‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilettante;Chapitre 7 sur 87 · XIV STENDHAL ET ROSSINI · texte numérisé non relu

XIV STENDHAL ET ROSSINI

Tossinien », cependant qu'auprès de ses amis de Paris il se faisait l'apAtre de la musique nouvelle.

A mieux connaître les opéras de Rossini, il en vint à les aimer. A dire vrai, il fut toujours, selon son expression, un « rossiniste de 1815 ». Admirateur passionné de Tancrediy de Vltaliana in Algérie 4e la Pietra di Paragone^ du Turco in Italia et même, bien que modérément, du Barhiere^ il n'admit jamais les œuvres de la période napolitaine. Des passages à*Otello, de Mosèf l'émurent profondément, mais, dans l'ensemble, il n'admira jamais entièrement ces opéras où l'influence de la symphonie allemande lui paraissait s'exercer au détriment de la qualité de la mélodie italienne. Il ne put jamais pardonner à Rossini l'écriture vocale de ses dernières compositions, les vocalises en batteries de •clarinette et les ornements fondus dans la ligne mélodique.

Malgré ses réserves, malgré ses résistances, son rgoût évoluait presqu'à son insu. Un jour, il s'aperçut avec douleur que la musique de Cimarosa ne prj- •duisait plus sur lui le même effet que jadis. Les sentiments, les passions lui parurent exprimés « à l'eau de rose » et il dut convenir que si son musicien préféré avait a plus d'idées et surtout de bien meilleures idées que Rossini », en revanche, Rossini avait une tout autre maîtrise de style. Même <iésiUusion pour Paesiello. C'était charmant, exquis, mais au bout d'une demi-beure de délices, on se

PRÉFACE XV

surprenait à bftiller \ Seul, son culte pour Mozart demeura intact, ne subit aucune atteinte de son goût très vif pour Rossini.

Dans son style, Beyle eût dit qu'il éprouvait pour Mozart rAmour-passion, dans toute sa beauté, sa grandeur, sa pureté, et que, pour Rossini, il ne ressentait que de F Amour-goût, sans se laisser aveugler en rien sur les défauts de celui qui en était l'objet.

Si Beyle se montrait indulgent pour les fautes^ d'orthographe harmonique qui mettaient en émoi les pédants et les cuistres d'Italie, de France et d'Allemagne, en revanche, il pardonnait difficile* ment à Rossini sa paresse, ses négligences, ses continuelles répétitions, ses erreurs de sens ou de goût. En amant désabusé, s'il vante la musique à la mode, il ne manque pas de mêler à ses louanges, quelques observations désagréables. Or, les défauts qu'il relève sont précisément ceux dans lesquels il tombe, lui, Stendhal. Telle critique qu'il destine à Rossini pourrait sans plus s'appliquer à luimême ^. Il lui reproche d'écrire un opéra comme une

1. Dans les Notes d'un dilettanUf Stendhal écrit k propos de la Nina Pazza : « Malheureusement la pièce est bien en» nuyeuse et la musique mélancolique de Paesiello bien pâle pour nous qui entendons quelquefois Don Juan et Coai fan tuUe » (18 novembre 1824). u,

2. Stendhal semble avoir eu conscience de cette 8imiti-\ tude. Il confie dans Henri Brulard : « J'écris ceci et j'ai ' toujours tout écrit comme Rossini écrit la musique ; j'y , pense, écrivant chaque matin ce qui se trouve devant mor' dans le libretto ». [Vie de Henri Brulard^ II, 203.)

Page 1