‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 103 sur 122 · VIE DF ROSSINI · texte numérisé non relu

VIE DF ROSSINI

senta sur le théâtre Zagnoni. Rien de plus émouvant^ rien de plus tendre que le beau canon : sento in si fiero istante. Les Bolonais prédirent dès ce jour que Rossini serait un des plus célèbres chanteurs d'Italie. Ils ne se trompèrent pas : Rossini montre effectivement dans ses compositions une connaissance approfondie de cet art divin. Le chant des rôles destinés à Davide, à Noz-^ zari, à Garcia, à la Marcolini, à sa femme ou à moi-^ même (oui, à moi) justifie pleinement mon assertion.

Mais ici pour la gloire de Rossini et de Bologne et en hommage à la vérité des faits, il faut revenir un peu en arrière. En parlant de l'éducation de Rossini au point de vue de l'art du chant, on ne doit point laisser de côté celle qu'il reçut comme compositeur de musique. Le journaliste anglais qui en sait autant sur Rossini que moi sur l'Empereur de la Chine, ne s'occupe point de faire connaître à ses confrères à quelle source Rossini a puisé les principes qui le portèrent ensuite à une telle célébrité. Dom Tesei, après l'avoir instruit dans les secrets du chant, commença à lui enseigner les premières règles du contrepoint. Ensuite à l'âge de 14 ans, il fut envoyé à l'école du très célèbre Père Stanislas Mattei. Ce grand maître ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'il avait à faire à un génie extraordinaire, impatient des chaînes de la discipline scolastique. Malgré cela, il lui enseigna son art avec une extrême habileté et lui donna une instruction musicale appropriée à sa nature. De fait Rossini, en 1808, fit ses débuts comme compositeur. Ses premiers essais furent entendus avec admiration. Les Archives du Liceo Filarmonico de Bologne conservent encore la première symphonie qu'il composa et sa première cantate. Je conclus de tout ceci que si Rossini a, comme il est vrai, vu le jour à Pesaro, c'est dans notre ville qu'il a reçu son éduca-

tion, qu'il a fait ses études, qu'il a connu la gloire. Bologne fut sa mère et c'est en cette ville qu'il a fixé «a résidence.

A ma connaissance, Rossini après la Camilla ne chanta jamais plus sur le théâtre. Par conséquent M. le Journaliste tombe d'erreur en erreur lorsqu'il dit que Rossini eut peu de succès comme chanteur dans sa carrière théâtrale. On ne saurait appeler carrière une expérience unique. Ce n'est pas non plus un faible succès que celui qui, chaque soir, lui vaut des applaudissements chaleureux.

Ainsi qu'il chanta en ses jeunes années dans les églises et sur le théâtre, de même il chanta délicieusement en tous temps, et non seulement aujourd'hui, dans les salons en s'accompagnant sur le piano-forte. M. le Journaliste anglais insiste sur la cavatine de Figaro et sur l'Air de Bartolo dans le Bar bière di Si<^iglia. Et combien d'autres airs, composés même par d'autres que lui, il chante au piano-forte de manière à surprendre les auditeurs ! Il a chanté bien souvent des morceaux sublimes de Paesiello, de Cimarosa et de Mayer. Je l'ai entendu chanter avec un plaisir infini, partagé d'ailleurs par toute l'assistance, certains morceaux de l'opéra : la Grotta di Trofonio du maestro Salieri. La manière expressive dont Rossini chante au piano-forte est sans égale. J'ai vu à Rome et à Naples les plus grands seigneurs lui faire mille caresses pour le décider à venir un soir faire l'ornement de leurs salons. Moimême, je l'ai vu récompensé par une main auguste, après avoir charmé l'assistance par son chant au piano-forte.

Que Rossini ait composé des chansons dans le style d'autrefois, c'est possible, mais pour mon malheur je n'en ai jamais entendu et pourtant, de 15 ans à 19 ans, j'ai eu l'occasion de le voir souvent.

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Il est absolument faux que les dilettanti de musique à Venise lui aient procuré un engagement pour écrire un opéra et que cet opéra ait été le premier qu'il ait composé. Le premier opéra de l'illustre maestro ne fut pas la Pietra del Paragone, comme on l'affirme, mais V Equwoco Stra^agante, livret de Gasparri de Florence. Voici comme les choses se passèrent : la Marcolini chantait à Bologne (en 1811) et on y représentait l'opéra il Marc Antonio. Rossini tenait le clavecin et Pavesi (qu'il ne s'en offense pas !) doit en grande partie à Rossini le vif plaisir que suscita partout cette partition, car c'est lui qui y introduisit le célèbre duetto du maestro Generali : Se ti guardo, o mia ragazza et le beau quintetto du second acte également de Generali. RosicK et Vaccani chantaient avec la Marcolini. On représenta l'opéra : Oro non compra Amore de Portogallo. On devait: donner 50 représentations. On pensa que Rossini aurait volontiers composé un opéra pour la Marcolini. On le lui proposa et il accepta avec joie. Mais hélas, Rossini avait à compter avec les préjugés et avec de nombreux jeunes gens, dont il était le rival en beauté et en élégance. Bref, VEquivoco Stravagante fut froidement accueilli, bien que le compositeur eût été appelé sur la scène et ait reçu des témoignages d'approbation partielle.

Tandis que Rossini composait VEquii^oco stravagante il s'occupait d'autre part à mettre en musique le Demetrio e Polibio pour la famille Mombelli. Cet opéra remporta un immense succès partout où il fut représenté. Mombelli n'oubliera certainement pas les succès qu'il lui procura dans la capitale de la Lombardie.

La Pietra del Paragone fut composée par Rossini à Milan et a remporté un grand succès. Il est exact que les opéras V Italiana in Algeri et Tancredi se répandirent

en Italie avec une extrême rapidité. Je conviens aussi que la Marcolini, Paccini et Galli ont beaucoup contribué à mettre en valeur V Italiana in Algeri. Mais il ne faut pas en conclure que les autres ne valaient rien. Zamboni égalait certainement Paccini, lorsqu'il représentait à Rome cet opéra classique pour son effet. J'ai chanté 39 soirs de suite à Rome le rondo : Pensa alla patria, et on ne doit pas m'accuser d'orgueil si je cite un fait. Et si Botticelli Bartolomeo ne valait pas Galli, Garcia qui jouait le rôle de Lindoro n'était pas inférieur à Gentili, ni à aucun autre ténor plus renommé.

Rossini depuis sa première enfance jusqu'à 19 ans, demeura toujours à Bologne. Dans ces conditions si la prétendue litanie catholique se chantait par les rues de cette ville, il n'avait aucunement besoin d'aller dans les îles vénitiennes pour la connaître. Je puis d'ailleurs assurer qu'il n'y a pas de litanie bolonaise qui ait pu donner naissance à Vallegro de la cavatine : Di tanti palpiti. Je suis née sur le « petit Rhin ^ », je suis catholique, j'ai récité, j'ai chanté et je chante les litanies de la Sainte Vierge, mais je n'ai jamais reconnu en elles un motif mélodique rappelant même de loin cette cavatine. C'est à mes concitoyens de dire si j'ai manqué de pénétration ou si ma mémoire s'est montrée cette fois infidèle.

Et puis M. le Journaliste s'imaginerait-il par hasard diminuer par cette assertion le mérite d'une si belle cavatine ? Quand bien même Rossini se rappelant la prétendue litanie l'aurait adaptée aux paroles : Di tanti palpiti^ di tante pêne..., aurait-il commis une faute

1. Le petit fleuve qui passe à Bologne se nomme Reno comme le Rhin en italien.

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si grave ? Mayer ne s'est-il pas souvenu dans les beaux chœurs de la Ginei^ra des cantilènes nocturnes des montagnards écossais ? Je crois qu'il est permis à un compositeur d'utiliser dans ses œuvres les motifs mélodiques que le peuple dans sa joie a su inventer. J'en appelle à Cimarosa qui dans son opéra Giannina e Bernardone a placé le chant populaire : Liron Lai Lera, Liron Lai Là, pour le plus grand profit de l'entreprise théâtrale qui donnait la pièce.

J'ignore si Rossini éprouve une aversion particulière pour les ouvertures. Je lui attribuerais plutôt, comme le suppose aussi M. le Journaliste, une sorte de nonchalance qui l'a empêché d'en composer une différente pour chacun de ses opéras. Toutefois les ouvertures de V Italiana in Algeri, de Tancredi, de la Cène' rentola et de la Gazza ladra et tant d'autres qu'il a composées suffisent à prouver que le génie de Rossini n'est pas ennemi des symphonies.

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