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Journal de Paris, 13 mai

NOTES d'un dilettante 421

elle les mérite ; non que sa voix soit extraordinaire pour l'étendue, mais elle plaît : ce mot dit tout. La voix de M^^^ Garcia est agréable, même quando cala, quand elle est légèrement au-dessous du ton. Le timbre de cette voix est à la fois sonore et velouté ; il a souvent une profondeur qui arrive à la force sans passer près de la dureté : voilà, ce me semble, le vrai charme des voix italiennes, et y[\\Q Garcia le possède supérieurement. Une telle voix fait supposer une âme susceptible d'éprouver ce que les passions ont de plus vif : or, c'est de passions vives que vit la musique italienne. Uesprit en musique ne peut se rendre que par les accompagnements : si le chant n'est pas dit avec l'accent d'une émotion profonde et contenue, il ne semble plus que le produit d'une serinette plus ou moins bien arrangée, et qui bientôt ennuie.

;\]^iie Garcia n'a pas été sans défaut le jour où elle a chanté pour la première fois, mais jamais elle n'a rappelé l'idée d'une serinette : ce seul fait la place bien au-dessus de la plupart de ses rivales.

^iie Garcia était émue, elle prenait mal sa respiration, elle a manqué quelques gammes, mais nous le répétons, si elle eût chanté tout son rôle comme la cavatine, elle eût marqué sa place immédiatement à côté de W^^ Sontag.

On redonnera sans doute Torçaldo e Dorliska, et nous allons dire un mot des incidents de la pièce, afin d'éviter au lecteur la peine de parcourir le

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plus plat des libretti. Nous ne doutons pas que, dans dix ans, si l'Opéra Italien subsiste encore, on ne distribue aux spectateurs Vargument de l'opéra du jour imprimé sur le revers d'une carte à jouer.

La jeune Polonaise Dorliska, M^^^ Garcia, a rejeté les vœux d'un tyran de mélodrame, le duc d'Ordow (Zuchelli) ; elle a épousé Torvaldo (Donzelli). Le duc fait attaquer les deux amants, qui allaient je ne sais où. Torvaldo tombe, on le croit mort. Dorliska s'évanouit à la nouvelle de la mort de son amant ; mais il reparaît à ses yeux déguisé en bûcheron. Voilà une situation magnifique pour la musique, et que la partition de Rossini rend faiblement : le pathétique n'est pas le fort de ce grand compositeur.

Georgio (Pellegrini), geôlier comme on n'en voit point, veut délivrer le beau Torvaldo qui est confié à sa garde, et l'opéra finit par une révolte des sujets du duc d'Ordow, qui se défont du tyran Zuchelli, lequel a fort bien chanté.

Cet opéra de Torçaldo, joué à Rome en 1816, eut assez peu de succès. Le rôle du ténor fut écrit pour Donzelli. Galli et Remorini jouaient le tyran et le geôlier. M^^^ Sala, aujourd'hui fort grande dame, faisait Dorliska.

On n'a pas été fort content de l'exécution du fameux Terzetto : Ah ! quel raggio di speranza, entre Donzelli, Pellegrini et Zuchelli. Donzelli a été fort infidèle à la mesure, peut-être même a-t-il

chanté le commencement de son air avec la vivacité qui ne doit paraître qu'à la stretta. Mais il faut pardonner beaucoup le jour d'un début. Si M^^^ Garcia, à une seconde apparition, peut chanter tout son rôle comme elle a dit la cavatine le premier jour, nous ne doutons pas que le théâtre Favart n'obtienne enfin un grand succès. C'est surtout dans le genre bouffe qu'il faudrait faire chanter Mlle Garcia.

C'est dans le genre tragique que brillera MH^ Pisaroni, qui assistait hier à la représentation de Ricciardo e Zoraide.

Il faudrait remettre, pour MH^ Garcia, la Scujfiara de Paesiello, ou tel autre bon opéra bouffon ancien dont Rossini ou M. Paër pourraient fortifier l'harmonie. On ferait deux finales avec deux airs pris dans quelque vieille partition inconnue de Cimarosa ou de Paesiello. Chacun de ces grands hommes a laissé cent cinquante opéras. L'harmonie allemande n'étant pas encore à la mode de leur temps, ils n'avaient aucun moyen de cacher l'absence des idées, et l'on trouve de charmantes cantilènes dans la plupart de leurs airs ou de leurs duos. Il est vrai que plusieurs de ces cantilènes ne seraient plus nouvelles pour nous. La délicieuse cavatine de Devienne : Enfant chéri des Dames, dans l'opéra des Visitandines (aujourd'hui le Pensionnat de jeunes Demoiselles), était depuis longtemps chantée par toute la France lorsque l'on.

donna l'opéra de Mozart, où elle avait été prise et qui, dans un de ses airs, manqua de nouveauté. Voilà sans doute ce qui arrivera souvent quand tôt ou tard on en viendra à la seule ressource qui nous reste : faire arranger (Tanciens opéras de Cimarosa par MM. Pa'ér et Rossini, qui toucheraient les droits d'auteur.

SUITE DES DÉBUTS DE m"^® PISARONI DANS LE ROLE d'aRSACE de « SÉMIRAMIS ' ))

L'immense succès de M°^® Pisaroni a été confirmé, mardi dernier, par l'une des réunions les plus nombreuses et les plus brillantes que l'on ait jamais vues au Théâtre Italien. On peut dire sans exagé- Tation que les amateurs de musique qui n'ont pas entendu au second acte de Sémiramis l'expression des sentiments d'Arsace au moment où il reçoit du grand-prêtre l'épée du roi son père, et bientôt après le duo d'Arsace avec Sémiramis, ne connaissent pas tout ce que peut la musique. Le triomphe de l'art du chant est d'autant plus frappant qu'il n'est que faiblement secondé par les accessoires, qui quelquelois contribuent au succès d'une grande cantatrice.

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