‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 3 sur 122 · Il podestà. — Ora è mia, son contenta · texte numérisé non relu

Il podestà. — Ora è mia, son contenta

Ah ! sei giunto, felice momento ; Lo spa^>ento piegar la far à.

sept à huit sous-préfets, une douzaine de commissaires de police, n'ayant autre chose à faire au monde que de savoir si Monsieur un tel mange un poulet le vendredi. Le légat, ses secrétaires et ses agents secrets, dont j'ai ci-dessus traduit les titres en dénominations françaises, sont prêtres. Ils ont l'administration ; n^ais ils sont contrecarrés en tout et haïs à la mort par l'autorité ecclésiastique, l'archevêque, ses grands-vicaires, les chanoines, etc., ennemis jurés des autorités administratives, et les dénonçant sans cesse à Rome comme inclinant au relâchement. Ces dénonciations peuvent empêcher le légat de devenir cardinal à la première promotion. Or, tous ces grands intérêts, toutes ces rivalités, tous les conseils de la prudence, peuvent être satisfaits en dénonçant le pauvre diable de bourgeois de Ferrare, qui a cédé à la tentation de manger un poulet le vendredi. Je pourrais ajouter vingt pages de détails, mon seul embarras serait d'affaiblir les couleurs, de diminuer la vérité ; je ne veux pas tomber dans l'odieux, ce serait la pire des chutes pour un livre frivole ^. Le résultat de toutes les anecdotes que je pourrais raconter sur la Romagne serait toujours que Rossini, en donnant tant de gaieté et de légèreté à son podestat

1. Si Ton attaque les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale ; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal Consalvi. Voir Laorens, Tableau de Rome ; Simond, Gorani.

libertin, n'a nullement songé à faire une épigramme abominable et à la Juvénal. En général, c'est très peu la coutume en Italie que de s'indigner par écrit des friponneries ; cela rend triste, cela est de mauvais ton ; d'ailleurs c'est un lieu commun.

Le caractère tranquille du pitoyable amant de Ninetta apparaît bien dans le chant :

Tu dunque sei rea !

(Ed io la credea L'istessa onestà.)

Toute la niaiserie que le cœur sensible des habitants de la rue Saint-Denis passe à leur cher mélodrame éclate lorsque Ninetta se laisse confondre,

Non v'è più speme,

parce que le juif déclare qu'il y avait sur la pièce <i'argenterie à lui vendue un F et un V, elle qui vient de dire que son père s'appelle Ferdinand Villâbella, d'où le podestat a conclu naturellement que ce père était l'homme qui se trouvait avec elle et pour lequel elle a lu un faux signalement. Ninetta se garde bien de jouer au poète le mauvais tour ^e dire tout simplement : Ce couvert m'a été remis par mon père, et les lettres F V forment son chiffre. Xia pauvre fille aime mieux mourir. Le malheur

de ce libretto, c'est que tous les personna des êtres communs. Ce défaut ne se troi dans les opéras allemands : il y a toujou chose pour l'imagination.

Ce finale est plein de mouvement, d de sorties auxquelles le spectateur pre intérêt. Il y a beaucoup d'à solo et de p ceaux d'ensemble fort attachants. Il est de mieux disposer les groupes d'un gran Les paroles ne sont pas mai : je voudr fût le contraire, que la situation fût bel] relie, et les paroles fort ridicules ; car qui tion aux paroles ? A Naples, on trouva gueurs dans ce finale ; je l'ai vu admiré pj tère plus tranquille des Milanais. Pour m( je me range à l'avis des bons Milanais. L' est vive, forte, naturelle, mais toujours à l'exception de quelques mesures déli commencement de l'interrogatoire. Ce pr me rappelle à chaque instant le genre de Haydn a mis dans le morceau de l'autoi Quatre Saisons^ lorsqu'il veut peindre la vendanges.

Mozart eût rendu ce finale atroce et insupportable, en prenant les paroles au

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guinaires, lesquels sont clairement indiqués par derniers mots en quittant la scène ^ :

Ah, la gioj'a mi brilla nel seno !

Piii non perdo si dolce tesor.

1. Le caractère du podestat a été peint avec esprit et( gie par Duclos, dans le roman de la Baronne de Luz. Le libertin de Duclos s'appelle Thuring ; celui de la 6 ladra doit être joué avec une teinte de bouffonnerie cha: qu'aucun chanteur italien n'ose hasarder devant un pi sévère et hautain, qui n'entend pas la plaisanterie. Il faire ressortir la qualité de goguenard.

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