Voir VAriaxerce de Métastase, le chef-d'œuvre de VincL
3. Dans le genre pathétique, on n'a jamais surpassé l'air : S€ cerea, se diee *, de VOlympiade, La Servants MaUresss «st un opéra bu£ta admirable ; il ne faudrait qu'y mettre des accompagnements et en ôter les récitatifs, pour faire «courir tout Paris. Voilà un grand avantage des nations étrangères, les chants de Pergolèse n'ont pas pour elles le ridicule d'être des choses passèss de mods.
Les portraits de nos grands-pèreSj avec leurs habits
doux, les mélodies les plus suaves, les cantilène» les plus voluptueuses dont il ait été donné à roreillehumaine d'avoir la jouissance.
Je supprime les détails historiques *, qui, en arrêtant l'attention, diminueraient la clarté du point de vue général que je veux faire remarquer au lecteur.
De 1730 à 1823, le peuple musical, semblableà un jeune enfant qui devient un brillant jeune homme, et ensuite un vieillard un peu blasé, s'est toujours éloigné du genre doux et suave, pour courir au genre piquant et fort. On pourrait dire qu'il a laissé les pèches et leur délicieux parfum pour demander du saur-craut^ des sauces épicées et du kirsch-wasser, aux grands compositeurs chargés de ses plaisirs, et qu'il paie avec de la gloire. Toutes ces comparaisons ne sont pas bien nobles, je l'avoue,^ mais elles me semblent claires.
Cette révolution, qui occupe un intervalle de quatre-vingt-dix ans dans les annales de l'esprit humain, a eu des périodes difiPérentes et successives *• Où s'arrètera-t-elle ? Je l'ignore : tout ce que je sais, c'est qu'à chaque période (et chacune d'elles * a duré douze ou quinze ans, à peu près le temps qu'un grand compositeur est à la mode), à chaque
brodés à la Louis XV, sont ridicules ; les fraises et les de nos aïeux du temps de François I*' nous les rendent ai», contraire vénérables, dans ces grands portraits qui nous* regardent d'un air sévère.
période, dis- je, on a cru être arrivé au terme de la révolution.
Moi-même, je suis probablement aussi dupe de mes sensations qu'aucun de mes devanciers, en proclamant que la perfection de l'union de la mélodie * antique avec Tharmonie moderne, c'est le style de Tancrède, Je suis la dupe d'un magicien qma do nné les plaisirs les plus vifs à ma première ^y^ j eunesse, et, par contre-coup, je suis injuste envers la Gazza ladra et Otelloy qui me présentent des sensations moins douces, moins enchanteresses, mais plus piquantes et peut-être plus fortes.
Je prie le lecteur d'avoir cette profession de foi sous les yeux, toutes les fois que je me sers des mots délicieux, aublimef parfait. Dans les moments de froide philosophie et de respect pour les gens secs, je sens bien tout le ridicule dont ces mots sont susceptibles, mais je les emploie pour abréger.
On dit en France, pour indiquer une nuance d'opinion : c*est un patriote de 89\ \^ me dénonce moi-même comme étant un Roaainiste de 1816.
Ce fut l'année où l'on admira le plus en Italie le style et la musique de Tancrède \
Un amateur de 1780, préférant à tout, comme de juste, le style de Paesiello et de Cimarosa, trouverait
1. En musique tout comme en littérature, un ouvrage peut aToir un fort bon êtyle et des idées assez communes, et idce-^feraa. Je préfère le êtyle de Rossini, mais je trouve plus de génie à Cimarosa. Le premier finale du Matrimonio eegreto omre la perfection du atyU et des idieê.
probablement Tancrède aussi bruyant et aussi surchargé d'effets d'orchestre que me semblent l'être Otello et la Gazza Icidra.
Loin de prétendre à une impartialité ridicule et impossible dans les arts, je proclame hardiment ua principe qui me semble, du reste, tout à fait à^ a^ mode : je me déclare partial. L'impartialité dans
les arts est, co mme la raison en amour, le partage des cœurs froids ou faiblement épris . Je s uis d onc partial autant que peut l'être un bon homme dg lettres, La différence, c'est que je ne veux fair e pendre person ne, pas même M, M aria W eber. l'auteur du FreischiUz, l'opéra allemand qui fait fureur dans ce moment aux rives de la Sprée et de l'Oder.
Un partisan du Freischiitz verra en moi un bon homme impossible à ennuyer, et qui a ses raisons pour admirer le genre simple. Il m'appliquera la phrase que je fais plus ou moins jolie^ suivant que je suis plus ou moins bien né, et dont je me sers pour énoncer mon opinion sur les gens que charmait, vers l'an 1750, un opéra comique de Galuppi, avec ses longs récitatifs.
Je crois que, pour être clair, je n'ai rien de mieux à faire que de placer ici la liste des enchanteurs qui ont passé successivement en Italie pour avoir atteint le dernier terme de l'art et la perfection du vrai beau.
A chaque nouveau génie qui paraissait, il s'engageait une dispute générale fort vive, et surtout
impossible à terminer, entre les gens de quarante ans qui avaient vu de meilleurs temps ^ et les jeunes gens de vingt ; car un homme de talent écrit toujours dans le style (dans le mélange proportionnel <ie mélodie et d'harmonie) qu'il trouve à la mode à son entrée dans le monde ^.
Voici la liste des grands artistes * dont le nom a successivement servi d'anathèmes pour leurs ^successeurs immédiats :
Porpora briUa en 1710. *
Durante 1718.
Léo 1725.
Galuppi, surnommé il BuraneUo, parce qu'il était de la petite île de Burano, à une portée de canon de
Venise 1728.
Pergolèse 1730.
Vinci 1730.
Hasse 1730.
JomelU 1739.
Logroscino, l'inventeur des finales. . . 1739.
1. Ai^ir du goût, même en littérature, veut toujours •dire habiller ses idées à la dernière mode, à la dernière mode de la très bonne compagnie. M. l'abbé Delille avait un goût parfait en 1786.
2. Souvent les premiers opéras d'un maestro restent les meilleurs. Le génie musical se développe de fort bonne heure ; mais il faut bien accorder quatre ou cinq ans à l'opinion publique pour qu'un compositeur fasse décidément négliger l'homme de talent qui l'a précédé. Je pense que c'est vers l'âge de vingt-cinq ans que les compositeurs célèbres, dont Je donne la liste, ont commencé à être fort à la mode.
Guglielmi, créateur de l'opéra buffa. . 1752.
Pîccîni 1753.
Sacchini 1760.
Sarti 1755.
Paesiello 1766.
Anfossi 1761.
Traetta 1763.
ZingareUi 1778.
Mayer 1800.
Cimarosa 1790.
Mosca 1800.
Paër 1802.
Pavesî 1802.
Generali 1800.
Mozart )
Je mets ces deux grands noms ensemble ; par Tefifet combiné de l'éloignement des lieux, de la difficulté de lire Mozart, et du mépris des Italiens pour les artistes étrangers, on peut dire que Mozart et Rossini ont débuté ensemble en Italie vers l'an 1812.
Aujourd'hui il y a un maestro qui fait oublier l'auteur de Tancrède : c'est celui de la Gazza ladrUf de Zelmire, de Sémiramis, de Mosè, d!Otello ; c'est le Rossini de 1820 K