LIVRE SECOND
lire, il gardait un silence rigoureux, passant beaucoup de temps en oraison. Il ne portait jamais les yeux sur les murs des hôtelleries, pour ne pas lire des paroles déshonnètes, et ne pas y voir d'autres choses obscènes qu'y peignaient souvent les voyageurs. Il prenait toujours pour lui ce qu'il y avait de pire, donnant ce qu'il avait de mieux à son compagnon. Si par hasard il ne se trouvait qu'un seul lit, il jetait la paillasse par terre et dormait dessus, laissant le matelas ou la plume à son compagnon. Quand il voyageait en voiture ou à cheval, il parlait toujours de Dieu, ou gardait le silence, ou récitait son rosaire. Il n'était pas à redouter que, là où il se trouvait, soit dans les auberges, soit en route, quelqu'un se permit d'entamer des conversations profanes et blessant les oreilles chastes, car sa présence vénérable portait tout le monde à la crainte et au respect. Quand il passait par quelque ville, où il n'avait jamais été, il demandait s'il y avait un hôpital, et si on lui cédait une place, il s'y logeait avec le plus grand plaisir, et abandonnait tout autre logement, quelque commode et agréable qu'il fût. Sa consolation était de se trouver au milieu des infirmes et des indigents, etdeleurêtre de quelque utilité; et s'il ne pouvait satisfaire ce désir, dès qu'il arrivait dans un endroit, il s'empressait au moins de visiter les hôpitaux, et engageait les autres voyageurs à venir avec lui voir les pauvres.