‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 101 sur 122 · NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE MOZART · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE MOZART

Les Italiens se moquent beaucoup des Allemands ; ils les trouvent stupides, et en font cent contes plaisants. J'offensais le patriotisme d'antichambre et me faisais des ennemis, lorsque je leur disais : qu'avez-vous produit dans le xviii^ siècle d'égal à Mozart, à Frédéric le Grand et à Catherine ?

Wolfgang Mozart, celui des hommes chez qui la présence du génie a été le moins voilée par les intérêts prosaïques de la vie, naquit à Salzbourg, jolie petite ville située au milieu des montagnes pittoresques et «ouvertes de forêts, qui forment au nord le revers des Alpes d'Italie. Il fut un enfant célèbre ; dès l'âge de six ans, son père le promenait en Europe pour tirer parti de son habileté étonnante sur le piano.

Mozart vécut à Munich, où il se maria, et à Vienne,

1. Cette notice se trouve dans la deuxième édition de la \'ie de Roasini (1824) à la suite de la préface ; elle est paginée IX-Xil. Nous aous abstenons de rectifier les erreurs de dates qui s'y rencontrent.

OÙ il fut toujours fort mal payé par Joseph II, qui affectait de préférer la musique italienne.

Il nous reste de Mozart neuf opéras avec des paroles italiennes :

La Finta semplice.

Mithridate, Milan, 1770.

Lucio Silla, Milan, 1773.

Ce sont deux ouvrages probablement médiocres et savants pour l'année 1773. Mozart, à l'âge de dix-sept ans, aurait-il osé s'écarter du style à la mode ? C'eût, été l'infaillible moyen de se faire siffler par les amateurs à goût appris, qui partout forment l'immense majorité et la majorité bruyante. C'est surtout à cause de ces gens-là qu'il serait utile que, dans les discussions sur les arts, les journaux eussent le sens commun.

La Giardiniera.

Idomeneo.

Mozart écrivit cet opéra à Munich en 1781 ; il était alors éperdument amoureux. Je ne connais pas assez: Idoménée pour dire si l'on y trouve une nuance particulière de tendresse et de mélancolie.

Le Nozze di Figaro, 1787.

Don Giovanni, Prague, 1787.

Je trouvai à Dresde, en 1813, le vieux bouffe Bassi, pour lequel avaient été écrits, vingt-six ans auparavant, les rôles de Don Juan et du Comte dans les Nozze di Figaro. On se moquerait de moi si je parlais de la curiosité respectueuse avec laquelle je cherchais à faire parler ce bon vieillard. Monsieur Mozart, me répondait-il,, (quel plaisir d'entendre dire Monsieur Mozart !) Monsieur Mozart était un homme extrêmement original, fort distrait, et qui ne manquait pas de fierté ; il avait beaucoup de succès auprès des dames, quoiqu'il fût de petite taille ; mais il possédait une figure fort singu-

lière et des yeux qui jetaient un sort sur les femmes. A ce propos M. Bassi me raconta trois ou quatre petites anecdotes que je ne placerai pas ici.

Cosi fan tutte, opéra huffa.

L'air la mia Doralice du ténor est rempli de grâce : €ela est bien autrement touchant que les plus jolies choses de Paesiello ; le finale surtout est délicieux à cause d'une certaine langueur voluptueuse qui forme le vrai caractère du style de Mozart, quand il n'est pas fort et terrible. C'est à cause de ces deux qualités réunies, le terrible et la volupté tendre que Mozart est si singulier parmi les artistes ; Michel-Ange n'est que terrible, le Corrège n'est que tendre ^

La Clemenza di Tito, 1792.

Je ne sais si c'est à cause du goût affiché par Joseph II, *Tnais Mozart, à la fin de sa carrière, s'italianisait d'une manière sensible. Il y a une distance immense de Don Juan à la Clemenza.

Mozart a laissé trois opéras allemands :

\J Enlèvement du Sérail, 1782.

Le Directeur de Troupe, €t le chef-d'œuvre intitulé :

La Flûte erichantée, 1792.

Le poème a ce degré de charmante extravagance et de singularité piquante qui prépare un triomphe facile aux littérateurs français, mais que nous avons dit si souvent être favorable aux effets de la musique. Cet art se charge d'ennoblir et de singulariser même les extravagances d'un génie vulgaire.

1. Le finale dont je parle rend sensible cette vérité, que la tranquillité est la condition essentielle d'un certain genre de beauté, par •exemple la beauté de Dresde durant une belle journée d'automne. Ce finale est l'un des morceaux où la musique se rapproche le plus de la sculpture antique vue à Rome dans un musée solitaire et silencieux. (Note de Stendhal).

Mozart a laissé un nombre presque infini de chansons ^ de scènes détachées, de symphonies, et plusieurs messes, dont la plus célèbre est celle de Requiem, qu'il fit dans la persuasion qu'il travaillait pour ses propres funérailles, pressentiment qui fut accompli ; il crut que l'ange de la mort, caché sous la figure d'un vieillard, lui était venu commander cet ouvrage.

Mozart a su tirer un parti singulier des instruments à vent qui vont si bien à la mélancolie du Nord. Un petit morceau d'une symphonie de Mozart, orné par deux pages de phrases accessoires et explicatives, fera toujours une ouverture admirable pour tout opéra moderne. Né le 27 janvier 1756 Mozart cessa de vivre à Vienne le 5 décembre 1792 à trente-six ans. Si Mozart eût vécu en France, il n'y eût jamais eu de réputation, il était trop simple.

Les poétiques ne sont d'aucune utilité directe aux artistes qui doivent bien se garder de les lire ; il faut d'abord qu'elles agissent sur le public. Par exemple, s'il y avait en France une bonne théorie de la sculpture^ le public ne supporterait pas une statue de Louis XIV en perruque et les jambes nues.

NOTES D UNE ANCIENNE CANTATRICE SUR LE MAESTRO ROSSINI EN REPONSE A CE Qu'eN A ÉCRIT DURANT l'été DE l'aNNÉE 1822 LE JOURNALISTE ANGLAIS A PARIS, DONT l'aRTICLE A ÉTÉ REPRO- DUIT DANS UN JOURNAL DE MILAN DE LA MEME ANNÉE \

Je crois que ce nom suffira à éveiller la curiosité de tout le monde. Aucun artiste n'a jamais été l'objet d'autant de louanges et d'autant de critiques que ne l'a été Rossini. Et si ce seul nom ne suffît point à exciter la curiosité générale, je vous dirai bien vite que c'est une dame qui prend la plume pour le défendre contre de nombreux blâmes qui sans doute lui sont imputés à tort. J'ai éprouvé souvent l'envie de payer ce tribut à la Vérité. Ce n'est pas la difficulté de traiter un tel sujet qui m'a retenue jusqu'à ce jour, mais la crainte des indiscrets. En Italie, une dame qui écrit pour le public est un cas extraordinaire. J'aurai donc le courage d'élever la voix au milieu du silence de toutes et je parlerai de choses qui passionnent toutes les femmes italiennes, je veux dire de Rossini et de sa Musique. Je ne cherche pas les louanges, je n'ambitionne aucune récompense. J'écris pour rendre hommage à la Vérité.

1. Chez Sassi, Bologne, 1823. — V^oir notre préface. Nous imprimons en carac'èes romains les notes de la Righelti et en italiques celles du traducteur.

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Je veux mettre au point certains faits trop bizarrement racontés et crus sur parole avec une surprenante facilité et si je ne suis pas en état de citer des Auteurs et de me référer, comme font les savants, à la Musique des Grecs et des Egyptiens, je parlerai des œuvres modernes et dirai des choses, moi aussi, qui pourront mériter une certaine attention.

Un journal de Milan, paru au commencement de juin 1822, m'oblige à prendre la plume en faveur de Rossini. J'y trouvai tant d'inventions et tant d'er-^ reurs que ma bile s'en échauffa. Cependant je m'aperçus que le mal était fait et que tout le monde s'en amusait. M'étant rendue à Ravenne pour entendre la Morandi, la Mariani et Tacchinardi et étant entrée au café de la Place, j'eus peine à me contenir. Ces mes-^ sieurs riaient de tout leur cœur de l'adresse supposée que Rossini aurait mise sur les lettres destinées à sa mère. Que ne dirent-ils pas à ce sujet ! Je pris alors ma résolution : Il faut défendre, me dis-je, et la mère et le fils ! » Me voici donc prête à la lutte hardie. Laissons l'aiguille et entrons dans l'arène ^.

Je devrais transcrire ici l'article du journal de Milan. Je le ferai mais non de suite. Je le diviserai en chapitres que je ferai suivre de mes observations.

i. Calembour intraduisible : Lasciamo l'ago ed entriamo neiragone.

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