VI STENDHAL ET ROSSINI
journal, je m'en suis saturé et j'ai eu tort. Mais, en fait, ce Stendhal est un insolent qui a raison avec trop de hauteur et parfois déraisonne I » ^
Certes, il déraisonne, mais souvent — et c'est bien ainsi que l'entendait Delacroix — c'est alors qu'il a le plus raison. Et puis, que d'aperçus lumineux, que de vues prophétiques sur l'avenir de l'Art, n prédit notamment, avec une sûreté étonnante, dès 1824, la fusion dans le grand opéra français des esthétiques opposées d'Italie et d'Allemagne, que devait réaliser Rossini avec Guillaume TeUj cinq ans plus tard : « Ces deux grands courants -d'opinions et de plaisirs différents, représentés aujourd'hui par Rossini et Weber, vont probablement se confondre pour ne former qu'une seule école, et leur réunion à jamais mémorable, doit peut-être avoir lieu sous nos yeux, dans ce Paris qui, malgré les censeurs et les rigueurs, est plus que jamais la capitale de l'Europe. »
Si l'on passe sur quelques boutades, quelques traits de plume hasardés, on est frappé de la justesse des jugements qu'il porte sur les musiciens •de son temps. Nul peut-être n'a parlé avec plus de tendresse et de sensibihté de Mozart. Pour Rossini,
on s'étonne à la fois de ses critiques et de ses en-
thousiasmes, car, hélas, qui connaît aujourd'hui Hossini ? J'entends le Rossini qu'aimait Stendhal»