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dants ; si le compositeur n'évite pas avec le plus grand soin ces moyens de mélodie, ses chants dans l'exécution peuvent arriver à ce point de ridicule , d’exprimer tout le contraire de ce qu’il aura voulu dire. Si l’on veut me passer un peu de simplicité dans l’expression et même dans les idées, je vais expliquer fort clairement ma pensée. Pour représenter aux yeux de l’âme la chute rapide et non interrompue des eaux du ciel, ou l’ordre qu’un despote de l’Orient donne à l’un de ses esclaves de disparaître à l’instant de sa présence, le maestro aura orné sa cantiléue d’une volata discendente ; rien de mieux dans la partition. Arrive le grand Jour de la première représentation, et le chanteur malhabile, au lieu de nous présenter l’idée d’un roi tout-puissant qui donne un ordre respecté, fera penser toute une salle à la fois à la colère risible d’un vieux procureur bègue, se mettant en fureur au fond de son étude. S’il ne tombe pas jusqu’à ce degré de ridicule, du moins sa volute étant mal exécutée, l’idée de rapidité ne s’offrira pas à l’auditeur, et l'ordre terrible du despote qui veut que l’on diparaisse à l’instant de sa présence, ne sera plus qu’une invitation fort modérée de quitter la cour quand cela sera commode au personnage exilé. Je prie de remarquer qu’il n’est pas un seul des ornements exécutés par la voix de Velluti, sur lequel on ne puisse établir un raisonnement analogue. A chaque instant, loin de l’Italie, je vois dire à la musique de Rossini presque le contraire de ce qu’il a voulu exprimer ; c’est que sa partition a forcé le chanteur à faire tel ou tel ornement auquel souvent sa voix ne peut pas atteindre. Alors je n’entends qu’à demi ou aux trois quarts telle cantilène de Rossini que j’ai dans l’oreille. On sent que le système de la musique am-ienne ne créait pas la possibilité d’un tel inconvénient. Après l’obstacle facile à éviter de quelques sons extrêmement élevés (obstacle provenant de la voix extraordinaire de l’artiste pour qui le compositeur avait écrit), les chanteurs se trouvaient tout à fait les maîtres de faire usage des seuls ornements de l’effet desquels ils étaient sûrs ; et rien ne les empêchait de présenter à l’admiration du spectateur les beautés individuelles de leur voix et de leur talent.
Quelque dilettante instruit et qui se sera donné le plaisir d’étudier les voix des chanteurs qui ont paru dans les neuf opéras écrits à Ilaples par Rossini , m’objectera que souvent ce maître n’a pas tiré parti de tous les avantages que présentait le genre de
ŒUVRES DE STENDHAL
voix particulier à chacun d’eux. Je n’ai rien à répondre, si ce n’est qu’apparemment le compositeur était amoureux de sa prima donna, et ne voulait pas qu’elle fût éclipsée.
A cette e.xceptton près, le chant de Rossini dans ses opéras de Naples est la biographie uon-seulemeut de la voix de mademoiselle Colhrand, mais encore de celles de Nozzari, de Davide, de madame Pisaroni, etc. On voit dans ces partitions -que tous les ornements que les chanteurs pouvaient autrefois appliquer ad libitum, sont devenu? parties constitutives, nécessaires et indispensables des chants de Rossini : or, comment parvenir à rendre ces chants, lorsque le chanteur n’a pas dans la voix le même genre de facilité que Nozzari ou Davide?
Les opéras de la seconde manière de Rossini ne sont jamais ennuyeux comme un opéra vide de Mayer, par exemple ; mais ils ne produisent l’effet enchanteur qu’ils obtinrent à Naples que quand, par hasard, ils rencontrent un chanteur qui a précisément dans la voix le même genre d' agréments et de jacilité que l’artiste pour lequel le rôle a été écrit.
On voit comment tel opéra qui a eu un succès fou à Naples peut sembler fort ennuyeux à Louvois. Les deux publics ont raison ; et il n’est point nécessaire d’aller chercher bien loin des causes métaphysiques pour cet effet tout simple. Le tort est tout entier aux directeurs. Quoi de plus impertinent , par exemple, que la dernière reprise des lloraces’l En Italie, on eût demandé les directeurs du théâtre, et ils auraient paru sur la scène pour y être sifllés en leur nom ' .
Quel que soit le système adopté par Rossini, à force de génie, d’imagination et de rapidité, il n’est jamais ennuyeux ; mais figurez-vous le singulier effet de la musique de ses imitateurs lorsqu’elle vient à être jouée dans un autre théâtre que celui pour lequel ils ont travaillé. Ainsi' que la musique de Rossini, elle est presque entièrement tisslie avec les agréments qu’exécutent bien les chanteurs pour lesquels ils ont écrit, agréments desquels ils ont fait des motifs. Ces motifs étant mal exécutés par des chanteurs dont la voix s’y refuse , on arrive à ce degré de médiocrité intolérable dans les beaux-arts et dans la musique plus que partout ailleurs.
Il va sans dire que toutes ces. critiques du système de Ros-
1 . Un entrepreneur n’eftt jamais en l’andacé de donner les Ilaraees avec les voix qn’on nods a présentées. Il faut meure LbuVois en entreprise comme la Seala.
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sini ne s’appliquent nullement aux temps heureux où il écrivait :
Ecco pietosa !
Di lanli palpiti,
Pien (U contento ii seun ;
Non t ver mio ben , ch’ io raora Se ta in’ ami , o mia regina , etc.
Ce qu’il y a d’affreux, c’est que s’il eût continué à marcher dans la même route, probablement il eût fait encore mieux que ces airs sublimes. Il est un peu revenu vers le temps de sa jeunesse dans quelques airs de la Donna del Logo; il a été vraiment ossianique. Mais cet opéra est beaucoup plus* épique que dramatigue.
Ai-je besoin de répéter que Velluti, je prince des chanteurs actuels, tout en exécutant les difficultés les plus étonnantes, abuse souvent de ses moyens au point d’opprimer les chants du maestro, et de les rendre fort difficiles à reconnaître? Jamais Velluti ne donne le plaisir d’entendre un chant simple. Il ne chante presque jamais la musique de Rossini. Velluti veut avant tout voir des transports d’admiration dans la salle ; il y est accoutumé. Or, il ne peut pas, par exemple, exécuter les scale in giù (les gammes en montant), ornement si facile à mademoiselle Colbrand et si prodigué pour elle. Il suit de là que toute la musique écrite pour mademoiselle Colbrand ou ne peut être exécutée pai' Velluti, ou ne produirait qu’un effet médiocre, et n’aurait pour tout résultat qu’un succès d’estime.