‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 105 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Léon : * Frère, nous serions de véritables Ministres des infirmes, et ce serait pour nous un grand sujet de mérite, si, en arrivant tout mouillés et. couverts de boue, il nous fallait passer ici la nuit entière, ou qu'au lieu de nous ouvrir, le portier de mauvaise humeur, nous reprochant d'avoir interrompu son sommeil, nous donnait quelques coups de bâton bien appliqués; je dirais alors, mon Frère, que nous serions de véritables Ministres des infirmes si, ainsi maltraités, nous montrions une grande patience, sans nous fâcher le moins du monde. Que le Seigneur nous accorde cette grâce et nous fasse comprendre que nous devrions être ainsi animés de cet esprit de résignation ! »

Il voulait que ses Religieux eussent certaines attentions pour les mourants; qu'il ne lût prononcé dans la chambre du malade aucune parole inconvenante; que l'on n'y pleurât pas, ni qu'on y rît, mais que tous priassent avec recueillement, observant le silence et demandant à Dieu l'heureuse délivrance de cette âme ; que l'on y plaçât souvent le Crucifix sous les yeux dumoribond, en luifaisant baiser les plaies de Notre-Seigneur.

11 voulait que ses Religieux ne se fatiguassent pas à lui parler trop longtemps, à lui adresser des paroles recherchées ou purement spéculatives, mais que tantôt on priât, tantôt on lui présentât quelques considérations pieuses et courtes, en forme d'oraisons jaculatoires, pour l'exhortera la douleur de ses péchés, au ferme propos de ne plus offenser Dieu, à la confiance dans sa miséricorde.

à son amour, à la patience dans les souffrances qu'il endure pendant l'agonie, à résister aux tentations du démon, à réveiller dans son âme le désir de la gloire éternelle, à la persévérance dans la foi catholique, et surtout à la méditation de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, implorant le secours de la glorieuse Vierge Marie et de ses Saints protecteurs. Outre qu'il mettait en pratique les conseils qu'il donnait aux autres, Camille s'appliquait surtout à exhorter les mourants, à invoquer sans cesse les noms sacrés de Jésus et de Marie, leur Ange gardien, les Saints pour lesquels ils avaient une grande dévotion, ce qu'il faisait avec une ferveur admirable. Il redoublait d'efforts et de prières afin qu'ils ne sortissent pas de ce monde sans être animés des sentiments d'une véritable pénitence, c'est-à-dire d'une contrition sincère de leurs péchés. Et quoique ses paroles fussent simples, naturelles et sans art, elles produisaient un effet admirable sur les cœurs des mourants, qui s'armaient de courage dans ces moments si périlleux et si pénibles à la nature. C'eslpourquoiun très grand nombre de personnes, espérant beaucoup de consolation et de force de sa présence, désiraient l'avoir au chevet de leurs lits, quand elles étaient saisies parles frayeurs de la mort, car il leur semblait que, s'il prenait leur défense, elles pouvaient braver sans crainte les légions entières des démons.

Saint Camille, se trouvant dans la ville de Chieti, assista à la mort de don Pedro Bnzan, vice-roi de TAbruzze. Donna Mendoza, son épouse, a dit de-

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puis que l'unique consolation qu'elle éprouva à la mort de don Pedro, c'est qu'il avait rendu le dernier soupir entre les mains de Camille, et elle assurait que sans lui il aurait expiré sans sacrements. En effet, dès qu'il tomba malade, donna Maria envoya par la poste chercher Camille, qui était dans la ville de Santo-Buono. Le serviteur de Dieu dit au messager qu'il avait depuis longtemps prévu cette mort, et il se rendit incontinent à Chieti. Il trouva don Pedro à toute extrémité, ayant déjà la tête fortement prise et hors de luimême, et, ce qui était le plus triste, sans avoir pu se confesser. Notre saint en fut profondément affligé, et, levant les yeux au ciel, il posa les mains sur la tète du mourant, et aussitôt, par la grâce de Dieu et les mérites de son serviteur, le vice-roi recouvra l'usage de la raison, ce qui causa la joie laplusgrandeàtous les siens, et fut regardé comme un miracle ; car, après s'être confessé et avoir communié avec les plus heureuses dispositions, il retomba dans le délire qui ne le quitta plus durant les quatre ou cinq jours qu'il vécut encore. On regardait comme un fait certain que, lorsqu'il l'aidait à bien mourir, il voyait l'aimable visage de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la très sainte Vierge, les Anges, les Saints ; le démon lui-même lui apparaissait, mais pour être confondu. Se trouvant à Rome, il allait préparer à la mort un Milanais, appelé Léon Posterla. Dès qu'il fut arrivé, ayant fait au malade les questions d'usage, il s'agenouilla et récita les litanies de la très sainte Vierge. Il étendit les bras et leva les yeux au ciel, étant en

oraison et comme ravi en extase ; il se releva ensuite, et donna à connaître que le mourant était assailli par des tentations violentes et accusé par de faux témoins qui le tourmentaient. Il commença par lui dire avec vivacité et la plus grande émotion : « Seigneur Léon, l'heure de sortir de ce monde de misère va sonner pour vous ; ayez confiance dans la miséricorde de Jésus-Christ, qui a versé tout son sang pour votre salut, et va avec ce sang purifier votre âme et vous recevoir dans sa grâce. Le voyez-vous vous découvrant ses plaies? Le voyez-vous vous montrant son côté ouvert? Voyez-le couronné d'épines ? Bon courage ! ne succombez pas à la tentation; n'écoutez pas les suggestions de l'esprit impur. » Après, se tournant vers l'ennemi de notre salut : « Retire-toi, lui disait-il, ange de ténèbres, lu iras rien à faire ici ; retire-toi, tu n'as rien à prétendre sur la créature de Dieu. » 11 jetait de l'eau bénite et faisait le signe de la croix : « S'il a péché, il a péché comme homme, il s'est repenti, Dieu lui a pardonné; » et, se mettant à genoux, il récitait une autre fois les litanies ordinaires, ordonnant à tout le monde de s'agenouiller, de répondre et de prier pour cette âme. Après les avoir terminées, il commença de nouveau à l'encourager, en lui disant: «Confiance, seigneur Léon, voici la très sainte Vierge qui est venue pour vous aider, regardez-la et prenez courage. Voyez le Père séraphique saint François qui, agenouillé devant Notre-Dame, la prie de vous secourir. Voyez ici les Anges, les Archanges, les Chérubins, les Séraphins, et toute la Cour céleste,

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