‹ Vie de Rossini par De StendhalChapitre 64 sur 84 · DE HUIT OPÉRAS DE BOSSINI · texte numérisé non relu

DE HUIT OPÉRAS DE BOSSINI

Il y a plusieurs opéras de Rossini desquels je dirai fort peu de chose; je ne les ai jamais vus, ou bien ils sont inconnus à Taris.

Le chaut

O crnde stellc ! • < '

A' Adélaïde di Borgogna ioué à Rome en 1818, est admirable comme faisant beaucoup de plaisir et comme ' peignant juste le désespoir dans un cœur de seize aus ( le désespoir de miss Ashton de Walter Scott). — Quel sens peut avoir une telle phrase pour le lecteitr, qui voit peut-être pour la première fois le nom ÿ Adélaïde di Borgogna'?

Armida fut donnée à Naples pendant l’automne de 1817. Nozzari faisait Renaud , et mademoiselle COlbrand Armide. L*opéra eut un brillant succès; on y trouve un des pins beaux duetti de Rossini , peut-être le plus célèbre dë tous :

Amor, pnsscnte nume I - ' ‘ .

L’extrême volupté qui , aux dépens du sentiment, fait souvent le fond des plus beaux airs de Rossini, est tellement frappante dans le duetto d’ Armide, qu’un dimanche matin qu’il avait été exécuté d’une manière vraiment sublime au Casiu de Bologne, je vis les femmes embarrassées de le louer. On dirait que ce duetto est d’un commençant; il y a des longueurs vers la fin de la première partie. Malgré son grand succès à Naples, il ne paraît pas que cet opéra ait été donné sur d’autres théâtres. L’auteur du libretto laisse janguir Tintérêt, et il a gâté d’une manière pitoyable le beau récit du Tasse- Il y a de beaulfidiœurs.

liicciardo e Zoraïde (automne 1818)'. Davide, Nozzari et mademoiselle Colbrand. Le libretto est du feu marquis Berio, l’un des hommes les plus aimables de Naples; c’est un morceau du

UEUVRES DE STENDHAL.

poème de Ricciardetto ; les noms seuls sont changés. J’ai peu vu cet opéra, je me souviens seulement d’un fort grand succès. On - applaudit beaucoup, au premier acte, le duetto de mesdemoiselles Colbrand et Pisaroni ,

lu van la Ougi ingrala !

le terzetto eutre les mêmes cantatrices, et Nozzari ,

Cruda sorte,

la cavatine de Davide ,

Frena o ciel I

et dans le second acte , le duetto ,

Ricciardo elle vega?

Style est magnifique, orieutal, passionné; cet opéra n’a point d’ouverture. Ce genre de travail contrarie Rossini, qui prouve par de beaux raisonnements qu’il ne faut pas d'ouvertures.

L’Ebhione, 1819, n’eut qu’un succès partiel; on n’applaudit que certains morceaux. C’était un essai , Rossini avait voulu tenter le genre de l’opéra français.

Maohetto S£CO>do, 1820. Je n'ai pas vu cet opéra. On m’écrivit dans le temps qu’il avait du succès. Il y a des morceaux d’ensemble fort remarquables Le libretto, est ce me semble, de M. le duc de Ventignagno qui passe à Naples pour le premier faiseur de tragédies du roy.aume. Galli fut superbe dans le rôle de Maometio.

Mathilde di Shabrax. Roipe, 1821. Au théâtre d'Âpollo, la jolie Lîparini éxa\t prima donna. Libretto exécrable et jolie musique. Tel fut le jugement du publie.

Zelmira, jouée à Naples en 1822, a fait fureur à Vienne comme à Naples. Rossini, dans cet opéra, s’est éloigné le plus possible du style de Tancrède et de \ Aureliano in Palmira ; c’est ainsi que Mozart, dans ^ Clémence de Titus, s’est éloigné du style de Don Ciovaniii. Cto deux hommes de génie ont marché en sens inverse. Mozart aurait fini par s’italianiser tout h fait. Rossini Gnira peut-être par être plus allemand que Beethoven.

J’ai entendu chanter Zelmire au piano *, mais ne l’ayant pas vue au théâtre, je n’ose en juger.

Le degré de germanisme de Zelmire n’est rien en-comparaison de la Semiramide que Rossini a donnée à Venise en 1823. Il me semble que Rossini a commis une erreur de géographie. Cet opéra, qui à Venise n’a évité les sifflets qu’à cause du grand nom de Rossini , eût peut-être semblé sublime à Kœnigsberg ou à Berlin; je me console facilement de ne l’avoir pas vu au théâtre; ce que j'en ai entendu chanter au piano ne m'a fait aucun plaisir '.

La Donna del Logo, Ricciardo e Zoraïda, Zehnira, Semiramide et quelques autres opéras de Rossini ne peuvent pas se I donner à Paris, à cause du manque d’une voix de contralto assez

habile pour pouvoir chanter la musique écrite pour mademoi- . selle Pisaroni *.

Je ne conseillerais pas d’essayer ces opéras à Louvois. Les plus beaux morceaux ont été intercalés dans d’autres pièces; par exemple, l’air de la Donna del Lago,

^ . Oh ! quanie lagrime,

placé par madame Pasta dans Ofc//o peut-être aussi que la musique de ces opéras semblerait faible après Olello et Mofè.

Je me bâte d’ajouter que je n'entends nullement parler de la Donna del Lago, partition originale et superbe dans laquelle, pour la première fois de sa vie peut-être , Rossini a été inspiré par son libretto. Cet opéra triompherait de tous les obstacles, mais il faut des décorations faites par des peintres arrivant d’Italie. Les scene ridicules que nous venons de voir à la reprise des Horaces, amèneraient une chute complète pour la Donna del Lago, qui exige un peu l’illusion des yeux. Il faut d’ailleurs un grand théâtre à cause des évolutions militaires et des chœurs de bardes. Au génie près, cet opéra est comme les Dardes de M. Lesueur.

Nous eûmes à Naples, en 1819 je crois, une messe de Rossini, qui employa trois jours à donner l’apparence de chant d’église à

t. Tel (le DOS voisins qui préfère Uosè X Tancrède, aimera niienx la Semiramide y e sempre bene; si nous sommes de bonne foi , nous avons ions deux raison.

S. Il existe sans doute des voix de cuniraito en France; mais, dès qu’une jeune personne ne peut pas monter au sol ou an la , on dit ièi qu’elle u'a pas de voix. Voir un fort bon article de .M*** dans les Débats de juillet 1823.

ŒUVRES DK STENDHAL.

ses plus beaux motifs. Ce fut un spectacle délicieux ; uous vîmes passer successivement sous nos yeux, et avec une forme un peu différente qui donnait du piquant aux reconnaissances, tous les airs sublimes du grand compositeur. Un des prêtres s’écria au sérieux : « Rossiiii, si tu frappes à la porte du paradis avec cette « messe, malgré tous tes péchés saint Pierre ne pourra pas s’em- « pêcher de t’ouvrir. » Ce mot est délicieux' en napolitain à cause de sa grotesque énergie.

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