LIVRE SECOND
sait, il se frappait si rudement la poitrine, que le confesseur se vit obligé de lui retenir le bras, par compassion pour lui.
Quand il fut oint de l'huile sainte, il récita d'une voix ferme le Confiteor, répondit toujours aux versets et aux oraisons. Et lorsqu'il eut reçu ce sacrement, il éprouva une consolation si grande, qu'il s'écria : « Gloire à Dieu ! gloire à Dieu ! » comme quelqu'un qui, tout imprégné du parfum de la grâce, se dispose à prendre part au bonheur du ciel.
Ensuite il fit asseoir autour de son lit tous les Pères et les Frères, et, ayant demandé au Père Général la permission de parler, il leur adressa quelques paroles affectueuses. Il les exhorta tous à l'observance des Constitutions, en particulier à une ardente charité pour les malades, à l'union entre eux, à la pureté du cœur et du corps, à la pauvreté, à l'obéissance et à l'humilité. Il les conjura de ne pas perdre courage à cause des tempêtes et des persécutions que l'esprit du mal avait suscitées contre l'Institut, parce que tous les commencements étaient difficiles, et que le démon nourrissait une grande haine contre l'Ordre qui, comme il l'espérait, devait croitre et se répandre dans le monde, recevoir dans son sein des hommes très distingués par leurs vertus et leurs connaissances, et rendre encore plus de services à l'Église après sa mort qu'il n'en avait rendus auparavant. Il les engagea tous à persévérer avec constance dans leur vocation, à travailler courageusement à la vigne du Seigneur, sans se laisser attrister
par sa mort, car si Dieu daignait le placer au nombre des élus, il pourrait être pour eux d'un plus grand secours dans le Paradis que sur cette terre, où l'on ne rencontre que misère et péché. Enfin, répandant des larmes abondantes et levant les yeux au ciel, il dit : « Mes Pères et mes Frères, je demande à Dieu miséricorde, je demande pardon au Père Général, qui est ici présent, et à vous tous, du mauvais exemple que je vous ai donné par le passé, vous assurant que c'était plutôt l'effet de mon ignorance que de ma mauvaise volonté. Autant que Dieu me l'accorde, et comme votre Père, au nom de la très sainte Trinité et de la bienheureuse Vierge, je vous donne à tous présents et absents, et à ceux qui viendront après nous, mille bénédictions. » A ces dernières paroles, ils tombèrent tous à genoux, éclatant en sanglots, et le cœur brisé par la douleur la plus profonde. Aussitôt le Père Général et les autres Pères et Frères s'approchèrent pour lui demander pardon, et prendre congé de lui, lui baisant les mains qu'ils arrosaient de leurs larmes. Et le vénérable Père, comme le patriarche Jacob, embrassant amoureusement ses fils, leur donnait à tous ses dernières bénédictions. Le voyant très fatigué, i!s l'engagèrent à prendre un peu de repos, il leur répondit, entre autres choses, qu'il ne pouvait être fatigué quand il s'agissait de servir ses Pères et ses Frères.
Dans ce temps-là, quelques personnes de distinction étant venues pour le visiter et lui faire leurs compliments de condoléance, comme il ne