‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 102 sur 122 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« Le nouveau journal anglais qui se publie à Paris ■donne dii>ers renseignements sur la vie et la carrière musicale die Rossini. On les attribue à un ç^oyageur français qui eut Voccasion de le connaître et de Vobseri^er exactement. En voici la teneur par extraits :

Gioacchino Rossini est né à Pesaro dans le courant de Vannée 1791. // pouvait apprendre de son père bien des choses à l'exception de la musique. Son père l'instruisit dans la Religion catholique et lui fit lire V Arioste. On assure que le reste de son éducation fut V œuvre des femmes et quil eut peu de succès dans la carrière théâtrale comme chanteur, bien quil chante aujourd'hui au clavecin avec un goût et un brio particulier, notamment la cavatine de Figaro et Vair de la Calomnie de Rartolo dans le Barbiere di Siviglia. .

Rossini composa ensuite des chansons dans le style alors à la mode. Celles-ci se firent remarquer par leur vive originalité et lui valurent de la part de riches dilettanti vénitiens un engagement pour écrire un opéra.

Il était encore extrêmement jeune et plein de fougue, aussi le directeur du théâtre n avait-il pas grande opinion de son talent et se montrait peu disposé à courir le risque de monter un opéra de sa composition, mais les dilettanti qui avaient eu Vidée de V entreprise et qui pressentaient sans doute tout ce dont Rossini était capable, obligèrent le directeur à traiter avec lui. Son premier opéra était

écrit dans le style alors â la mode et ne s^en écartait que par quelques traits originaux. Il remporta néanmoins un très grand succès. Aussitôt après, Rossini composa quelques-unes de ses meilleures partitions : La Pietra del Paragone, Tancredi, /'Italiana in Algeri, mais pour en apprécier la f^aleur il faut les avoir entendues à Milan. ou à Venise. Il faut en particulier a^>oir entendu chanter /'Italiana in Algeri par une prima donna et deux primi bufTi comme la Marcolini, Paccini et Galli. La musique de Tancredi se répandit en Italie avec une incroyable rapidité. La musique de la caçatine : Di tanti palpiti est prise d'une mélodie grecque, d'autres disent d'une litanie catholique qui se chante par les rues de Bologne — et que Rossini avait entendue dans Vune des petites îles qui entourent la lagune de Venise.

Soit paresse, soit autre motif, Rossini a les ous^ertures en ai^ersion particulière, c'est pourquoi il fait souvent servir la même à plusieurs de ses opéras. »

N'est-il pas permis de douter que la paternité de ce qu'on répand sur le compte de Rossini doive être attribuée à un voyageur français ? Tout cela n'a-t-il pas été fabriqué à Paris d'après de vagues renseignements et surtout d'après les racontars des chanteurs qui se trouvent dans la capitale ? Quoi qu'il en soit, je m'adresserai toujours à Monsieur le Journaliste anglais auquel je dédie les respectueuses observations qui vont suivre^ ayant conçu pour lui une estime particulière en raison de l'exactitude de ses informations.

Gioachino Rossini est né à Pesaro l'année 1791.

M. le Journaliste anglais se trompe fort lorsqu'il dit que Rossini pouvait apprendre de son père bien des choses à l'exception de la musique. Tout au contraire la musique était la seule chose qu'il pouvait apprendre.

•de son père et non à connaître VArioste, puisque son père jouait par profession du cor de chasse. Je l'ai moimême entendu jouer plus d'une fois dans les églises, les concerts et les théâtres. On voit bien que M. le Journaliste ne connaît ni le père ni le fils.

Qu'ensuite le maestro Rossini ait été instruit par son père dans la Religion catholique, je le crois sans peine. Rossini né à Pesaro et emmené à Bologne à l'âge de 6 ans, fut élevé dans les principes de la religion catholique au sein de sa famille et grâce à l'enseignement public et privé, de la même manière que M. le Journaliste anglais aura été instruit dans la Religion réformée.

Que l'éducation de Rossini ait été l'œuvre des femmes ; avant d'en convenir, j'estime nécessaire de faire une distinction : s'agit-il de l'éducation domestique ou de celle qu'on reçoit dans les Ecoles ? Certainement Rossini reçut la première de sa mère et de ces femmes qui remplaçant nos mères nous aident à balbutier nos premiers mots, à exprimer nos premières pensées. Jusqu'ici M. le Journaliste a raison, mais sur l'autre point il a grand tort. Rossini à peine âgé de 7 ans fut l'élève de Dom Angelo Tesei, célèbre maître de chapelle de cette ville et profita si bien de ses leçons qu'il commença dès l'âge de 8 ans à chanter la partie de soprano dans les églises de Bologne et devint grâce à cette pratique un chanteur des plus exercés. Moi-même étant encore petite fdle j'admirais la manière dont, à un âge si tendre, il déchiffrait la musique à première vue et il me semblait incroyable qu'un maître de chapelle pût avec une telle assurance de succès lui confier la partie principale du Laudamus te par exemple ou même du Qui tollis. Pourtant Rossini exécutait tout avec une telle précision, une telle maestria qu'on fit appel à lui pour chanter le rôle du fds dans la Camilla de Paer lorsqu'on la repré-

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