CHAPITRE V
Camille revient à Dieu, et commence à faire pénitence.
L'intention de Camille était de rester encore quelque temps au couvent des Capucins, d'y gagner quelque argent, et de passer, comme il pourrait, cet hiver, ensuite de retourner aussitôt à son vomissement, c'est-à-dire au jeu, à la guerre, à la vie de plaisir. Mais les vues de la Providence étaient bien différentes : Dieu devait le frapper d'un coup si terrible, qu'il en conserverait le souvenir toute sa vie, et en garderait les traces ineffaçables profondément gravées dans son cœur. Le temps approchait où le Seigneur devait faire éclater sa miséricorde, l'attirera lui, et accomplir par son intermédiaire une œuvre glorieuse et admirable.
11 arriva donc que les Pères l'envoyèrent à Castello di San Giovanni, distant de quatre lieues de Manfredonia, pour porter une charge de vin qu'on leur avait donné à titre d'aumône. Son affaire étant terminée, il s'entretint ce soir-là avec les Pères Capucins du couvent de Castello, où fut envoyé le Père gardien, Frère Ange. Celui-ci eut avec lui un entretien qui dura quelque temps ; il
lui parla de Notre-Seigneur, l'instruisit sur Ténormité et la malice du péché, lui enseigna comment il devait le détester et le fuir, et faire pénitence de ceux qu'il avait commis ; il lui représenta l'incertitude et la brièveté de la vie, les suites terribles de la mort, la solidité des biens célestes, le néant et la vanité de ceux de la terre. Camille écouta très attentivement les avis du Père gardien, et s'achemina le jour suivant, de grand matin, vers Manfredonia.
Il suivait son chemin tout pensif, monté sur son âne, au milieu des outres, réfléchissant sur les pieux conseils qu'il avait reçus du Frère Ange. Il fut frappé comme Saul, et environné d'une lumière céleste, qui pénétra son intérieur, illumina son entendement, et lui fit clairement apercevoir l'immense bonté de Dieu, la beauté de la vertu, la vanité du monde, la laideur du péché, les illusions et les dangers au milieu desquels il avait vécu; ce qui lui fit concevoir un regret si vif de ses égarements, qu il lui sembla que son cœur était comme déchiré et brisé par la violence de la douleur. Il se sentit tellement frappé, et comme ravi par cette lumière, que, ne pouvant comprimer son émotion, il sauta à terre au milieu du chemin, tomba à genoux sur une pierre, et commença à répandre un torrent de larmes, déplorant amèrement les désordres de sa vie, répétant ces paroles entrecoupées de gémissements et de sanglots : « Ah ! malheureux, comment n'ai-je pas plus tôt connu mon Seigneur? Pourquoi suis-je resté si longtemps endurci et sourd à sa voix? Comment ai-je pu of-