‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 79 sur 122 · Journal de Paris, 17 décembre · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 17 décembre

succès à Naples qu'à Paris. Ce fut, je pense, M. Bar-^ baja, secondé par Rossini, alors plein d'activité, qui fit traduire les paroles de Jean de Paris et monter cet opéra si brillant d'esprit et de fraîcheur.

Lorsque Rossini fit jouer Tancrède en 1813, il n'était pas fort éloigné du style simple, spirituel^ très facile à comprendre, qui a fait le succès de la Dame blanche. Il fut plus original dans // Turco in Italia (1814), plus profond dans Otello (1816), enfin presque aussi compliqué qu'un Allemand dans cette Semiramide, jouée en 1823, qui a trouvé plus d'accueil à Vienne et à Naples qu'à Paris. A chaque opéra nouveau, Rossini a donné moins de chant, mais aussi il a déployé plus de feu et de science dans les morceaux d'ensemble. C'est aussi par un morceau d'ensemble (la vente à l'enchère qui forme le finale du second acte) que M. Boïeldieu a enlevé tous les suffrages à Feydeau. Mais ce finale, fort joli, exprime un degré de passion fort modérée et peut-être n'efface pas tout à fait le finale du premier acte d'Otello.

Rubini, qui avait commencé par être un peu timide dans la cavatine de ce beau rôle, s'est rassuré en voyant que le public lui rendait pleine justice : il a fort bien été dans le finale du premier acte et dans les deux derniers. Son défaut est de forcer extrêmement certaines notes et, un instant après, de chanter tellement à mezza çoce, qu'à peine peuton l'entendre. Le beau chant est plus égal. Souvent,.

NOTES d'un dilettante 383

hier soir, Bordogni a chanté la partie d'Othello et Rubini celle de Roderigo. La musique admet tant de vague dans son expression, que ce changement n'a choqué personne. Je croirais volontiers que les femmes seules s'en sont aperçues. Les hommes, moins instruits en musique, jugent davantage par sentiment,

M"^^ Pasta a joué et chanté d'une manière miraculeuse. M. Talma, qui était à l'orchestre, n'a cessé d'applaudir cette grande tragédienne.

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