‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 136 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

dans le pays. Le cocher, curieux de voir danser ces femmes, s'arrêta un peu. Comme Camille voyageait les portières fermées, il ne s'était pas d'abord aperçu de la cause de ce retard, et, s'imaginant que c'était pour de bonnes raisons, il ne dit mot. Cependant en entendant la cornemuse, il* soupçonna ce que c'était, et jetant, un regard furtif à travers une fissure de la portière, il vit le conducleur sur le point de se mêler à la ronde pour participer aux plaisirs de la fête. Le bon Père se sentit alors enflammé d'un zèle si ardent, qu'il lui adressa les plus violents reproches, en présence de tout le monde, le contraignant de continuer sa route. 11 avait une grande véhémence quand il parlait contre le vice d'impureté, et il en avait tant d'horreur, que ses paroles, empruntant une force merveilleuse, pénétraient profondément, comme autant de traits brûlanls, dans les cœurs des coupables, et rien ne pouvait l'empêcher de les reprendre, ni la noblesse, ni la puissance, ni le danger même de perdre la vie. Il montrait la môme sévérité contre la vanité, l'air mondain, l'extérieur peu modeste qu'il apercevait soit dans les femmes, soit dans les hommes; et il reprit très vivement un jour un jeune homme, son parent, qui cultivait avec le plus grand soin sa belle chevelure, et ne pensait qu'à orner son corps, devenu son idole ; et les graves réprimandes du saint ne furent pas également épargnées au père complaisant et léger qui tolérait les allures efféminées de son fils.

Camille combattait la vanité, la mollesse et

l'amour des plaisirs, non seulement par ses discours, mais surtout par ses actions, et rien n'égalait sa réserve, sa sobriété et sa modestie, même dans les voyages qu'il était obligé d'entreprendre pour le bien de l'Institut. Quand il visitait les établissements de l'Ordre, il n'informait pas les préfets par lettre, ou par l'envoi d'un messager, du jour et de l'heure de son arrivée, afin d'éviter des réceptions et des témoignages d'estime qui auraient blessé son humilité. Il paraissait, hôte inattendu, avec son compagnon, tous les deux montés sur des mules de louage ; et c'est ainsi qu'il forçait tous ses Religieux a veiller à l'observation de la discipline. Sa manière de voyager était exemplaire.

Le silence, la piété, la modestie et les autres vertus ne le quittaient jamais, et les hôtelleries, où il était contraint de s'arrêter, devenaient comme autant d'oratoires et de cloîtres. Retiré avec ses compagnons dans les appartements qu'on lui destinait, ils récitaient l'office divin, le rosaire, chantaient les litanies, et, avant de se coucher, faisaient l'examen de conscience avec la même ponctualité que s'ils se fussent trouvés dans les établissements de l'Ordre. Pendant le repas, Camille faisait lire quelques livres de piété ; le plus ordinairement c'étaient les livres de Louis de Grenade, dont il aimait beaucoup la doctrine ; il portait toujours avec lui quelques volumes de ses œuvres, en particulier le Guide des Pécheurs, qui a fait tant de justes qu'elle a conduits au ciel. Mais si, pour certaines raisons, il ne pouvait faire

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