Le Mercure du XIX^ siècle *, 1825, t. XI, p
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rable d'un début s'est opposé à ce que M°^® Mainvielle remplît tout à fait l'attente du public. Cette grande cantatrice a eu des sons magnifiques dans la cavatine :
Bel raggio lusinghier^
mais les agréments placés dans cette cavatine n'ont pas toujours semblé de bon goût. Il y a eu certains arrêts de voix qui ressemblaient beaucoup plus à un manque de respiration qu'à un agrément prévu par l'habileté du chanteur. Cette cavatine était à Naples le triomphe de M"^^ Mainvielle ; et, dans ce pays, où le public sait faire respecter jusqu'à ses caprices, chaque fois que notre célèbre compatriote chantait à San Carlo, le prix ordinaire de cinq carlins était porté à sept. Pour qui coniiaît les Napolitains, cette preuve de mérite de M'^^ Mainvielle est irréfragable. Le temps humide et désagréable, qui nous poursuit depuis quelques jours, a pu altérer et rendre un peu tremblante cette voix si admirée à Naples. Les dilettanti remarquent un effet semblable chez Rubini, dont la voix n'est déjà plus aussi nette qu'il y a deux mois. Espérons que, pour la prochaine représentation de Sémiramis, la voix de M^^ Mainvielle reprendra tout son éclat et toute sa fraîcheur.
Elle a joué sagement le magnifique rôle de Sémiramis. Mais, comme le disait Voltaire, il faut avoir un peu le diable au corps pour jouer la tra-
gédie. Il me semble que, pour l'intérêt de sa gloire comme pour celui de nos plaisirs, M^^ Mainvielle devrait reprendre ses jolis rôles d'opéras bouffons dans lesquels elle est sans égale. Je doute que cette grande cantatrice procure plus de huit ou dix représentations à la Sémiramide. Personne n'a oublié qu'elle a triomphé soixante fois de suite dans le Barbier de Séçille. Sa voix si légère et si brillante trouverait le même succès dans vingt opéras bouffons. Il n'y a jamais dans la musique bouffe de ces tenues de voix si fort contrariées par notre climat, il n'y a jamais surtout de récitatifs profondément passionnés.
Le morceau chanté du haut du trône, au moment où Sémiramis choisit un roi,
/ vostri voit ornai,
n'a pas semblé assez empreint de la couleur tragique ; les manières de la reine semblaient manquer un peu de cette importance naturelle chez les personnes qui ont passé leur vie dans l'exercice d'un grand pouvoir. Nul doute que M°^® Mainvielle ne chante d'une manière encore plus parfaite, lorsqu'elle sera parfaitement remise de son indisposition, mais l'on peut douter qu'elle joue jamais dans le genre tragique avec la perfection que nous lui avons vue dans la Gazza ladra et dans le Barbier.
Les honneurs de la soirée ont été pour Galli :
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il est impossible de se figurer une plus belle tête. Le terrible Assur ressemblait ce soir à Jupiter olympien ; et ses gestes, dans presque tout son rôle, ont été au niveau de la beauté sublime empreinte dans ses traits, Galli a été magnifique dans le duetto si tragique du second acte :
Se la i^ita ancor t'è cara,
OÙ la reine et Assur se reprochent leur crime commun. Ce duetto admirable m'a paru n'être pas senti par le public ; peut-être est-il un peu long. Le duetto du 1^^ acte entre Assur et Arsace a fait l'efîet d'un air. Quoique M^^^ Schiassetti l'ait chanté avec beaucoup de goût, et que sa voix eût ce soir tout son éclat, celle de Galli est tellement puissante, la colère lui donnait un accent si pénétrant, que la voix du jeune Arsace était tout à fait éclipsée.
Le triomphe de Galli eût été complet si, dans la scène de terreur du 2^ acte :
Deh ! ti ferma... ii plaça... perdona,
lorsqu'il se croit poursuivi par l'ombre de Bélus, il ne se fût permis quelques mouvements qui ont plus de vérité que de noblesse : Galli a voulu courir pour éviter l'ombre terrible du roi ; or il €st peut-être impossible de courir avec le costume babylonien, qui se compose d'une robe fort longue, sans éviter le rire. Cette scène magnifique et fort bien chantée n'a produit aucun effet sur le public.
M"^ Schiassetti a été charmante dans le rôle d'Arsace, elle l'a chanté avec beaucoup de grâce et de pureté. Elle y a produit beaucoup plus d'effet que dans le rôle de Malcolm de la Donna del Lago. Quant au maestro Rossini, son succès n'a pas été brillant : tous les morceaux, à commencer par l'ouverture, ont semblé trop longs. Nous avons eu de la musique depuis huit heures jusqu'à minuit moins un quart. A l'exception d'un duetto mal chanté par Bordogni, je ne vois aucun morceau à supprimer, mais tous peut-être doivent être abrégés. La seule cavatine de M^^ Mainvielle a semblé trop courte. Après avoir raconté le fait du peu de succès de cette partition, j'oserai ajouter que c'est le public qui a tort. Cette musique est en tout digne de l'auteur à^Otello, quelquefois même elle est plus tragique. La présence, sur la scène, d'un corps de musique militaire donne aux effets d'harmonie une vivacité que l'on n'obtiendra jamais en plaçant les instruments dans l'orchestre, ainsi qu'on l'a fait ce soir. Les costumes étaient magnifiques ; les décorations toutes bleu de ciel et sans grandiose, semblent avoir été peintes il y a 50 ans du temps de Boucher. M"^ Amigo, sous le costume d'une princesse babylonienne, était d'une beauté frappante. Espérons qu'à la prochaine représentation, le public se montrera moins insensible à la musique de Rossini, et que M^^ Mainvielle sera tout à fait rétablie de son indisposition.
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