‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 169 sur 237 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

longue, mais qu'il n'en échapperait pas. Alors Camille, le visage plus joyeux qu'à l'ordinaire, entonna ce chant d'allégresse : « Je me suis réjoui en entendant ces paroles, nous irons dans la maison du Seigneur (1 ). » Ensuite le Supérieur étant entré pour lui rendre visite, et lui ayant demandé comment il se trouvait : « Bien, lui répondit-il, parce que j'ai reçu la bonne nouvelle, que je m'achemine vers le Paradis. » Il le dit avec un air de contentement, le visage calme et serein, ce qui prouvait bien qu'il avait la ferme espérance d'aller jouir de la félicité éternelle. Et il ajouta : « Pourquoi ne serais-jepas content, puisqu'il ne saurait y avoir pour moi de nouvelle plus agréable? Il faut payer une fois cette dette delà mort; quant à moi, je ne fais nul cas de la vie présente, pourvu que Dieu m'accorde une modeste place dans le Paradis. Je ne suis pas en peine pour l'Institut; car Dieu enverra et fera naître, en temps opportun, des hommes pour l'aider et le protéger; il y a six ans que j'ai cessé de m'en occuper, pour ne plus penser qu'à mon âme et à me préparer à la mort. »

N'ayant plus aucune espérance de recouvrer la santé, négligeant toutes les affaires, il ne pensait plus qu'à s'unir intimement à son Créateur. Tout le temps que dura sa maladie, on ne le vit jamais se relâcher en aucun point de l'observance de la règle, s'y conformant selon la mesure de ses forces ; il se montrait très assidu à faire l'oraison mentale

(1) Laetatus suit m his quœ dicta sunt îaibi in domum Domiui ibinius. Psal. xxxi. 1.

du matin, augmentant ainsi le feu du saint amour qui consumait son cœur par la considération des vérités éternelles. Chaque soir il appelait des Pères, faisait lire les litanies des Saints ou de la Sainte Vierge en sa présence, et répondait lui-même. 11 faisait aussi fidèlement l'examen de conscience. Comme sa chambre était au-dessus du réfectoire, il prêtait la plus grande attention, quand on faisait la lecture du repas, sortant la tête du lit et s'inclinant vers le sol, de sorte qu'il entendît quelquefois suffisamment pour comprendre ce qu'on lisait. Il disait souvent que cette heure était destinée plutôt à nourrir l'àme que le corps : il se recommandait aux prières de tous, afin que Notre- Seigneur lui fût propice dans ce moment suprême et terrible qui décide de notre éternité, donnant ainsi de nouvelles preuves de son humilité profonde.

Un Novice devant faire >a profession le 18 mai, le jour de la Pentecôte, Camille lui dit la veille : « Frère, en achevant de faire votre profession, et quand vous vous serez offert vous-même à Dieu, auquel vous serez lié par des vœux solennels, souvenez-vous de prier pour moi, qui ne suis qu'un misérable pécheur, rempli de mille défauts ; priez Notre-Seigneur qu'il me fasse la grâce de me sauver. »

Après avoir passé plusieurs semaines dans sa cellule, se levant chaque jour pour entendre la Messe, le vénérable Père éprouva un redoublement de fièvre, et la douleur du côté devint beaucoup plus vive. Il résolut de passer à l'infirmerie co:n-

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