LIVRE SECOND
que, s'il le pouvait, il serait nuit et jour auprès de lui, pour le servir et jouir de sa sainte conversation. Il serait trop long de raconter en détail ce qu'il fit et dit dans ces derniers jours. Mais ce qui paraissait étonnant, c'est que, quoique réduit à une si grande faiblesse et se trouvant si amaigri et si exténué, il conservât encore la langue libre.
Plusieurs fois ceux qui l'assistaient l'entendaient s'entretenir amoureusement avec Dieu ; il disait : « Que ne vous dois-je pas, ô mon Dieu? que d'actions de grâces j'ai à vous rendre! » D'autres fois, les bras en croix, les yeux fixés au ciel : « Je vous remercie, disait-il, Seigneur, mon Dieu! Je vous remercie. Je ne suis qu'un vil ver déterre, un misérable pécheur, indigne du moindre bien. Oh! que vous êtes miséricordieux, Seigneur! J'espère me sauver uniquement par un effet de votre miséricorde, qui se plaît à retirer du fond de leurs misères les plus grands pécheurs. » D'autres fois, attribuant tout à la bonté libérale de Notre-Seigneur, il disait : « Seigneur, tout ce que j'ai été, ce que je suis, ce que je serai, provient de votre grâce. » Quand il se rappelait sa jeunesse, il s'humiliait à ce souvenir, et s'écriait en pleurant et en poussant des sanglots : « Seigneur, je me repens; oui, j'ai un grand regret de vous avoir offensé: je ne voudrais pas m'être comporté de la sorte; qui me donnera un torrent de larmes pour déplorer mes égarements et mes folies? Mais j'espère en vous, Seigneur, qui êtes ma force, mon refuge et mon soutien. »
On lui apporta le fcafcleau qu'il avait commandé. Il l'examina et s'aperçut que le peintre l'avait représenté à genoux entre la croix et la sainte Vierge, attendant que quelque goutte de sang tombât sur lui; la Mère de Dieu étendait la main vers lui, et de sa bouche semblaient sortir ces paroles : « Épargnez votre serviteur, que vous avez racheté par votre précieux sang (l)î » 11 dit : « Seigneur, vous savez que ce n'est pas moi qui l'ai ordonné ainsi; mais puisque vous avez voulu que l'on m'ait placé sous vos pieds et sous la protection de votre sainte Mère, que ce soit pour moi un nouveau motif d'espérer que vous me feroz grâce, et qu'il tombera sur moi quelque goutte de votre sang qui purifiera mon âme. » Se tournant ensuite vers Marie, il lui dit : « 0 très sainte Mère, source de miséricorde, obtenez-moi de votre divin Fils la grâce de souffrir avec une entière conformité à sa volonté toutes mes douleurs et les angoisses de la mort, et si cela ne suffit pas pour me laver de mes souillures, qu'il m'en envoie encore davantage. »
Qu'on ne soit point surpris qu'un homme aussi saint que le Père Camille ait pris bnt de précautions pour son dernier combat avec la mort, qu'il s'y soit préparé par le repentir de ses fautes, dont le souvenir réveillait en lui tant de craintes. N'avons-nous pas vu le grand Docteur, saint Augustin, cet homme d'une conscience si délicate, faire graver, dans sa dernière maladie, sur les
(i) PtTcc fuuuulo tuo, queiu prctioso sanguine redemisli.