‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 85 sur 122 · Journal de Paris, 2 avril · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 2 avril

symphonie sur le piano croient souvent être savantes en musique, et connaître le contre-point parce qu'elles lisent rapidement un grand morceau de Moschelès. Ces personnes habiles admirent surtout la difficulté vaincue, et tiennent pour la musique savante ; elles protestent que la musique savante leur fait éprouver les transports les plus agréables. A cela, il n'y a absolument rien à répondre : on ne peut nier les sensations. Seulement, il est permis de compter les voix, et de proclamer que les personnes qui préfèrent, au théâtre, la musique savante forment une très petite minorité. La majorité des dilettanti préfère, de beaucoup, Otello à Zelmira, et Tancrède à Semiramide.

Me sera-t-il permis d'ajouter qu'excepté les personnes qui croient posséder un grand talent sur le piano ou la harpe, cette opinion m'a semblé presque unanime à la représentation de mercredi ? Mais je fais trêve à la critique ; et pour n'avoir que des éloges à donner, je parlerai des acteurs.

Rubini plaît extrêmement ; il quitte Paris au moment où sa présence dans un salon fait disparaître tout autre objet d'intérêt. D'un caractère doux et obligeant, Rubini a su se faire presque autant d'amis que d'admirateurs. Si le produit de la représentation de mercredi lui eût été entièrement réservé, on eût pu doubler les prix sans craindre de vide dans la salle ; Rubini est réellement à la mode. 11 est fâcheux que nous ne puis-

NOTES D UN DILETTANTE

sions pas Tentendre dans le Barbier de Séç^ille ; c'est, sans comparaison, la partition qu'il chante le mieux ; ses délicieux falsetti viennent se marier avec toute la grâce possible aux jolis chants de Rossini. Dans Vopera séria, Rubini manque de cette chaleur intérieure et contenue, sans laquelle il est bien difficile de trouver des gestes convenables.

]Vjme Pasta a été fort belle dans son premier duo avec Zuchelli qui, peut-être, est un des meilleurs morceaux de la pièce. Elle n'a pas été bien secondée dans la scène du poignard ; ces sortes d'escamotages tragiques sont voisins du ridicule, et demandent à être montrés au public avec beaucoup d'adresse. La scène de la prison, où Zelmira, réunie à son vieux père, attend la mort, a été supérieurement jouée par notre grande tragédienne. Zuchelli a chanté avec une grande pureté ; il ne crie jamais ; c'est un rare mérite aujourd'hui. Nous l'exhortons de nouveau à porter un peu plus de dignité dans le rôle du bon roi Polydore ; Galli y eût peut-être été mieux placé.

DÉBUTS DE M^l^ SONTAG DANS LE ROLE DE ROSINE. DU « BARBIER DE SÉVILLE )), LES 15 ET 17 JUIN ^

Succès, et succès mérité. Le jour du premier début, on a remarqué des chevaliers du lustre au parterre. Mais le danger de se trouver à côté de tels personnages a tellement révolté le public, que, hier, ils n'ont pas osé se remontrer. M^^^ Sontag est une petite personne de dix-neuf à vingt ans *, remplie de grâces ; elle est fort jolie, et son chant a quelque chose de noble et d'élégant. M^^^ Sontag serait le contraire de tout cela, que cette voix juste, hardie, légère, à la Daçide, en un mot, présenterait encore une acquisition sans prix pour notre Théâtre Italien. Certains dilettanti, qui ont entendu M^^^ Sontag à Vienne, assurent qu'elle est douée d'une faculté bien singulière : il lui suffît d'entendre une fois M^^ Mainvielle ou Davide faire une fioritura pour pouvoir la reproduire d'une manière presque aussi parfaite que son modèle.

On voit que M^^® Sontag a l'habitude de paraître dans V opéra séria ; elle a chanté hier, et avec beaucoup de finesse et de talent, tous les récitatifs du

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