REPRÉSENTATION DE « SEMIRAMIDE ». DEBUT DE
jyiine pASTA DANS CE ROLE ^
Si la partition de Sémiramide était d'un jeune maestro débutant dans la carrière, nous serions embarrassés ce matin à trouver des tours de phrases assez énergiques pour le louer. Notre embarras est d'un genre bien différent. Il s'agit de faire entendre, avec les égards dus à l'auteur à'Otello et du Barbier, que le second acte de Sémiramis a semblé bien long. Le grand maestro a placé tous les morceaux d'ensemble dans le premier ; c'est aussi dans cet acte que se trouvent toutes les surprises, tous les déve-
1, Journal de Paris du 5 janvier 1826.
loppements intéressants de passion. L'introduction, fort bien chantée par Levasseur, fait place à un chœur de Babyloniens dont la ritournelle est charmante, et délasse de l'ennui que produit toujours à l'Opéra le chant du grand-prêtre quand il est trop prolongé. Aussitôt après, nous sommes témoins de la première apparition de la superbe Sémiramis au milieu de tous les princes de l'Orienta jyjme Pasta a dit en reine dès longtemps accoutumée au pouvoir, et comme étonnée de son émotion :
Belia immago degli dei :
Bientôt après, Assur se fâche contre son jeune rival Arsace ; et le duetto :
Bella immago degli dei :
nous fait faire connaissance avec ces deux personnages. Sémiramis, ravie de l'arrivée du jeune Arsace, qu'elle aime en secret, assiste à une fête donnée dans ses jardins ; et la fameuse cavatine :
Bel raggio lusinghier,
exprime l'excès de son bonheur. Ces chants légers sont suivis de la grande scène de l'opéra ; Sémiramis monte sur son trône et choisit un roi. Cette cérémonie si imposante, et que le seul Rossini, parmi les compositeurs vivants, était capable de peindre en musique sans lourdeur ni confusion^
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fait place à l'apparition de l'ombre de Bélus. Rien de plus magnifique que le finale qui suit et exprime la terreur générale. Quant à l'ombre du roi Bélus, elle se laisse voir trop longtemps ; nos yeux ont le temps de s'accoutumer à sa figure, et c'est ce que les ombres doivent toujours éviter. Son chant d'ailleurs est assez commun, et rappelle malheureusement la statue du commandeur dans Don Juan.
Le second acte débute fort bien par le duetto de menaces entre la reine Sémiramis et Assur, son ancien favori. M°^® Pasta a été au-dessus de tous les éloges par la manière dont elle a joué et chanté ce duetto, ainsi que l'admirable récitatif qui le précède. Ce morceau très fort est suivi par une scène à périr o 'ennui entre les Mages et Arsace. Vient ensuite un duetto charmant chanté par Sémiramis et son fils Arsace :
Ebbene a te ! ferisci.
Après ces deux duos, il fallait absolument un morceau d'ensemble. Puisque Rossini n'a pas jugé à propos de nous en faire un, la toile doit tomber à ce moment. Tout le reste est mortellement ennuyeux.
Galli avait peur des journaux, et à force de vouloir éviter les gestes ignobles, il n'a paru qu'un tyran ordinaire de mélodrame. Le public s'est montré fort injuste envers M^^^ Schiasetti, qui a
Rossini. II. 25
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fort bien chanté. Nous lui conseillons de choisir une autre coiffure.
Mme Pasta a joué et chanté aussi bien que dans Otello. Son entrée a été saluée par une quintuple salve d'applaudissements. Elle a dit comme il appartient à la première tragédienne de l'époque :
Perché tremi misero cor cosî
C'est avec un transport de joie délicieux et qui fait un beau contraste avec la terreur qui remplit cette première scène, qu'elle s'est écriée :
Oh ritornasse Arsace !
La cavatine a été couverte d'applaudissements. Un instant après, lorsque Sémiramis reçoit la réponde de l'oracle de Memphis, M"^^ Pasta a été au-dessus de tous les éloges dans le mot
Plaçait alfin i^i siète.
Mais c'est le vers :
Respiro appena,
plusieurs fois répété par la musique au moment où va paraître l'ombre de Bélus, qui a enlevé tous les suffrages. Dans aucun de ses rôles les plus applaudis, M^® Pasta n'a trouvé un mouvement de terreur aussi vrai.
L'opéra de Semiramide a commencé à huit heures et dix minutes. Le rideau du second acte
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n'est tombé qu'à onze heures et demie. Cette partition fût-elle pleine de chants et d'idées originales comme la Gazza ladra ou Otello, il y a trop de musique. Il est urgent d'ôter au second acte une demi-heure de sa durée, ou bien le public désertera après le charmant duetto de M"^^^ Pasta et Schiassetti, qui délasse un peu, par sa simplicité, de la terreur continue et du tapage musical.
La Semiramide aura-t-elle le sort de la Donna del Lago, qui, d'abord assez froidement accueillie, fait aujourd'hui le charme des connaisseurs ? Voilà ce que le public décidera jeudi.
REPRÉSENTATION d' (( OTELLO » ^
(14 février)
Que dire d^Otello ? Que Rossini a su peindre avec bonheur les fureurs d'un jaloux et la malédiction d'un père ; que M^^ Pasta donne au rôle de Desdemona une profondeur de sentiment qui devrait être dans la musique ? Où est le Parisien qui ne sache cela mieux que nous ? Où est l'habitué des Bouffes qui n'envie le nouvel arrivé que les