‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 54 sur 122 · Journal de Paris du 26 novemLre · texte numérisé non relu

Journal de Paris du 26 novemLre

l'administration du théâtre Louvois ; tant mieux, car il est difficile qu'il aille plus mal. La mise en scène de la Semiramide paraît encore retardée.

Depuis cent cinquante ans, il y a des opéras dans quarante villes d'Italie. Toutes les fois qu'il est question d'organisation de théâtres chantants, d'intrigues à prévenir, de petites passions à déjouer, etc., etc., c'est donc à l'Italie qu'il faut demander dee exemples. Or, il est bon que le public de Paris sache qu'en Italie on compose un opéra comme la Gazza ladra, on l'apprend et on le joue en moins •de six semaines. Pourquoi ? C'est que acteurs, compositeur, administrateurs, musiciens de l'orchestre, décorateur, spectateurs, etc., tous ont l'intérêt le plus direct, le plus vif, le plus pressant à ce que l'opéra soit joué à l'époque prescrite par le règlement, et, de plus, à ce qu'il réussisse. Par exemple, le 26 décembre de chaque année, dans toutes les villes de l'Italie, on donne un opéra nouveau. Comment se fait-il qu'à Paris, où l'on ne présente jamais à notre curiosité que des opéras composés depuis longtemps, et que la plupart des chanteurs connaissent avant de se mettre à l'étude, il faille quatre mois aux directeurs de notre Opéra- Bulîa pour monter la Semiramide ? La réponse à cette question si simple va m'obliger à employer quelques précautions oratoires. De tous les publics du monde, le plus facile à égarer, dans tout ce qui a rapport aux théâtres, c'est le public de Paris. Si

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l'administration parvient à se concilier les suffrages de rédacteurs de deux ou trois journaux à la mode, chacun généralement raisonnant comme son journal, en peu de mois l'on fera prévaloir les opinions les plus singulières. Si l'on veut prendre la peine d'établir le calcul des intérêts prwés des directeurs, des chanteurs, des musiciens de Louvois, on se convaincra qu'à Paris, tout le monde étant trop bien payé, personne, excepté peut-être quelque pauvre spectateur enthousiaste de musique, n'a d'intérêt direct à ce que nous ayons huit opéras nouveaux tous les ans. Rossini lui-même a composé tous ses chefs-d'œuvre fort rapidement. C'est qu'alors il n'était payé qu'autant qu'il travaillait. Ce grand compositeur a reçu trois ou quatre mille francs pour chacun des chefs-d'œuvre qui l'ont immortalisé ; c'est à peu de chose près la somme qu'il touche à Paris tous les mois. Serait-il permis de demander à cet homme illustre ce qu'il a fait jusqu'ici pour ce bon public de Paris, qui l'aime tant ? On dit qu'il a trouvé des beautés, c'est-àdire des situations dans le second acte du poème d'un opéra intitulé la Gaule triomphante.

« LA DONNA DEL LAGO ))

(25 novembre 1824)

M^^^ Schiassetti a pris ce soir une revanche éclatante. Elle a fort bien chanté sa cavatine, l'un des morceaux les plus insignifiants que Rossini ait jamais écnts. Quelques chuts honteux ont voulu se faire entendre; mais les applaudissements du public leur ont imposé silence. Dès que M}^^ Schiassetti a pu voir clairement que, pour cette soirée, elle ne serait plus en butte à la cabale, ses moyens ont paru redoubler. Elle a chanté supérieurement son duo ; et sa partie dans le délicieux quartetto extrait de Bianca e Faliero a été l'une des plus brillantes. Levasseur a chanté d'une manière admirable le commencement de son air, et par exemple infiniment mieux qu'il n'était exécuté à Naples l'an dernier, par Botticelli. Chose singulière ! le public ne l'a point applaudi et on l'accable de bravos dans la Gazza ladra. M^^^ Mombelli, dont la voix est ordinairement si belle et si éclatante, a été faible ce soir ; ce petit malheur était compensé par le succès de Malcolm.

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