‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 89 sur 122 · Journal de Paris du 7 octobre · texte numérisé non relu

Journal de Paris du 7 octobre

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Jamais, ce me semble, depuis qu'elle est à Paris, ]y[me Pasta n'a joué comme ce soir ; l'émotion du public ne pouvait aller plus loin ; il y a eu des cris de terreur au moment où Roméo sent les premières atteintes du poison et presse sa Juliette contre ce cœur que la mort va glacer. M°^^ Pasta a rapporté de Londres l'audace de paraître, au troisième acte de Romeo, vêtue de noir et sans rouge. Aucun costume n'est trop tragique pour le personnage qui doit chanter le fameux air : Ombra adorata aspetta, qui n'est en effet qu'un éloge sublime du suicide. Et ce qui rend cet éloge si touchant, c'est qu'en quelque sorte il peut paraître raisonnable. Que reste-t-il à un malheureux agité par les sentiments les plus vifs et les plus profonds, et qui, comme Roméo, a perdu pour toujours la compagne de sa vie ? C'est, ce me semble, à ce raisonnement, qu'on ne s'avoue peut-être pas tout haut, mais que tous les cœurs nés pour juger des arts se sont fait en secret, qu'il faut attribuer l'immense succès de l'air : Ombra adorata aspetta *.

Nous venons de l'entendre pour la dernière fois ; qui osera le reproduire en l'absence de M^^ Pasta ; qui osera chanter, quand elle n'y sera plus, la cavatine de Tancrède ? Nous serons forcés de demander à l'Opera-Buffa des sensations moins profondes peut-être et moins occupantes, mais plus variées que celles de Vopera séria, et surtout bien plus propres à nous distraire des idées un peu sérieuses RossiNi. II. 26.

du siècle. Uopera séria s'empare de nos douleurs et nous les peint avec toutes les forces du génie ; son triomphe est de nous attendrir sur nousmêmes ; c'est pour cela peut-être que ce genre exige la perfection. Uopera séria reste la chose la plus ennuyeuse du monde, s'il ne parvient à nous faire songer aux douleurs secrètes qui troublent souvent la vie la plus heureuse en apparence.

Uopera-buffa, au contraire, s'accommode assez bien de la médiocrité ; une seule qualité est nécessaire au chanteur : c'est de la gaieté, du naturel, et surtout ce qu'on appelle en Italie du brio. Réunit-il ces avantages, qui ne sont pas fort rares, un chanteur bouffe, quoique fort peu au-dessus de la médiocrité, peut faire beaucoup de plaisir. Mais il ne faut pas que la sévérité du public vienne le glacer.

On nous promet M^^^ Ferlotti, à laquelle, je n'en doute pas, le public de Paris réserve un grand succès, pourvu qu'elle n'ait rien perdu de la jolie voix qui, en 1823, faisait les délices de Livourne et de Florence. Vive, gaie, brillante, douée de la plus jolie figure et de la plus aimable coquetterie, ]y[iie Ferlotti peut ramener en France les beaux: jours de Vopera-buffa, que l'immense succès de Mme Pasta nous a fait un peu négliger depuis quelques années.

La musique du siècle de Cimarosa est usée en Italie : heureusement elle ne l'est point en France^

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car nous n'avons pas entendu la dixième partie des chefs-d'œuvre de Cimarosa et de Paesiello ; mais il faut arranger cette musique : rien de plus facile. Nos arrangeurs ont beaucoup de science et peu d'idées. Il n'est peut-être pas un air de Cimarosa qui ne présente une idée claire, originale, frappante. Cette idée est donnée en maui^ais langage, les accompagnements ont vieilli, hé bien ! changeons les accompagnements, rien de plus simple. Supposons qu'on nous présente une pensée frappante de Montesquieu, la phrase qui énonce cette pensée est déparée par deux ou trois fautes de français : quel est celui d'entre nous qui, d'un trait de plume, ne corrigerait pas ces fautes et ne ferait pas parler ce grand homme comme on parle aujourd'hui ?

Voilà tout ce que les opéras bouffons des grands maîtres d'Italie demandent aux arrangeurs. Comme Cimarosa a fait cent opéras et Paesiello deux cents, l'arrangeur aura la liberté de prendre trois ou quatre opéras pour en faire un seul. On pourrait commencer par la Scuffiara (la Marchande de modes) de Paesiello, qui se joue encore tous les ans à Naples avec le plus grand succès.

Une chose me persuade que nous aurons bientôt ce genre de plaisir musical. Si l'on n'a pas recours à ces anciens opéras bouffons, où en trouvera-t-on qui puissent convenir à la sévérité du goût qui distingue le public de Favart ? A l'exception de

la Pietra di Paragone, on a joué tout Rossini. D nous resterait le parti que l'on prend dans toutes les capitales d'Italie : appeler un compositeur qui nous ferait pour chaque saison un opéra avec de la musique nouvelle composée pour la voix de nos chanteurs. Un jour, sans doute, nous en viendrons à ce point, mais je plains sincèrement le maestro qui fera le premier de la musique nouvelle pour le théâtre Favart. Nous voulons que tous les morceaux d'un opéra soient frappants de beauté ; à la Scala, à San Carlo, un joli duetto, un air agréable et un beau finale soutiennent un opéra pendant trente représentations.

DÉBUT DE M^l^ CESARI DANS « SEMIRAMIDE )) ^

M}^^ Cesari a réussi, et, ce qui est plus intéressant pour les amateurs, la débutante a obtenu un succès de bon aloi ; on n'a pas vu dans la salle un seul de ces spectateurs bruyants payés par de l'argent ou des billets.

M^^® Cesari est de Trieste ; elle est fort jeune, et il n'y a pas trois ans qu'elle a commencé à chanter

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