LIVRE SECOND
qui intercèdent pour vous auprès de notre reine, pour qu'elle vous obtienne la couronne. » En achevant, ayant levé une seconde fois les yeux au ciel, il s'agenouilla ^ar terre, et fît une inclination très profonde, comme quelqu'un qui aurait fait une révérence à une personne invisible de grande distinction, et au même instant le malade expira. Camille, se relevant aussitôt, tenant les mains jointes et regardant affectueusement le visage du défunt, s'écria: « Oh! que ton âme est heureuse! elle a quitté ce monde, confiée aux mains bénies de la très sainte Vierge! »
Ces paroles procurèrent une si grande consolation à sa femme et à tous ceux de la maison, qu'ils cessèrent de s'attrister et de répandre des larmes, étant assurés que celte âme était allée prendre possession du royaume de gloire. Ce qui les confirma dans cette croyance, c'est qu'ils savaient que Camille ne connaissait nullement le défunt, qu'il n'avait pu appren ire que la sainte Vierge et saint François étaient ses principaux patrons. Les parents lui assurèrent qu'il récitait tous les jours l'office de la Vierge, qu'il portaitle cordon de saint François, et que chaque matin il faisait une heure d'oraison mentale en l'honneur de Marie et de saint. François, pour lesquels il avait une dévotion particulière. C'est ainsi que la bienheureuse Vierge et les saints favorisent des secours célestes, au moment do la mort, ceux qui, pendant leur vie, leur ont été fidèles.
S'étant rendu à Bocchianico pour assister un mourant, appelé Mammarello, vieillard âgé de
quatre-vingt-dix ans, en entrant dans la maison, il dit aussitôt : « Ici se trouve l'esprit malin, mais il en sortira avec la grâce de Dieu. > Élant entré d'abord dans la chambre du malade pour le visiter, il parcourut ensuite toute la maison, un crucifix à lamain, en répétant: « Hors d'ici, esprit impur! » Étant retourné auprès du vieillard qu'il trouva non moins chargé d'années que de péchés, il l'exhorta à se confesser; celui-ci répondit que telle n'était point son intention, qu'il n'y consentirait jamais. Malgré les plus vives instances, le vénérable Père ne put l'y décider. Voyant ce pécheur si obstiné et si endurci dans le vice, il passa quatre jours et quatre nuits à le prier, à le supplier, à le menacer, jusqu'à ce qu'enfin, Dieu ayant pitié de cette âme, le vieillard se décida à faire une confession générale, et mourut peu après avec de grands sentiments de repentir, consolé par la réception des derniers Sacrements.
Visitant, dans le même bourg, une petite fille de sept ans, il lui sembla qu'il respirait une odeur toute céleste. La mère de cette enfant, la voyant en grand danger, l'avait appelé, afin que Camille suppliât Notre-Seigneur de lui rendre la santé. En entrant dans la chambre de la petite fille, il dit à plusieurs reprises : « Quelle odeur de paradis je respire dans ce lieu! » Et après avoir dit quelques mots sur le bonheur du ciel, il fit comprendre qu'il enviait le sort heureux de cette innocente créature. Et la mère le suppliant de vouloir bien placer sur elle son manteau, il répondit que cela n'était pas nécessaire, que sa fille