CHAPITRE VI
Camille s'offre pour aller soigner les pestiférés du Piémont. Maisons fondées à Florence, Ferrare, Messine et Païenne.
Pondant que l'on tenait à Rome le second chapitre général, au mois de mai 1599, on y fut informé qu'une grande peste étendait ses ravages dans le Piémont. Le duc de Savoie, désirant procurer à ses sujets tousles secours possibles, donna ordre à son ambassadeur à Rome d'insister auprès du Souverain Pontife, pour qu'il lui envoyât un bon nombre de Religieux, ministres des infirmes. Sa Sainteté ordonna, par l'intermédiaire de Mgr Tarugi, de faire connaître à Camille les intentons du duc.
Cette demande réveilla parmi les membres de l'Institut une incioyable émulation. Beaucoup adressèrent des lettres, ou présentèrent des mémoires au chapitre; d'autres, se prosternant aux pieds de Camille, demandaient avec instance à èlre envoyés dans le pays infecté de la peste, pour obtenir une mort si voisine du martyre. Camille déclara qu'il voulait être du nombre et le chef de la troupe. Le Souverain Pontife fut très édifié de la bonne volonté de ces nobles ouvriers évangéliques, voyant surgir au sein de l'Église cette phalange d'hommes si intrépides et si invincibles, qui se disputaient à l'envi la gloire de combattre et de voler au-devant de la mort.
On avait déjà dressé la liste des quinze Religieux Prêtres ou Frères, qui étaient prêts à partir, lorsque l'ambassadeur fit donner contre-ordre, parce que la peste diminuait d'intensité; en outre, parce que le duc craignait que Henri IV, roi de France, ne fît une descente à la tête d'une puissante armée, pour faire valoir ses prétentions sur le marquisat de Saluées. Cette dernière affaire s'arrangea facilement, grâce à la prudence et à l'autorité du cardinal Aldobrandino, neveu de Clément VIII. Ainsi la bonne volonté des Pères resta sans effet.
L'Institut prenant un grand accroissement et se trouvant dans un état très prospère, comme nous l'avons déjà vu, et le bruit des merveilleux résultats qu'il obtenait se propageant dans un grand nombre de provinces, en de ians comme au dehors de l'Italie, Camille reçut des lettres de diverses villes, et en particulier d'Espagne, qui demandaient quelques-uns de ses enfants, pour fonder des établissements nouveaux. A Rome, le cardinal de Joyeuse faisait de grandes instances pour que l'on envoyât des Religieux du même Ordre à Toulouse, dont il était archevêque.
Les lettres qui arrivaient de divers points de l'Italie étaient beaucoup plus nombreuses. Camille;, désirant satisfaire àdesi justes demandes, envoya, au mois d'octobre 1599, le Père Adrien à Floience, où le seigneur Rodolphe Bardi, du consentement de l'archevêque, cardinal de Médicis, qui fut pape sous le nom de Léon XI, lui donna l'établissement et Féglise de Saint-Grégoire.