aux sentiments les plus délicats, et parvient à les rendre sensibles è deaijeux souvent assez grossiers. Un gros millionnaire, ému, arrive è. sentir nu instaat eoipin^un homme d'esprit.
Cest firVimnobilUé que la sculpture parviéfetè fatr$ éôncevoir ce même sentiment ' délîcap Rossini avait promis, un soir qq'it Alsiflbnfi^, de traduire par un beau dneite groupe sublime de Vénus et Adonis dmirions 0 la tueur d’une
torche. Je me souviens que le marquis Berio le ût J^r |>ar les mines de Pergulése.
J’oserai peut-être imprimer iiu Jour uti traité sur le beau idéal dans tous les atts. (Vest uu ouvrage de deux cents pages, assez inintelligible, et surtout manquant tout a Tait de trattsitious comme le précédent chapitre.
C’est tout simple, les trois quarts des fioriture que fait Davide lui sout invisibles. L’habitant de Nevers, fort estimable d’ailleurê, qui dans sa ville n’a pas l’occasion d’entendre bien chanter quatre fois par an , sera pour Davide comme nous étions à Berlin pour un peintre qui , dans un iliorceau d’ivoire grand comme une pièce de vingt francs , avait représenté la bataille de Torgau, l'une des victoires du grand Frédéric. Avec nos yeux noh atirtés du secours d’une loupe, nous n’y pouvions rien distinguer. La loupe qui manque à l’habitant de Nevers, c’est le plaisir d’avoir applaudi à cinquante représentations du Barbier de Séville, chanté par la voix superbe de madame Fodor. Le jeune Allemand de la petite ville de Sagan , en SUésié, entend chanter deux fois la semaine à l’église et dons tes rj||^-de sa ville, de la musique écrite sans génie, si l’on veut ^ mais exécutée avec netteté et précision , qualités qui sufllsent pour l’éducation de l’oreille. Voilà ce qui manque entièrement à l’habitant de Nevers , ville d’ailleurs bien plus grande et bien plus importante que Sagan.