CHAPITRE XIII
Notre- Seigneur délivre Camille de plusieurs dangers dans ses voyages.
Tant que notre saint fut chargé du gouvernement de l'Ordre, en qualité de Général, il visitait continuellement ses maisons, quelquefois à pied, quelquefois à cheval. A l'occasion des visites et des fondations dont nous avons parlé, il fut obligé d'entreprendre de longs voyages et par terre et par mer. Comme il avait pour mobile unique de sa conduite la gloire de Dieu, lien ne pouvait l'arrêter dans sa marche, ni ses infirmités, ni les intempéries des saisons, ni la crainte des brigands ou des passages dangereux. Quelques personnes recommandables qui l'estimaient beaucoup, lui dirent un jour à Gênes : « Père Camille, vous voilà devenu très vieux et souffrant de la plaie que vous avez à la jambe; dans l'intérêt de votre santé qui rst si précieuse, mettez un terme à tant de voyages et de fatigues, et réfléchissez qu'il est très possible qu'il vous survienne quelque accident fâcheux. » « Messieurs, leur répondit-il, dans mes voyages, je ne suis jamais occupé de mon corps, ni des dangers, je n'ai en vue qu'un seul but, plaire à Dieu, et être utile à l'Institut; et si par hasard il me fût arrivé de tomber dans un fossé, ou d'être précipité du haut de quelque rocher, je n'aurais pas regardé cela comme une disgrâce,
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mais comme une grande faveur que Dieu m'aurait faite, * Nous avons déjà rendu comple de quelques périls qu'il courut sur mer; ceux où il fut exposé sur terre, et où se manifesta également la bonté divine, sont innombrables; nous nous contenterons de raconter quelques-uns des principaux.
Retournant de la Santa Casa de Lorette avec Curzio Lodi, — c'était la première fois qu'il visitait ce sanctuaire après la fondation de l'Institut, — comme il passait à Spoletto, il tomba de cheval au milieu de la place de cette ville, se fit une blessure si grave à la jambe malade et qui lui causait une douleur si vive que, ne pouvant remonter à cheval, il fut contraint de se servir de vastes corbeilles d'osier, dans l'une desquelles il fut placé, et dans l'autre Curzio : ils arrivèrent à Nardi, où ils trouvèrent une occasion favorable pour se rendre à Rome. Mais la Providence se montra si bonne envers lui que, ne connaissant personne à Spoletto, après avoir appelé Dieu à son aide dans sa chute, il vit sortir de sa boutique un chapelier, du nom d'Ignace, qui le recueillit dans sa maison et le traita avec la plus grande humanité jusqu'à ce qu'il pût se remettre en route. Et celui-ci apprenant de Curzio qu'il était le fondateur de l'Ordre des Ministres des infirmes, il conçut pour lui une si grande estime que, tant qu'il vécut, toutes les fuis que les Religieux de Camille passaient par Spoletto, il les hébergeait gratuitetement avec la plus grande cordialité.
Une autre ibis, retournant du même sanctuaire de Lorette avec quelques-uns des siens, il se vit
exposé au plus grand danger. Il descendait la côte d'une montagne escarpée ; le postillon, pour comprimer Lardeur des chevaux qui, à cause de la rapidité de la pente, marchaient avec une grande vitesse, tira si fortement les rênes qu'elles se rompirent. Les chevaux couraient en désordre, entraînés par la voiture ; les voyageurs étaient violemment ballottés; encore quelques pas, et tout était perdu, hommes, voitures et chevaux. Le postillon, ne voyant aucun espoir de salut, s'élance à terre; une frayeur terrible s'empare des voyageurs. Camille expose à Dieu le péril immense où ils se trouvent, et, plein de confiance dans la bonté divine et celle de la sainte Vierge, il s'écrie : « Ne craignez rù-n, Dieu viendra à noire secours. » Son espérance ne fut pas vaine ; à l'instant les chevaux s'arrêtèrent subitement d'eux-mêmes, sans qu'aucun des voyageurs eût reçu la moindre contusion.
Allant de Bologne à Ferrare avec quelques novices et deux Pères théologiens de l'Ordre de saint Dominique, la nuit les surprit en chemin ; il survint une pluie si abondante, qu'ils ne se rappelaient pas en avoir vu de pareille. Ils se réfugièrent auprès d'une métairie, et, après avoir longtemps frappé à la porte, ils demandèrent qu'on leur ouvrît ; le fermier, homme grossier et peu charitable, refusa de les recevoir. Continuer la route, c'était s'exposer au danger évident de se noyer. Aussitôt apparaît un jeune homme poli et gracieux, qui était le domestique de la mélairie, lequel voyant tant de Religieux dans ce piteux état, tout frem-