CHAPITRE VII
« A cette époque V imprésario des théâtres royaux de Naples était le signor Barhaja. Devinant en Rossini le plus heureux des compositeurs de son temps, il se l'attacha à des conditions fort avantageuses. Il le nomma chef d'orchestre du théâtre San-Carlo avec V obligation de composer trois opéras par an. Bossini accepta cette charge aux appointements de 9.000 francs par an et malgré son humeur changeante et vagabonde il demeura, à son poste plusieurs années.
Il écrivit pour San-Carlo, Elisabetta, Otello, Armida, Mosè, Zoraide et la Donna del Lago. Il fit de nombreuses objections à propos du livret ci'Otello, mais Vauteur, le marquis Berio, lui déclara tout net que Shakespeare était un barbare et quil était nécessaire de le corriger. D'ailleurs on peut juger par V ouverture joyeuse de la manière dont le compositeur a été inspiré par le souffle tragique du drame ».
Quand Rossini fut appelé à Naples, il n'avait encore composé qu'un petit nombre d'opéras et n'avait encore certainement pas fait représenter son Barbiere di Siviglia. Il se rendit tout exprès de Naples à Rome pour y écrire cette partition. J'ai déjà assez parlé des opéras composés par Rossini dans cette capitale et les peuples d'Italie qui donnent chaque jour leur opinioa à leur sujet se trouvent d'accord avec moi. Il me resterait à dire quelques mots à' Otello que le journaliste
•anglais veut frapper de ses critiques. Il est vrai, l'ouverture est joyeuse et l'on comprend mal à première vue comment elle sert de préambule à un drame. Mais qui a jamais réglementé le caractère des ouvertures d'opéras ? Je ne me souviens d'aucune ouverture véritablement adaptée à l'action qui se représente à l'exception des ouvertures de Gluck pour Alceste et Ifigenia, L'ouverture de Sargina de Paer, celle de Ginei^ra de Mayer sont aussi bien appropriées au sujet par l'expression générale. D'ordinaire, toutes les ouvertures doivent présenter comme un résumé des opéras, mais d'autres soutiennent que n'ayant rien à faire avec ceux-ci, leur forme et leur composition peuvent ^tre libres, tout à fait libres.
L'opéra à.'Otello a un commencement joyeux. Otello débute avec une cavatine très gaie. Le maestro s'est contenté de composer l'ouverture de ce drame d'après les idées qui lui avaient été suggérées par ce premier morceau. Ce n'est pas une erreur.
Du reste Otello, quoiqu'en disent les Parisiens, a plu singulièrement à Naples, à Rome, à Florence et en beaucoup d'autres villes cultivées d'Italie et il s'y rencontre plusieurs morceaux de déclamation lyrique vraiment surprenants. Enfin Otello, tout en étant composé selon les règles de l'art, conserve en grande partie les qualités premières du génie de Rossini : l'originalité €t la grâce.