‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 51 sur 122 · Journal de Paris du 30 octobre · texte numérisé non relu

Journal de Paris du 30 octobre

NOTES d'un dilettante 315

veuille l'encourager, sa voix ne manquera point d'éclat. Au lieu de paraître deux fois par semaine, Curioni voudrait chanter tous les soirs ; ce n'est pas le premier chanteur engagé à Paris auquel j'aie entendu former ce vœu.

Il faisait, comme on sait, un temps affreux jeudi soir. A la sortie de l'Opéra, il y a eu un petit embarras de voitures, devant la porte, et quelques malheureux piétons ont cru courir des dangers. Un Milanais, poursuivi par les cris gare d'un cocher élégant, disait : « En Italie, on trouverait un moyen bien simple d'assurer la sortie des gens à pied sans gêner le moins du monde ceux qui ont des voitures. Chaque soir de représentation, à neuf heures, on tendrait une chaîne formant barricade à six pieds de terre, de l'angle du café Carmen, situé au coin des rues de Louvois et Lully, à la troisième colonne du péristyle du théâtre Louvois. Cette chaîne porterait une lanterne au milieu de sa longueur. Les voitures arrivant de la rue Richelieu défileraient par les rues Lulli et Rameau, tandis que les piétons tranquilles s'en iraient par les rues de Louvois et Sainte-Anne. Il y a trente ans que le défilé des quatre cents voitures qui se rendent chaque soir à la Scala, à Milan, est assuré ainsi au moyen de quelques chaînes. »

Ces chaînes seraient les premières sur la terre qui ne feraient de mal à personne, et seraient bien reçues de tous.

« l'italiana in algeri ^ »

(11 novembre 1824)

Faites chanter par une voix de contralto un rôle où Ton est accoutumé d'entendre la voix de soprano la plus médiocre, et le public ne se reconnaîtra plus ; il lui semblera qu'il manque quelque chose, que la musique est effacée, qu'il n'y a plus de musique. Si, pour rendre l'expérience encore plus défavorable à la pauvre voix de contralto, vous ajoutez un orchestre qui accompagne trop fort, tous les traits fins, tous les agréments de la voix de contralto disparaîtront ; car, par sa nature, elle n'est pas éclatante.

M^^^ Schiassetti a chanté hier soir avec un art infini la cavatine de Vltaliana, et surtout le rondo de la fin ; eh bien, la cavatine n'a produit d'autre effet sur le public que celui d'un étonnement profond. Chacun semblait dire à son voisin : « Mais, bon Dieu, qu'est-ce que nous entendons là ? » M}^^ Schiassetti débutait, mais il faut avouer que le public débutait aussi dans l'art d'apprécier une belle voix de contralto. Et, d'ailleurs, dans un

Page 1