XX STENDHAL ET ROSSINX
excellent violon et ami intime de Rossini. Beyle chez les Mombelli put entendre conter mainte aventure de jeunesse de Rossini et se divertir à voir le père Mombelli qui, au temps de sa gloire, avait a vécu à tu et à toi » avec Cimarosa, Sacchini et PaesiellOy déclamer contre « les ornements et la sauce piquante à la Rossini ».
C'est seulement au mois de novembre 1819, que Beyle fut présenté à Rossini que par ouï-dire il connaissait déjà si bien. Le causeur Tamusa, l'homme lui fut antipathique. Tant d'esprit, de verve, d'entrain, de malice, ne pouvaient le laisser indifférent. D prenait un vif plaisir à l'observer, à écouter ses discussions avec Monti et il accueillait comme des oracles ses observations et ses critiques en matière de musique, mais le grossier épicurisme du viveur lui répugnait. Il était choqué de trouver un homme qui appliquât les principes du « beylisme » jusqu'en leurs dernières conséquences* Beyle formulait bien la théorie de la chasse au bonheur et professait que chacun devait prendre son plaisir où il le trouvait ; mais en fait, il n'éprouvait pas grande sympathie pour ceux qui se contentaient trop facilement. Lui qui précisément à cette époque et en dépit de ses lettres truculentes à son ami de Mareste, souffrait cruellement de son amour si élevé pour Mathilde Dembowska-Yiscontini, s'étonnait qu'un artiste comme Rossini pût borner ses désirs à se faire courtiser et choyer
PRÉFACE XXP
par plusieurs femmes à la fois, les plantant là sans> façon lorsqu'il en avait assez, « mangeant comme trois ogres vingt beefsteaks par jour », économisant, liardant, thésaurisant, se faisant entretenir par Tamant de sa maîtresse, bref vivant comme « un porc dégoûtant ». Il y avait aussi dans le caractère de Partiste bien des choses que Beyle ne pouvait admettre. Rossini ne cachait pas qu'il n'écrivait des opéras que pour gagner sa vie et que s'il parvenait à se constituer des rentes, il comptait bien laisser la musique et se reposer. On est allé chercher bien loin les raisons pour lesquelles Rossini avait cessé de composer après Guillaume Tell. U suffit d'ouvrir la correspondance de Stendhal. On y lit
à la date du 2 novembre 1819, dans ime lettre à Mareste : a J'ai vu Rossini hier à son arrivée ;. il aura vingt-huit ans au mois d'avril prochain ; il veut cesser de travailler à trente ans. » Dix ans plus tard, Rossini s' étant assuré les revenus qui lui étaient nécessaires, réalisait le rêve de sa vie : il brisait sa plume et se consacrait aux douceurs de la gastronomie. Cette décision, si elle stupéfia le grand public, ne dut que médiocrement étonner Stendhal. Lui qui cultivait les lettres par amour des lettres et surtout par amour des idées qu'il voulait exprimer, ne pouvait approuver une pareille conception du rôle de l'artiste. La chasse au bonheur teUe que la pratiquait Rossini lui devait apparaître comme une caricature de ses théories les plus chères*
RottlNI I. B.