LIVRE SECOND
vives instances pour qu'on lui administrât les derniers sacrements, le saint Viatique et l'Extrême- Onction, afin qu'aidé de ce puissant secours, il pût avec plus de confiance entrer dans l'éternité, et résister avec plus de courage aux assauts de l'ennemi commun. On fit part du désir de Camille au Cardinal- Protecteur Ginnasio, qui voulut, à cause de l'estime qu'il avait pour notre Saint, lui donner lui-même TExlrême-Onciion, et se rendit à la Madeleine, le 2 juillet 1614, jour de la fête de la Visitation de la sainte Vierge. La messe terminée, il se présenta avec la sainte Eucharistie devant Camille, qui après avoir dit trois fois Domine non sum dignus, ajouta, les larmes aux yeux : « Seigneur, je confesse que je n'ai jamais rien fait de bon, que je ne suis qu'un misérable pécheur; tout ce qui me reste, c'est l'espérance de votre divine miséricorde et la confiance dans votre Sang précieux. » 11 reçut le pain des Anges avec une grande dévotion, demeura quelque temps en oraison en compagnie des Pères et des Frères, qui entouraient le lit, profondément affligés de voir leur Père chéri sur le point de les quitter pour toujours. Ensuite le cardinal le consola et l'encouragea par quelques paroles affectueuses et édifiantes,
Ordinairement il se confessait tous les matins. Il était arrivé à une si grande pureté de conscience que, par défaut de matière, le confesseur pouvait difficilement l'absoudre, si auparavant il ne lui fai sait accuser quelque péché commis quand il était dans le monde ; c'est ce que ce dernier a affirmé
avec serment. L'humble et fervent serviteur de Dieu, plein de crainte pour son salut et se défiant de lui-même, plaçait toute son espérance dans les mérites de la Passion du Sauveur. Et pour manifester cette confiance, il ordonna à son confesseur de commander un tableau de la forme suivante. Il voulut que l'on y peignît Jésus-Christ mort sur la croix ; dans la partie supérieure, le Père éternel, et l'Esprit-Saint sous la figure d'une colombe, ayant à leurs côtés, un peu plus bas, deux Anges avec des calices d'or dans les mains, pleins du sang versé pour la rédemption du monde, et les offrant au Père éternel. Au-dessous des mains clouées du Sauveur devaient être représentés deux autres Anges, celui de la droite avec deux calices, dans l'un desquels il recevrait le sang du sacré côté, et dans l'autre, celui qui découlerait de la main droite. L'Ange, qui était vis-à-vis, devait remplir un autre calice du sang de la main gauche. Au pied de la croix serait la très sainte Vierge Marie, et de l'autre côté, le glorieux Archange saint Michel, le vigilant gardien des âmes qui sortent de cette vie ; la Vierge devait être représentée priant pour Camille. Tous k s Anges offraient au Père Éternel et à l'Esprit-Saint les calices remplis du sang d'un mérite infini pour lui obtenir miséricorde. 11 voulut que l'on inscrivit ces paroles aux pieds de la croix : « Épargnez votre serviteur, que vous avez racheté par votre précieux sang (1 ). » Il recommanda de poindre le sang d'un rouge pro-
(i) Parce famulo tuo, quetn protioso sanguiae redeinisti.