‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 118 sur 122 · VIE PE ROSSINI · texte numérisé non relu

VIE PE ROSSINI

partitions et peut-être non. Déjà les morceaux de nos opéras modernes diffèrent beaucoup de ceux des anciens opéras. Dans ces derniers, on trouve beaucoup d'airs et peu de morceaux à plusieurs parties tandis que dans les opéras d'aujourd'hui on rencontre à chaque pas des duos, des trios, des quatuors, des quintettes et il y a toujours des finales grandioses. Il en résulte quela plus belle partition par exemple d'Anfossi ou de Sacchini finirait par déterminer un ennui profond. Un imprésario me voudra-t-il donner un démenti ? Mais que dis-je ? Tous les impresari ne cherchent d'autre musique que celle de Rossini.

Et puisque, en se référant toujours au Don Gioi^anni de Mozart, les étrangers voudraient diminuer la gloire que notre musique procure à l'Italie, j'appelle à mon secours la foule des amateurs et les dilettantes.

Ce fameux Don Gioç'anni de Mozart qui fit tant de bruit à Milan et à Florence, sur le théâtre de Santa- Maria, a été ensuite froidement accueilli par le public des autres théâtres d'Italie, sur lesquels il a été représenté. Il y a dans cet opéra, de l'avis des maîtres de musique, de belles fugues, mais « une belle fugue, nous dit Rousseau, est l'ingrat chef-d'œuvre d'un bon harmo-^ niste. » La teinte générale de cet opéra, comme des autres opéras de Mozart, ne me paraît pas soutenue et moins encore celle des divers caractères et des sentiments. Le paysan parfois chante Vhéroïque et le person-^ nage le plus grave chante dans le genre trivial. La scène des enfers de Don Giovanni est terrible et majestueuse Les dévots de Mozart et ceux qui feignent d'aimer sa musique -^ prétendent être bouleversés d'horreur. Au

1. Mol à mot /es hypocrites (ipocriti). L' accusation de a sn')bisme »■ lancée aux admirateurs d'œuvres nouvelles ou réiolulionnaires est de^ tous les temps.

théâtre du Corso, à Bologne, les choses allèrent tout autrement. On n'y trouva pas une litanie catholique, mais bien les quantus tremor et les Tuba mirum des plus froids stylistes du siècle passé.

Je ne prétends pas pour cela inciter au mépris de Mozart. On doit au contraire honorer une âme allemande qui a osé s'occuper de vers italiens et les orner d'accompagnements beaux et raffinés, de manière à faire passer pour neuves les choses les plus rancies.

Mais je réclame le goût italien et je demande le chant suave qui s^ écoute dans Vâme. C'est lui le Monarque absolu de la Musique et il veut être obéi. La véritable originalité réside dans le chant et dans ce chant qui naît au fond du cœur. Cette partie du sentiment qui sera éternelle est la seule dont il faut tenir compte en jugeant d'œuvres théâtrales. En un mot, un beau chant est l'œuvre du génie. Pour moi comme pour tous les dilettantes italiens, un bel air bien chanté vaut mieux que tous les quatuors et quintettes instrumentaux (dans lesquels d'ailleurs Mozart se montre un génie encyclopédique). — Se cerca^se dice de Cimarosa, chanté par Marchesi, par Rubinelli et par Pacchiarotti attendrit les cœurs les plus durs. Questo palpita soave de Winter, Ombra adorata aspettami de Zingarelli chanté par Crescentini ont fait les délices des théâtres de Vienne, de Lisbonne et de Paris. La chose est naturelle. Malgré toute la célébrité de Paganini et la valeur reconnue de Centroni, leurs instruments ne parlent pas.

Mais j'abandonne sans m'en apercevoir mon journaliste anglais qui à la fin de sa critique convient que Rossini divertit toujours. Arrêtons-nous ici et n'allons pas plus avant. Tant que la musique aura cette qualité, vous verrez toujours les peuples accourir pour en goûter les beautés. Et n'est-il pas naturel de trouver et d'ap-

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peler beau ce qui plaît ? M. le journaliste voulant faire allusion à la musique de Mozart nous dit qu'il faut un haut degré d'attention et une âme capable de sentir a^ec force pour entendre utilement des choses dans lesquelles le compositeur a tenté d'exprimer des impressions et les passions profondes.

L'attention, M. le journaliste, est nécessaire pour goûter n'importe quel produit de l'esprit humain et nous ne sommes séduits que par ce qui est capable de nous inspirer un véritable intérêt.

Dans la musique, en second lieu, l'impression est très rapide et par conséquent ne peut être profonde et immuable. La musique passe, tandis que la Peinture et l'Architecture se laissent regarder éternellement.

Il ne peut y avoir de démonstration en musique que sur une ardoise ou au clavecin. On ne doit pas confondre la musique qui doit plaire dans les théâtres avec le mécanisme, ou les combinaisons de notes musicales. Celles-ci peuvent être parfaites et ne pas produire la plus légère impression agréable. Du mécanisme le mieux réglé, ne sortent parfois qu'ennuis et bâillements. Combien je pourrais dire de choses à ce sujet si je ne craignais la censure de certains compositeurs modernes qui, me sachant ignorante de leurs mystères, ne manqueraient pas de me faire le reproche qu'encourut Phormion lorsque, malgré son inexpérience du métier des armes, il se risqua à parler d'armées et de batailles en présence d'Annibab Je me tais et j'ai fini pour aujourd'hui.

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